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Fact-check: la Wallonie vit-elle au-dessus de ses moyens?

Nicolas De Decker
Nicolas De Decker Journaliste au Vif

Et si la dette wallonne gonflée par les plans de relance et de reconstruction était en fait un transfert Sud-Nord ?

« La Wallonie vit au-dessus de ses moyens. » Ainsi parla tout le monde, depuis des années et des années, le patron du Voka en 2011, les différents partis lorsqu’ils étaient dans l’opposition, et ceux qui étaient au gouvernement ne les contredisaient pas. Avec son méchant déficit et son énorme dette, la Région wallonne tente en effet de satisfaire des besoins sans que ses moyens propres ne le lui permettent réellement.

En 2021, ses dépenses s’élevaient à 17,8 milliards d’euros et ses recettes à 13,8 milliards. Gaspille-t-elle trop d’argent pour son administration quotidienne, comparée à une Flandre frugale? Incontestablement. Afin de réduire les dépenses de 150 millions d’euros, cumulatifs, par an, le « budget base zéro » lancé par Jean-Luc Crucke, et que se chargera d’introduire son successeur Adrien Dolimont, devra traquer les dépenses inutiles. Et on sait qu’il y en a. « Les dépenses administratives et les dépenses de dettes se révèlent quant à elles proportionnellement beaucoup plus importantes dans le sud du pays et à Bruxelles qu’au nord du pays », lisait-on déjà dans le Cahier du Cerpe cité plus haut: les dépenses administratives représentaient 6,2% des dépenses wallonnes de 2015, contre 3,8% des flamandes. Est-ce pour autant que trop de fonctionnaires ou d’employés du secteur public travaillent en Wallonie? Probablement pas. Le taux d’emploi public, dont on rappelle chaque année qu’il est plus élevé au sud qu’au nord, mais qui ne concerne pas spécifiquement les services publics régionaux, témoigne plutôt d’un dénominateur trop petit – le trop faible nombre d’emplois créés dans le secteur privé – qu’un numérateur trop grand: personne de sensé ne soutiendrait que trop de policiers, de juges, d’enseignants, de soignants ou de pompiers travaillent en Wallonie, et il n’est pas tout à fait stupide d’affirmer que certains de ceux-là sont trop peu nombreux, même en Flandre.

Improbable

De l’augmentation de l’emploi privé wallon dépendront les moyens dont disposera la Région wallonne pour satisfaire ses besoins. Les énormes investissements publics annoncés et consentis, d’abord pour la relance d’après-Covid, ensuite pour la reconstruction d’après-inondations, vont à coup sûr creuser la dette régionale. Mais les effets retour de cette dépense publique inédite finiront-ils par rendre l’endettement soutenable? C’est en réalité tout à fait improbable. Car, d’une part, les entreprises qui en profiteront le plus ne seront pas nécessairement wallonnes: le secteur régional de la construction, par exemple, n’est pas loin de la saturation, et cette capacité d’absorption limitée pourrait bénéficier à de plus grosses sociétés, flamandes notamment. D’ autre part, les conséquences fiscales et sociales se ressentiront surtout aux autres échelons de pouvoir, principalement fédéral. C’est ainsi que les contribuables wallons pourraient devoir payer, pendant plusieurs années, le renflouement avec leur argent des caisses de l’Etat fédéral… et de grandes entreprises flamandes. Et si la dette wallonne était finalement un transfert Sud-Nord?

Fact-check: la Wallonie vit-elle au-dessus de ses moyens?

Ce fact-check est issu du dossier « Flandre-Wallonie, en finir avec les idées reçues ». Retrouvez l’entièreté du dossier ici.

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