Jean-Denis Lejeune © belga

Jean-Denis Lejeune sur la libération de Michelle Martin: « Ma colère est surtout portée contre le monde politique »

Noé Spies
Noé Spies Journaliste au Vif

Michelle Martin sera totalement libre dès vendredi. Pour Jean-Denis Lejeune, le père de Julie, victime de Marc Dutroux, cette libération prouve que le droit belge n’est pas assez ferme pour les faits graves. Me Bruno Dayez, avocat de Marc Dutroux, considère pour sa part que cette étape s’inscrit dans la logique des choses. « Elle a définitivement réglé ses comptes avec la justice », dit-il.

Michelle Martin, l’ex-femme de Marc Dutroux, sera libérée vendredi sans conditions, a annoncé la Justice aux proches des victimes. Enfermée depuis 1996, Michelle Martin avait bénéficié d’une libération anticipée sous conditions en août 2012. Dix ans plus tard, les conditions sont donc levées.

« On savait qu’un jour, Michelle Martin serait libre. Ce jour est arrivé. Mais ce n’est qu’une application des textes de lois belges. Il n’y a rien d’illégal et d’illogique dans la démarche », nous dit Jean-Denis Lejeune, le père de Julie, victime de Marc Dutroux.

« Ma colère se dirige surtout envers le monde politique », soulève-t-il. « C’est aux législateurs de créer les lois adéquates. Les peines pour des faits graves ne sont pas adaptées à la dangerosité de notre société », regrette Jean-Denis Lejeune.

« Michelle Martin a réglé définitivement ses comptes avec la justice »

Pour l’avocat de Marc Dutroux Me Bruno Dayez, contacté par Le Vif, la libération de Michelle Martin s’inscrit dans la logique des choses. « Elle a réglé définitivement ses comptes avec la justice. Elle redevient une citoyenne à part entière qui n’est assujettie à aucune espèce de conditions et qui retrouve une liberté intégrale. »

« C’est à cela que la peine doit théoriquement servir dans sa définition-même. Dans la loi, une peine a pour but la réparation du tort causé aux victimes, la réhabilitation du condamné et sa réinsertion dans la société libre. Ce sont les termes de la loi », ajoute Me Bruno Dayez.

Jean-Denis Lejeune, le père de Julie, demande depuis longtemps une réforme en profondeur de la justice belge. « Notamment sur le tarif des peines à appliquer concernant les récidivistes pour meurtres et viols sur enfants. Actuellement, le droit belge n’est pas approprié », dénonce-t-il.

La libération totale de Michelle Martin amène inévitablement sur la table la question de la situation actuelle de Marc Dutroux. « Je ne sais pas si pour Dutroux, on peut parler de libération conditionnelle, comme le dit son avocat », s’interroge Jean-Denis Lejeune. « Ce genre de personnage n’a plus sa place dans notre société. Il est évident que ce personnage est un danger public. Quiconque le croiserait ne serait pas en sécurité. »

« Nous avons dû déposer une demande de libération conditionnelle car c’était la condition sine qua non pour pouvoir solliciter la tenue d’une nouvelle expertise psychiatrique. Les conclusions de cette dernière étaient très défavorables pour mon client. On s’est donc désisté de cette demande de libération conditionnelle. Il n’est pas du tout exclu que nous en réintroduisons une à moyen terme », déclare Me Dayez.

Pas de nouvelle demande de libération conditionnelle dans l’immédiat pour Marc Dutroux

Pour l’avocat de Marc Dutroux, c’est la question de sa dangerosité dans son client qui est au centre des débats. « Dans la vision rétributive, pour moi, il a fait son temps en prison. Il s’inscrit d’ailleurs dans les conditions de libération depuis 2013. Au niveau de la dangerosité, le diagnostic psychiatrique reste très négatif. Diagnostic avec lequel je ne suis pas du tout d’accord. Pour moi, un psychiatre n’est pas spécialement détenteur de la vérité révélée », conteste-t-il.

Me Dayez affirme ne pas envisager une nouvelle demande de libération conditionnelle dans l’immédiat. « Je maintiens, en ce qui me concerne, que Marc Dutroux serait beaucoup plus en danger que dangereux s’il était libéré. C’est quelqu’un qui ne présente plus réellement de danger pour autant que l’on fixe des balises. Ce à quoi sert précisément la libération conditionnelle. L’Etat a une vocation à cela et il ne la remplit pas. Il faillit à sa mission. »

« Si la perpétuité réelle n’a pas beaucoup de sens, comme le dit son avocat, alors appliquons la peine de mort pour ce genre de personnage », rétorque Jean-Denis Lejeune. L’éventualité d’une nouvelle demande de libération conditionnelle de Marc Dutroux laisse le père de Julie plus que dubitatif. « Dayez ne fait qu’appliquer le droit belge. En tant qu’avocat, il est donc en droit de demander la libération conditionnelle de son client. Mais à nouveau, je pose la question: est-ce une bonne chose, pour notre société, de libérer Dutroux ? »

« Quand on est multirécidiviste comme l’est Dutroux, il faut pouvoir dire stop. Pour ce genre de personne, je suis favorable à la peine capitale. Vu son ‘palmarès’, il n’a plus droit, selon moi, d’espérer une réinsertion en société », plaide Jean-Denis Lejeune.

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