Pourquoi il ne faut pas (trop) aider les enfants à faire leurs devoirs

Mailys Chavagne

Aider ses enfants à faire leurs devoirs, une mauvaise idée ? Tout dépend de l’attitude des parents. Trop d’implication pourrait en effet nuire aux résultats scolaires de l’enfant. Ce dernier a besoin d’être bien entouré, mais certainement pas d’être assisté.

La véritable question que tout parent devrait se poser est : « Comment aider au mieux ses enfants ? » Tout en songeant à faire d’eux des personnes débrouillardes et indépendantes. Le tout n’est pas de les materner, mais de les soutenir tout au long de leur apprentissage.

Nul besoin donc de les accompagner tous les soirs après l’école dans la réalisation de leurs devoirs. Et si vous espérez voir les notes de vos enfants s’améliorer drastiquement, il n’en est rien : « Il n’y a pas d’association statistiquement significative entre l’aide parentale aux devoirs en primaire et la réussite des enfants », selon une récente étude réalisée par des chercheurs du Penn State College of Education.

Dans leur étude, les chercheurs ont pris en compte des variables telles que le statut socio-économique et l’éducation des parents. Leurs conclusions: peu importe l’intelligence de l’adulte ou son statut socio-économique, son aide est peu susceptible d’améliorer les résultats scolaires de l’élève.

« En tant que tels, nos recherches remettent en question des décennies d’encouragement à l’aide parentale et au contrôle des devoirs », écrivent les auteurs. De là à supprimer totalement l’aide parentale ? Certainement pas, il faut simplement éviter certains pièges…

Les trois sources du problème

Une bonne attitude pourrait alimenter l’amour de l’apprentissage chez l’enfant, tandis que trop d’implication peut rapidement devenir un obstacle à son éducation. Les chercheurs mettent en avant trois mécanismes qui peuvent potentiellement gâcher tous les efforts tant des parents que de l’enfant :

Perte cognitive

Les parents n’ont pas forcément reçu une formation en éducation. Bref, ce ne sont pas des professeurs. Et peut-être ne connaissent-ils pas bien le système éducatif belge. Ils n’ont donc sans doute pas les compétences nécessaires pour guider correctement l’enfant dans la résolution des devoirs. D’autant que les méthodologies apprises durant leur jeunesse ne sont plus toujours celles que les enfants apprennent à l’école. Résultat: pour aller plus vite, les parents auront tendance à donner directement la bonne réponse au lieu d’apprendre à leurs enfants à penser par eux-mêmes. Cela annule donc tous les avantages cognitifs qu’apportent les devoirs.

Bien entendu, il ne s’agit pas de leur interdire toute aide. Il faut que les enfants – surtout ceux en difficulté scolaire – puissent solliciter leurs parents et ainsi bénéficier de leur soutien. Mais il ne faut pas leur donner toutes les réponses. Plutôt les guidez pas à pas, quitte à leur réexpliquer plusieurs fois l’exercice, leur cahier sous les yeux. Et surtout, leur laisser le temps de réfléchir par eux-mêmes.

Manque d’autonomie

Pire encore: en aidant trop régulièrement les enfants, on les « prive » en quelque sorte de la possibilité d’acquérir des compétences essentielles, comme la gestion du temps et l’autonomie. Or, c’est à cet âge-là que cet apprentissage commence à se faire. « L’école primaire concerne l’acquisition des connaissances, mais encore plus des compétences et des habitudes d’un enfant », déclare Katerina Bodovski, professeure d’éducation et principale auteure de l’étude.

Inutile donc de passer tout son temps derrière ses enfants, à leur demander à tout-va si les devoirs ont bien été faits. Au début, quand ils entrent en primaire, il faut les aider. Mais au fil des classes, et à partir de la 6e, ils doivent être capables de se débrouiller seuls. Ainsi, quand vous allez les chercher à l’école, demandez-leur s’il y a des devoirs à faire, puis laissez-les gérer leur temps tous seuls. C’est une bonne étape vers l’autonomie.

Augmentation du stress

Enfin, l’implication trop intensive des parents dans la vie scolaire de leurs enfants peut augmenter la pression qui pèse sur leurs épaules et entraver leur apprentissage. Il n’est jamais agréable d’avoir ses parents qui vous soufflent dans la nuque en permanence.

Selon les auteurs de l’étude, les parents peuvent aider à façonner la réussite scolaire de leurs enfants en « préparant le terrain » pour le succès. S’intéresser à la journée de son enfant et discuter de ce qu’il a appris à l’école est parfois plus bénéfique que de simplement réaliser ses devoirs avec lui.

Les résultats de cette recherche ne signifient pas nécessairement qu’aider les enfants à faire leurs devoirs n’a aucun avantage, au contraire. Cela pourrait, par exemple, amener les parents à passer plus de temps avec leurs enfants. Au final, ce qu’il faut retenir, c’est que le rôle d’un parent n’est pas de résoudre tous les problèmes d’un enfant, mais de l’aider à acquérir les compétences qui lui permettront plus tard de résoudre ses problèmes sans avoir besoin d’aide…

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