La magistrate pénaliste préside le procès hors norme des attentats de Bruxelles. Sur elle repose toute la mécanique et le fond du dossier, soit des dizaines de milliers de documents qu’il lui faut maîtriser de bout en bout. © Belga Images

Procès des attentats de Bruxelles: Laurence Massart, la juge presque parfaite

Soraya Ghali
Soraya Ghali Journaliste au Vif

La magistrate pénaliste Laurence Massart préside le procès hors norme des attentats de Bruxelles. Sur elle repose toute la mécanique et le fond du dossier, soit des dizaines de milliers de documents qu’il lui faut maîtriser de bout en bout.

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Elle sera celle qui aura ouvert ce rendez-vous historique, le lundi 12 septembre, vers 9 h 20. Un procès attendu depuis six ans. Laurence Massart, présidente de la cour d’appel de Bruxelles, la plus importante du pays et, par ailleurs, l’une des dernières juridictions bilingues, a présidé, en 2006, l’affaire Schneider, mais aussi celle des «quatre de Butare» liée au génocide rwandais ou encore, en appel, celle de la catastrophe de Ghislenghien. En 2019, elle a surtout dirigé le procès de Mehdi Nemmouche, auteur de l’attentat contre le Musée juif de Belgique. Elle avait dû supporter son mutisme, ses sautes d’humeur et la défense surréaliste de ses avocats.

Dates clés

1989

Prête serment au barreau de Bruxelles.

1997

Devient magistrate.

2006

Présidente de la chambre pénale financière au tribunal correctionnel de Bruxelles.

2010-2016

Préside la commission d’appel des réviseurs d’entreprise.

2018

Nommée première présidente de la cour d’appel de Bruxelles.

L’audience préliminaire du procès des attentats de Bruxelles a à peine commencé que la voilà déjà confrontée à la polémique sur les box individuels, vitrés et fermés, des accusés. Les avocats de certains d’entre eux parlent de «problème majeur», ces «cages» empêchant notamment des échanges directs. Elle seule possède le pouvoir de décider s’il faut ou non les garder. La présidente avait déjà dû trancher cette question lors du procès de David Dupuis, jugé pour parricide, devant la cour d’assises en 2017. Elle avait accepté la demande de la défense de démonter partiellement le box en verre. Une première. Il n’a jamais été replacé depuis. Dès son installation, en 1988, pour le procès des CCC, le box de verre avait été combattu. Sans succès. Nombre d’avocats se sont plaints des difficultés de communication avec leurs clients, handicapant la confidentialité qui sied à leurs entretiens.

Au procès Dutroux, la demande avait aussi été introduite, en vain. «Nonobstant les pressions médiatiques et/ou sociétales, les enjeux politiques et/ou financiers et l’importance de la décision à prendre sur l’avenir des hommes et des femmes, j’ai toujours jugé les accusés avec un souci aigu du procès équitable et des droits de la défense, après avoir entendu les parties civiles avec bienveillance et humanité et le représentant de la société avec attention», écrit Laurence Massart dans son dossier de candidature de juge à la Cour pénale internationale, déposé en 2019.

« Valeurs universelles »

Toujours dans le cadre de cette candidature, Laurence Massart affirme placer les «valeurs universelles de notre Humanité» au centre de son job. Son fil rouge, depuis sa désignation: n’exprimer aucun avis sur les faits (ce qui pourrait la mener à se faire récuser). La discrétion est, en effet, l’une des qualités que lui attribuent ceux qui gravitent autour d’elle. La quinquagénaire plutôt placide ne fréquente ni les plateaux télévisés ni les rédactions. Conduire ce procès hors norme, appliquer sereinement la justice ordinaire à des faits extraordinaires, à l’abri des pressions et des passions, demeure cependant un défi. Une gageure pour laquelle la magistrate s’est elle-même désignée présidente de cette cour d’assises historique. En cause: l’«impossibilité de désigner d’autres magistrats de la cour d’appel de Bruxelles, pour des raisons légales de départ ou pour d’autres motifs légitimes, et de manière à maintenir l’activité judiciaire dans toutes les sections de la cour d’appel de Bruxelles, dans l’intérêt du justiciable», indiquait alors le communiqué de presse.

Elle l’a dit:

– Sur sa fonction de présidente de cour d’assises – «Je parle toujours de la toge que nous portons, un symbole très important qui permet de mettre une distance entre notre vie personnelle, ce que l’on est, et les faits que l’on va juger, qui sont mis à charge d’une personne, humaine elle aussi.» – Sur le site questions-justice.be

Sur la justice – «C’est vrai, la cour rencontre des difficultés. Nous fonctionnons avec de vieux usages, de vieux réflexes, de vieilles résistances. Mais nous avons subi des coupes humaines et de matériel qui ont eu des conséquences. Il m’appartient de réclamer des moyens justes. […] Le gouvernement a fait des économies. Ensuite, on peut faire dire aux chiffres ce que l’on veut. Mais nous pouvons tous être d’accord pour dire que la Justice n’a plus été une priorité et qu’elle doit le redevenir. […] Il est essentiel d’améliorer la situation pour la paix judiciaire.» – Dans L’Echo du 14 mai 2019.

Car la cour qu’elle préside se porte mal, très mal. Le cadre est incomplet. Nombre de magistrats sont en maladie ou en burnout. Les délais d’appel s’accroissent de façon vertigineuse. Laurence Massart, habituellement si discrète, a tapé du poing sur la table en avril et a réclamé, publiquement, auprès du Conseil supérieur de la justice, un audit externe de la cour d’appel. Un ultime recours pour alerter sur l’arriéré judiciaire colossal «qui sévit au détriment des justiciables». L’audit, livré en juillet, concluait: «Il n’y a pas de solution miracle.»

Dans quelques mois, c’est sûr, elle reprendra la bataille.

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