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Fact-check: d’un point de vue technique, il est parfaitement possible de couvrir 100% de nos besoins énergétiques à l’aide d’énergies renouvelables

Stefanie Van den Broeck Journaliste Knack

« D’un point de vue technique, il n’est pas possible de couvrir tous nos besoins énergétiques à l’aide d’énergies renouvelables », a déclaré récemment dans le quotidien De Morgen le président du MR, Georges-Louis Bouchez. Mais c’est faux.

Ce Fact Check a été rédigé sur la base des informations disponibles à la date de publication. Découvrez ici plus de détails sur notre méthode de travail.

Dans une interview accordée au quotidien flamand De Morgen, le président du MR, Georges-Louis Bouchez, plaide en faveur d’un « mix énergétique efficace ». « D’un point de vue technique, il n’est pas encore possible de couvrir 100% de nos besoins à l’aide d’énergies renouvelables: le soleil et le vent ne permettent pas à eux seuls d’assurer un approvisionnement constant », a-t-il déclaré. Nous avons contacté son porte-parole, mais ce dernier n’a rien souhaité ajouter.

Pieter Lodewijks, responsable de programmes au centre de recherche sur l’énergie renouvelable EnergyVille/VITO, n’est pas d’accord. « D’un point de vue technique, il est parfaitement possible de couvrir 100% de nos besoins avec de l’énergie renouvelable, mais cela exige d’importants investissements. En 2013, VITO a déjà publié un rapport complet sur les différentes façons d’arriver à couvrir tous nos besoins énergétiques à l’aide de sources renouvelables d’ici 2050. Un nouveau rapport qui émane du service Changements climatiques du SFP Santé Publique a été publié. C’est vrai que les énergies solaire et éolienne ne garantissent pas un approvisionnement constant, ce qui exige beaucoup de flexibilité au niveau du système énergétique. Pour compenser les fluctuations à court terme, on travaille aujourd’hui par exemple à la réduction de la demande: via la conclusion de contrats avec des grandes entreprises, mais aussi via ce que l’on appelle les ‘agrégateurs’, qui représentent de nombreux petits utilisateurs, afin que, durant ces périodes où l’on produit moins d’électricité, ils réduisent nettement leur consommation. Par ailleurs, les batteries peuvent jouer un rôle essentiel sur ce plan, surtout via les voitures électriques qui peuvent charger leurs batteries pendant les périodes de pics de production et restituer cette électricité au cours des périodes de faible production. »

Enfin, les différents réseaux de haute tension européens doivent être mieux connectés, afin que l’électricité verte nous parvienne plus facilement.

Mais nous devons également être capables de traverser de longues périodes sans soleil et sans vent, explique Lodewijks. « Pour cela, il faut investir dans la technologie qui transforme l’énergie solaire et éolienne en molécules comme l’hydrogène ou le méthane synthétique, qui pourront ensuite être utilisés pour produire de l’électricité. En outre, cette énergie peut être importée de régions plus venteuses ou plus ensoleillées. Enfin, les différents réseaux de haute tension européens doivent être mieux connectés afin que l’électricité verte produite dans les pays voisins nous parvienne encore plus facilement. » Cela exigera des investissements importants, mais nous n’avons pas le choix, estime Lodewijks. « L’Europe ambitionne d’être neutre en carbone – c’est-à-dire plus d’émission nette de CO2 – d’ici 2050. »

« Cela ne pose aucun problème au niveau technique, car de nombreuses recherches ont déjà été effectuées », explique Ronnie Belmans, professeur de sciences d’ingénierie (EnergyVille/KU Leuven). « Nous devons en effet beaucoup investir, entre autres dans les lignes à haute tension et dans l’élargissement du réseau destiné aux voitures électriques. C’est un processus qui se fera au cours des 30 prochaines années. Le meilleur exemple se situe aujourd’hui dans le nord-est de l’Allemagne, où le gestionnaire de réseau 50Hertz – une filiale de la société belge Elia – a l’ambition, d’ici 2032, de couvrir 100% de la demande d’électricité au moyen d’énergies renouvelables. L’an dernier, ils en étaient à 62%, et ils sont en bonne voie d’atteindre leur objectif. »

Erwin Cornelis de Bond Beter Leefmilieu rappelle que l’énergie renouvelable ne se limite pas au soleil et au vent. « La Belgique dispose également d’un important potentiel de chaleur renouvelable, comme le biogaz, la biomasse ou la géothermie. Nous disposons également de la chaleur résiduelle provenant des industries grosses consommatrices d’énergie et qui est – heureusement – de plus en plus souvent récupérée. En outre, l’énergie peut être plus facilement stockée sous forme d’eau chaude que d’électricité. Avec la chaleur renouvelable, nous pouvons donc également combler plus facilement les périodes de pénurie.

Conclusion

Plusieurs publications et des discussions avec des experts permettent de conclure que d’un point de vue technique, il est parfaitement possible de couvrir 100% de nos besoins à l’aide d’énergies renouvelables. Nous considérons donc la déclaration de Georges-Louis Bouchez comme fausse.

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