Opinion

Marcel Cheron

Ecolo-Groen entend remettre le train sur ses rails

Marcel Cheron député fédéral Ecolo    

La fin de l’année est marquée par un nouveau bras de fer entre gouvernement et syndicats. Et comme toujours, c’est le voyageur qui en fait les frais.

Les syndicats annoncent aujourd’hui le report de trois jours de grève sur cinq pour éviter la période d’examens des étudiants. Mais le problème de fond subsiste : le préavis de cinq jours de grève en janvier est maintenu, le gouvernement refuse de reprendre la concertation tant que ce préavis n’aura pas été levé, et pendant ce temps… l’usager reste pénalisé et dans l’incertitude. Un usager déjà touché au quotidien par les retards, les pannes, les trains annulés ou les informations contradictoires.

Lors de sa mise en place, le gouvernement Michel a opéré d’importantes coupes budgétaires mais n’a proposé aucune vision d’avenir pour un transport ferroviaire performant et au coeur d’une stratégie de mobilité durable. Les toutes dernières prévisions du Bureau du Plan en termes de congestion automobile dans les années à venir sont alarmantes. Il prévoit en effet que le nombre total de passagers-kilomètres, tous modes de transport confondus, augmentera de 11 % entre 2012 et 2030, et le nombre de tonnes de marchandises-kilomètres de 45 %. A l’horizon 2030, la vitesse moyenne sur le réseau routier diminuera de 24 % en période de pointe et de 10 % en période creuse. Cette réduction de la vitesse va engendrer des temps de déplacement de plus en plus longs et entraîner à la fois des coûts économiques et une perte de compétitivité (1). En termes d’émissions de gaz à effet de serre, directes ou indirectes, dues au transport, le Bureau fédéral du Plan prévoit, une augmentation de 16 % entre 2012 et 2030. Le transport par route sera dès lors responsable de 97 % des émissions liées au secteur du transport en 2030.

Si nous voulons pouvoir relever le défi de la mobilité et prendre nos responsabilités en matière d’environnement, le train doit (re)devenir un axe central. Nous avons besoin d’un « modal shift », soit un transfert massif du transport routier vers le transport ferroviaire.

Le Groupe Ecolo-Groen a élaboré un contrat de ‘services’ SNCB/Infrabel, qui place le voyageur au centre de ses préoccupations. Notre alternative offre de réelles perspectives d’avenir pour le rail, ses usagers actuels et futurs et ses travailleurs. Afin de réaliser ce projet, la SNCB doit être soutenue financièrement. Le rail ne peut en effet pas rencontrer les objectifs sociétaux que tous les gouvernements lui assignent sans des moyens budgétaires ambitieux. Ces derniers doivent également être réorientés, plus transparents et s’inscrire dans la bonne gouvernance. Nous proposons dès lors de refinancer la SNCB et Infrabel à hauteur d’1,7 milliards d’euros, et d’y réinvestir les gains d’efficacité (estimés à 1,1 milliards d’euros).

Le train ne représente actuellement que 3 % des modes de transport utilisés. Nous devons sortir d’une période marquée par une dégradation du service à des voyageurs pourtant de plus en plus nombreux et demandeurs. Les problèmes récurrents de ponctualité depuis 2005 en sont l’expression la plus visible, tout comme l’allongement des temps de parcours (2) et la stagnation, voire la diminution du nombre de trains-kilomètres parcourus ces dernières années. Les restrictions budgétaires imposées à la SNCB depuis plusieurs années n’ont pas amélioré l’efficacité de l’entreprise, mais ont au contraire engendré une réduction de son activité dans ce qui est son corps de métier : accueillir et transporter des voyageurs.

Or, la SNCB de demain doit placer le voyageur au centre de ses préoccupations.

Concrètement, notre projet présente plusieurs mesures et objectifs concrets :plus de voyageurs (au minimum +4 %/an), plus de trains-kilomètres, plus de places assises (en net, au minimum +120.000 places d’ici 2030), plus de ponctualité (au minimum 95% de ponctualité pondérée), plus de fréquences, finalisation du RER, plus de services à valeur ajoutée pour le voyageur et une meilleure information, une étude de satisfaction qui mesure l’efficacité réelle du service offert aux usagers,…

La Belgique a autrefois été un pionnier du rail ; notre transport ferroviaire est malade depuis trop longtemps, empoisonné par des politiques d’un autre âge et des impératifs de rentabilité. Le train doit séduire à nouveau et représenter une alternative valable à la voiture en renouant avec sa mission première. Des transports collectifs performants sont la seule issue possible pour relever les enjeux en matière de mobilité et de climat. Pour ce faire, nous avons besoin, enfin !, de réelles volontés politiques et de décisions budgétaires cohérentes.

Marcel Cheron, député fédéral Ecolo

(1) La FEB évalue le coût de la congestion automobile en Belgique à 8 milliards d’€ par an.

(2) Par exemple, un trajet entre Bruxelles-Nord et Luxembourg prenait 2h15 en 1975, contre au moins 2h53 aujourd’hui (source : IEW)

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