Erika Vlieghe © AFP

Erika Vlieghe : « Est-ce qu’on essaie de gérer une épidémie ou non ? »

Celine Bouckaert
Celine Bouckaert Journaliste au Vif

Vendredi dernier, le Comité de concertation a pris une série de mesures censées endiguer la quatrième vague de coronavirus qui frappe notre pays. Erika Vlieghe, présidente du GEMS, ne cache pas sa frustration à l’égard des autorités.  » S’il y a un nouveau Comité de concertation, je ne sais pas si nous allons encore écrire un avis « , confie-t-elle au quotidien De Morgen.

Face à la flambée de contaminations en Belgique, le GEMS, le groupe d’experts qui conseille le gouvernement, avait recommandé une série de mesures sanitaires strictes : la fermeture de l’horeca à 20 heures, une période de « refroidissement » de dix jours pour les écoles, l’annulation de rassemblements de plus de 200 personnes, et un retour de la bulle pour la fin d’année (limitée à 5 personnes).

Les membres du Comité de concertation n’ont pas suivi toutes les recommandations du GEMS : ainsi, l’horeca reste ouvert jusqu’à 23 heures, les écoles maternelles et primaires ferment seulement le 20 décembre et il n’y a pas de retour de la bulle sociale. En revanche, le port du masque est obligatoire dès aujourd’hui pour les enfants à partir de six ans.

Le ministre de la Santé publique Frank Vandenbroucke (Vooruit) s’est dit « déçu » par ce compromis. Interrogée par De Morgen, l’infectiologue Erika Vlieghe partage son sentiment. « Comme nous l’avons écrit dans notre rapport, nous constatons que les soins de santé implosent depuis des semaines. Nous parvenons à peine à prodiguer des soins de santé décents à tout le monde. Nous constatons également que d’autres branches de la société s’effondrent. De nombreux services ne peuvent plus être fournis en raison d’absences du personnel. Pensez aux crèches, à l’enseignement et aux transports publics ».

Pas de politique épidémiologique consistante

Elle admet que c’est plus facile de formuler des recommandations que de gouverner, mais cela ne change rien à sa déception « qu’il n’est manifestement pas possible d’avoir une politique épidémiologique consistante dans ce pays ». Selon elle, il aurait fallu intervenir beaucoup plus tôt dans l’enseignement fondamental. « En l’espace de quinze jours, nous avons plus de 2000 cas pour 100 000 personnes en Belgique, ce qui fait de nous un des pays les plus touchés d’Europe. Mais dans l’enseignement, les chiffres sont deux fois plus élevés. C’est vraiment extrême, nous devons vraiment en prendre conscience », met-elle en garde.

Vlieghe insiste qu’elle comprend les conséquences sociétales entraînées par une fermeture des écoles. « A moment donné, il faut se demander : qu’est-ce qu’on fait ici ? Est-ce qu’on essaie de gérer une épidémie ou non ? Si vous fermez les écoles, vous devez les fermer maintenant. Je comprends qu’il est beaucoup plus pratique de le faire dans une quinzaine de jours. Mais d’un point de vue virologique, ça n’a vraiment aucun sens », déclare-t-elle, toujours au Morgen.

La scientifique revient également sur le port du masque dès six ans, une mesure très décriée. Elle ne veut pas passer pour une « tortionnaire d’enfants », et comprend que la mesure soit désagréable, mais rappelle que beaucoup de pays (tels que l’Italie ou l’Espagne) qui maîtrisent beaucoup mieux la pandémie imposent le port du masque dès six ans. « Pourquoi est-ce la fin du monde chez nous ? Ce débat prend un tour beaucoup trop émotionnel ».

« Dans les semaines à venir, nous verrons le plein impact de cette quatrième vague. La surmortalité, la frustration et le chagrin. Tout cela vaut-il de ne pas intervenir dans les écoles primaires ? C’est la question que je me pose », déclare-t-elle encore.

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