Jürgen Conings, en cavale depuis une semaine. © reuters

Jürgen Conings dans le collimateur des services de renseignement depuis 6 ans

Olivier Mouton
Olivier Mouton Journaliste

Jürgen Conings sur les radars du renseignement en 2015. Ses intentions violentes connues depuis février 2021. Deux MP’s « radicalisés » affectés l’un au parlement fédéral, l’autre au parlement wallon. Ces révélations augmentent la pression politique.

La pression monte encore d’un cran, dans l’affaire Jürgen Conings, après des révélations au sujet des enquêtes internes délivrées mardi après-midi, à huis clos, en commission de suivi du Comité R, l’organe de contrôle des services de renseignement.

Une commission parlementaire de la Défense a lieu ce mercredi matin et promet d’être très tendue: le MR Denis ducarme parlait ce week-end d’une « affaire d’Etat », la N-VA et le CDH ont épinglé la « responsabilité politique » de la ministre Ludivinde Dedonder (PS), tandis que le Vlaams Belang, montré du doigt en retour pour son discours propageant la haine depuis des années, demande sa démission.

Tous sont remontés pour la réunion de ce matin , le député libéral évoquant « les responsabilités politiques potentielles ».

Joëlle Milquet (CDH), ancienne ministre de l’intérieur, n’y va pas par quatre chemins: « Réalise-t-on vraiment l’ampleur et le nombre des dysfonctionnements multiples et la gravité de la situation révélée dans une démocratie!, s’exclame-t-elle. Sans compter les discours, expressions, manifestations de soutien! Veritable affaire d’Etat à traiter urgemment en profondeur. »

« C’est l’affaire Dutroux de la Défense,souligne aussi Christine Defraigne (MR), ancienne présidente du Sénat. Après la guerre des polices, il y 25 ans. Dysfonctionnement de l’Etat que l’on croyait derrière nous. Dissimulation ,rétention de l’information. Et pire encore. A qui profite le crime? »

https://twitter.com/ducarmedenis/status/1397415452071141379Denis Ducarmehttps://twitter.com/ducarmedenis

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Des projets connus depuis février

D’après La Dernière Heure et selon nos informations, la sonnette d’alarme avait déjà été tirée le 1er février sur les intentions du militaire . Des informations selon lesquelles il compte commettre un attentat à l’encontre d’une mosquée sont transmises au début de ce mois. Le 17 février, une nouvelle alerte de la Sûreté de l’Etat arrive. Jürgen Conings est cette fois placé niveau 3 sur 4.

Selon nos sources, cette information du rehaussement du niveau de la menace du militaire est transmise aux membres du Conseil national de sécurité, dont la ministre de la Défense. Mais aucune action concrète n’est entreprise à ce moment.

Selon Le Soir et Knack, bien que le caporal ait ainsi été évalué comme représentant une menace « grave » dès le 17 février par l’Ocam, les renseignements militaires n’ont pas donné suite à cette information capitale.

Mi-février: c’est à cette date-là aussi que la Sûreté de l’Etat avait publiquement alerté sur la présence d’une trentaine de militaires proches de l’extrême droite au sein de la Défense.

Plusieurs députés avaient interrogé la ministre de la Défense en commission de la Défense, le 20 avril, pour lui demander si elle était informée de menaces plus précises: elle avait souligné que les informations de la Sûreté devaient être traitées « avec prudence » et précisé les conditions des sanctions éventuelles. Mais en aucun cas, elle n’avait évoqué l’existence d’une menace précise.

Des précédents non divulgés

Après la première apparition de 2015, il y a eu un nouveau ‘hit’ de Jürgen Conings dans les bases de données des services de renseignement en 2018, cette fois pour participation à un groupe d’extrême droite.

Entre 2017 et 2019, le militaire sera aussi connu des services de police et de justice. Des procès-verbaux sont dressés contre lui, dont au moins un pour le « port d’une arme prohibée » (une arme blanche et un autre pour « menaces », des faist de violence lui sont attribués lors d’un accident de roulage. Mais le Service général du renseignement et de la sécurité (SGRS, les renseignements militaires) ne recevra pas ces informations. Pas à l’époque, en tout cas. Il n’en a eu connaissance que très récemment.

Toujours selon ces joournaux, le SGRS a décidé, le 31 août dernier, de retirer au militaire son habilitation de sécurité, de niveau « secret » (le 2e le plus élevé), qui lui permet d’accéder à des bâtiments sensibles. Mais il faudra attendre près de 2 mois et demi plus tard – le 12 novembre – pour que le retrait soit effectif et notifié à l’intéressé.

Plutôt que de l’écarter, la Défense décide alors de nommer Jurgen Conings instructeur. En décembre dernier, un rapport psychologique émanant de la Sûreté de l’État indique la dangerosité de Jürgen Conings.

Deux radicalisés pour… contrôler le parlement

Enfin, il apparait que, parmi la trentaine de membres de la Défense connus pour leur radicalisation, deux d’entre eux étaient devenus MP (police militaire) chargés… du contrôle de deux assemblées. Selon nos sources, les deux radicalisés étaient affectés l »un au parlement fédéral, l’autre au parlement wallon.

https://twitter.com/AhmedLaaouej/status/1397432863079944196Ahmed Laaouejhttps://twitter.com/AhmedLaaouej

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Mardi, devant la presse, le Chef de la Défense, Michel Hofman avait déjà reconnu que le Service de renseignement militaire avait commis des erreurs dans ce dossier. Il a évoqué les problèmes dans le flux des informations, des lacunes dans le respect des règles et des procédures et l’érosion des connaissances, de l’expertise et des bonnes pratique

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