Les sportifs qui fréquentaient le Hall Moray ne sont pas près d’y retourner... © dr

Hall sportif inondé à Verviers: un marché public qui provoque des suspicions

Benjamin Hermann Journaliste au Vif

Sinistré lors des inondations de juillet 2021, le Hall Moray, complexe sportif situé à Ensival, est en reconstruction. Mais le marché public relatif au revêtement de sol suscite des interrogations en bord de Vesdre.

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Traversé par la Vesdre, en aval du centre-ville de Verviers et en amont de Pepinster, Ensival fut durement frappé par les inondations de juillet 2021. Pratiquement un an après le désastre, comme tant d’autres localités, ce quartier de la cité lainière en porte toujours les stigmates.

C’est donc à quelques mètres à peine de la rivière que se situe le Hall Moray, complexe sportif bien connu des Verviétois. Ravagé par les inondations, le bâtiment a entamé sa reconstruction en octobre. De nombreux sportifs, notamment un club de basket local, prennent leur mal en patience.

Ces derniers jours, le complexe fait l’objet de quelques échanges crispés entre élus locaux siégeant au conseil d’administration de Synergis. Ainsi est baptisée la régie communale autonome de Verviers, en charge de l’exploitation des infrastructures sportives communales.

En cause ? Le marché public encadrant le remplacement du revêtement de sol du hall, qui suscite des interrogations, voire quelques suspicions dans le chef des représentants de l’opposition (Ecolo et PTB). A vrai dire, un des candidats déchus dans l’attribution de ce marché a lui aussi fait part de son incompréhension à Synergis. De quoi titiller la curiosité de Hajib El Hajjaji (Ecolo)  et Luc Joris (PTB), tous deux administrateurs de la régie communale autonome, sur les critères qui ont présidé à la sélection de l’entreprise remportant le marché.

Mon rôle n’est pas d’aller trifouiller dans des rapports d’attribution.

Quatre sociétés ont envoyé une offre suite à l’avis de marché datant du 27 avril. Trois d’entre elles sont des leaders en Belgique francophone sur le marché des revêtements de halls sportifs : Allard Sport (Arlon), BP Sport (Wavre) et IdemaSport (Thimister-Clermont). Pour la petite histoire, cette dernière a décroché le marché du revêtement, au détriment principalement de la Wavrienne, qui a obtenu deux points de moins lors de l’analyse des offres par Synergis. Une quatrième entreprise, Juffern (Eupen), s’était également portée candidate.

Qu’est-ce qui coince ? Plusieurs éléments dans l’attribution des points qui laissent à penser qu’un des candidats aurait pu être favorisé. Potentiellement, du moins, certains critères d’attribution des points pouvant donner lieu à une certaine marge d’interprétation.

Un prix surestimé?

Par exemple, la valeur du chantier a été estimée à 190000 euros hors TVA dans le cahier des charges, alors que tous les candidats ont remis une offre en-deçà de ce montant. La moins chère, victorieuse au final, a même remis une offre à 124000 euros, et sa concurrente déchue, une offre à 127000 euros. Cette surestimation initiale du montant peut être de nature à réduire la concurrence sur un marché, dans le sens où elle peut rebuter une quantité d’entreprises, qui ne sont pas habilitées à soumettre elles-mêmes des offres supérieures à 135000 euros, qui exigent une agréation d’une classe supérieure.

Autre élément de débat : il a explicitement été demandé aux candidats trois attestations de fin de chantiers similaires réalisés durant les trois dernières années, pour un montant de minimum 200000 euros. Une seule a rempli cette obligation. Deux autres ont remis des attestations, mais aux montants inférieurs. L’entreprise victorieuse, elle, n’en a fournie aucune.

Parmi les autres étrangetés relevées par l’opposition, le fait que chacune des quatre entreprises a reçu 10 points relatifs aux informations sur le planning des travaux et leur délai global d’exécution. Pourtant, relève-t-on, toutes n’ont pas répondu avec le même degré de précision, loin de là. L’entreprise s’estimant lésée affirme avoir fourni quantité de détails (temps de séchage de la chape, etc.) qui ne figurent pas dans les autres offres. Une autre entreprise, la dernière du classement final, n’a tout bonnement pas remis de planning prévisionnel mais se voit néanmoins attribuer 10 points, alors que le cahier des charges stipule que « le délai d’intervention est un critère prépondérant ».

Je pense que nous devons chercher à améliorer les procédures de fonctionnement et d’objectivation dans l’analyse des offres, sans quoi nous risquons de nous exposer encore à des recours.

D’autres points, concernant notamment l’attribution des points sur le dossier technique remis par les candidats, provoquent plusieurs questionnements sur le caractère arbitraire ou non avec lequel la sélection s’est opérée.

Interpellé par l’entreprise arrivée de justesse en deuxième position, le bureau exécutif de Synergis, qui s’est réuni le 3 juin, lui a renvoyé un courrier pour réfuter ses arguments. Notamment sur une série de critères sur lesquels elle a perdu des plumes (ancrages au sol, aspect environnemental, etc.) de façon injustifiée selon elle. La missive, signée par le président et le vice-président de Synergis, Malik Ben Achour (PS) et Jean-François Denis (Les Engagés), a été validée par l’avocat de la Ville, confirme le socialiste.

Joue-t-on avec le feu?

Pour Malik ben Achour, justement, il n’y a pas de quoi fouetter un chat. « De quoi parle-t-on ? Comme dans beaucoup de marchés publics, un soumissionnaire perdant considère que c’est injuste. S’il estime que c’est le cas, libre à lui d’introduire un recours évidemment, il en a le droit », commente-t-il. Le socialiste estime au passage que les représentants de l’opposition sortent de leurs prérogatives en s’exprimant de la sorte sur la qualité de l’analyse des offres.

« Mon rôle n’est pas d’aller trifouiller dans des rapports d’attribution. Et he fais pleinement confiance dans le travail de l’administration », ajoute-t-il.

De son côté, Hajib El Hajjaji attend impatiemment le conseil d’administration du 27 juin pour obtenir des explications sur le dossier. « Je pense que nous devons vraiment nous interroger et chercher à améliorer les procédures de fonctionnement et d’objectivation dans l’analyse des offres, sans quoi nous risquons de nous exposer encore à des recours », redoute-t-il. Cette crainte est également exprimée par Luc Joris. « S’il y a effectivement un problème, on peut relancer le marché, ce qui allongera les délais. Ou alors on s’expose à un recours, ce qui représente aussi un risque pour les délais », résume l’élu PTB.

Contactée par Le Vif, l’entreprise BP Sport explique espérer, à ce stade, une solution à l’amiable avec Synergis, plutôt qu’un recours.

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