Paul Magnette © getty

Entre PS et MR, le torchon brûle plus que jamais

Noé Spies

Le 1er mai a été le théâtre d’affrontements à distance entre libéraux et socialistes. Le PS attaque frontalement la loi de 1996, et son leader, Paul Magnette, dit « rêver » d’un gouvernement sans libéraux. Georges-Louis Bouchez n’est pas épargné. Entre gauche et droite, le clivage semble se creuser, plus que jamais. Et hier, les passes d’armes n’ont pas manqué.

S’il ne l’a pas citée telle quelle, la loi de 96 était clairement au cœur du discours du président du PS Paul Magnette, hier, au centre culturel Eden, à Charleroi. Le nombre « 96 » n’a pas été prononcé, et pourtant, les ambitions socialistes sont claires. Le PS passe à l’offensive contre la  » loi de 96 « , qui impacte directement les salaires : elle lie la marge salariale à l’index. Ce qui semble certain, c’est que l’index ne sera pas touché tant que le PS sera au gouvernement. Le secrétaire d’Etat Thomas Dermine (PS), la ministre de la Défense Ludivine Dedonder (PS) et Paul Magnette l’ont assuré. Mais pour les socialistes, cette volonté seule ne suffira pas.

« Lorsque l’inflation est si forte, nous devons aller au-delà de l’indice », a plaidé Paul Magnette. « Nous avons étendu le tarif social pour le coût de l’énergie, réduit la TVA, pris des mesures pour ceux qui se chauffent au fioul et, au niveau européen, nous nous battons pour le gel des prix. Mais force est de constater que ce n’est pas suffisant. Si les entreprises font des bénéfices, alors les travailleurs et les employeurs doivent pouvoir négocier les salaires librement! ». Est-ce donc une attaque contre la loi de 96, à laquelle le gouvernement ne voulait pas toucher? « Oui, j’assume », confirme le président du PS.

L’idée de taxer plus lourdement les 1 % les plus riches figure également en tête des revendications de Magnette. « De cette façon, nous pourrions augmenter les salaires de la moitié des travailleurs de 100 euros. Les riches ont profité de la crise, il est temps de rendre quelque chose aux personnes qui ont créé cette richesse. » Huit Belges sur dix sont favorables à un impôt sur la fortune. Politiquement, seuls les libéraux s’y opposent encore.

« Rêve d’un gouvernement sans libéraux »

Le MR fut la cible majeure du discours de Magnette. L’indignation concernant la façon dont le président du MR, Georges-Louis Bouchez, a ignoré le cordon sanitaire face à l’extrême droite n’a pas encore été digérée. Et, de surcroît, le fait que Bouchez aille célébrer le 1er mai à Herstal a été considéré comme une provocation. « Mais il le fait quand même », s’est insurgé Magnette. « Bouchez veut un gouvernement sans socialistes ? Eh bien, je rêve d’un gouvernement sans libéraux », a-t-il asséné.

Les attaques socialistes envers les libéraux ne se sont pas arrêtées là. Systématiquement, Georges-Louis Bouchez est la première cible de Magnette. « Le président du MR peut bien parader à Herstal, personne n’est dupe. Les travailleurs savent que les libéraux n’ont jamais rien fait pour eux, et qu’ils ne feront jamais rien pour eux. Les travailleurs n’ont pas oublié le sinistre bilan des cinq années de régression sociale du gouvernement MR-N-VA. »

« Ultra-conservateur »

Paul Magnette n’a pas manqué, non plus, de fustiger, selon lui, un virage du MR de plus en plus à droite. « Année après année, le MR vire un peu plus à droite. On ne sait pas où ils s’arrêteront. Dans mes jeunes années, j’ai connu un temps où les libéraux se souvenaient de leurs racines humanistes historiques. Mais aujourd’hui, les libéraux sont devenus de purs conservateurs, 100% à droite. Ils ont gommé les derniers accents sociaux qui leur restaient et ceux qui avaient encore la fibre humaniste s’en vont, conscients que le MR d’aujourd’hui n’est plus qu’un parti ultra-conservateur. » Magnette va même plus loin : « Le MR d’aujourd’hui s’inscrit dans la ligne des partis de droite les plus durs et les plus agressifs d’Europe. »

Concernant l’emploi, la même cible, encore et toujours, pour Magnette. « Il (Bouchez, ndlr.) rêve de supprimer toute la sécurité sociale, et la remplacer par une allocation de 1.000 euros, identique pour tous : cela coûterait 40 milliards. Tout cela pour faire un cadeau inutile à des gens qui n’en ont pas besoin d’une part, et jeter dans la pauvreté des centaines de milliers de pensionnés et de travailleurs sans emplois ».

De son côté, le président du MR Georges-Louis Bouchez a plaidé pour une baisse de la fiscalité afin de doper l’emploi. Mais les relations toujours plus mauvaises entre la figure de proue des libéraux et les dirigeants des autres partis francophones transparaissaient désormais systématiquement dans les discours.

« 1,4 euros à la pompe »

À 200 mètres à peine du PS, le PTB a répété que le litre de carburant ne pouvait pas coûter plus de 1,40 euro. Pour le parti d’extrême gauche, des moyens existent pour y arriver. Globalement, il s’agirait de viser les multinationales Total ou Shell, « qui font des milliards de bénéfices ».

   Le PTB, s’il n’a pas épargné les autres partis, a ciblé le Vlaams Belang, accusé de se présenter comme un parti « social » alors qu’il soutient une partie du discours patronal et ne veut plus des syndicats. Les communistes entendent reprendre une partie du vote populaire qui, en Flandre, s’en est allé à l’extrême-droite. Le VB organisait cette année un meeting à Sint Niklaas à l’instar de… Vooruit. Conner Rousseau, originaire de cette localité de Flandre orientale, n’a pas épargné le parti de Tom Van Grieken, en l’accusant d’être un « loup déguisé en mouton » car, sous couvert de défendre les travailleurs, il défendrait en fait les intérêts de l’élite.

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