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Drame de Strépy: les 7 mystères qui doivent encore être élucidés

Noé Spies
Noé Spies Journaliste au Vif

Plusieurs questions demeurent sur les circonstances qui ont conduit au drame au carnaval de Strépy-Bracquegnies. Quelles peines les deux cousins risquent-ils? Pourquoi n’y a-t-il pas encore d’informations sur le test sanguin? Paolo F. conduisait-il une voiture ‘boostée’? Ce sont autant d’éléments qui doivent encore être éclaircis par l’enquête. Le point.

  • 1. Qu’en est-il du système de freinage de la voiture?

Les premiers témoignages convergeaient d’abord sur le fait que Paolo F. n’avait pas freiné avant l’impact. Cette information a ensuite été démentie lors de la conférence de presse du parquet de Mons, hier/mardi. De fait, les feux de freinage étaient allumés, selon les images vidéo. L’autre question était aussi de savoir si l’accusé avait désactivé le système de freinage automatique.

Selon les premiers éléments, il ressort que le système ne peut pas simplement être désactivé par défaut. Mais il pourrait l’être lorsque le conducteur appuie sur l’accélérateur ou le frein. Dans ce cas, cela signifie que le conducteur reprend le contrôle du véhicule. Il est dès lors possible voire probable que le système ne fonctionne pas lorsque la personne appuie elle-même sur la pédale de frein.

Pour de nombreux modèles de voiture, ce système ne fonctionne qu’à des vitesses inférieures, mais il existe également certaines voitures qui peuvent l’utiliser à une vitesse plus élevée. Reste donc à déterminer quelles options étaient disponibles sur la voiture du drame.

  • 2. Une voiture boostée?

Booster soi-même une voiture, afin qu’elle puisse atteindre des vitesses plus élevées, c’est possible. A condition d’avoir les logiciels et les connaissances nécessaires, et que la voiture puisse être connectée à Internet.

La BMW noire était-elle boostée? L’enquête doit d’abord déterminer si le logiciel d’origine est toujours sur la voiture. Elle devra également établir le nombre de fois où le système a été programmé. Si ce nombre est supérieur à ce que la voiture indique, cela signifie dès lors que le système a été bricolé.

La BMW du drame.
La BMW du drame.© belga
  • 3. Existe-t-il une boîte noire dans ce modèle de voiture?

La présence d’une boîte noire n’est pas obligatoire en Europe, mais elle l’est aux États-Unis. Les modèles de voitures qui sont largement vendues en Amérique sont donc équipées d’une boîte noire en Europe aussi. Pour ce modèle de BMW, cela devrait être le cas. Les informations sont stockées et copiées à plusieurs endroits, dans le cas où la voiture serait complètement détruite.

De nombreuses informations pourraient être obtenues à partir de cette boîte noire, comme la vitesse à laquelle la voiture roulait, à quel moment les freins ont été activés, quand le volant a-t-il été tourné et à quelle vitesse l’impact a-t-il eu lieu. En analysant toutes ces données, il serait donc possible de reconstituer l’intégralité de l’accident.

  • 4. Quelles substances peuvent être détectées dans un test sanguin et pourquoi les résultats ne sont-ils pas encore connus?

De très nombreuses substances illicites et/ou médicaments peuvent être analysés dans une prise de sang. Dans un cas aussi grave que celui-ci, des milliers de substances seront examinées dans l’analyse sanguine. Avec une attention particulière sur les substances qui ont un effet clair sur le cerveau.

L’analyse portera notamment sur des médicaments puissants utilisés à des fins récréatives, tels que les antidépresseurs, les hypnotiques ou les tranquillisants. La présence d’autres substances fera l’objet d’analyses, comme l’héroïne, la morphine, la cocaïne, mais aussi les amphétamines telles que le speed et l’ecstasy. Des substances psychoactives comme la kétamine, le LSD et les amphétamines devraient également être analysées, même si certains laboratoires, pas assez récents, ne les étudient pas.

Mais pourquoi les résultats de la prise de sang mettent-ils autant de temps avant d’être communiqués ? Cela peut être lié à la minutie avec laquelle le travail est réalisé. En cas d’urgence, tout peut se faire en moins d’une journée. Mais si tout est scanné dans le détail, cela peut demander plus de temps. D’autre part, certaines substances comme le protoxyde d’azote peuvent mettre plus de temps avant de laisser des traces dans le sang, ce qui pourrait expliquer ce délai d’attente.

  • 5. Que risquent le conducteur et le passager?

Paolo F., le conducteur de la voiture, a indiqué aux enquêteurs qu’il roulait à 90km/h, et ce alors que la vitesse maximale autorisée sur le lieu de l’accident est de 50km/h. L’homme a été arrêté pour homicide involontaire ainsi que pour coups et blessures involontaires. Lors de la conférence de presse de mardi, il a été reprécisé que les faits étaient considérés comme grave accident de la circulation entraînant la mort. L’acte intentionnel est donc exclu.

Concernant la peine possible, le juge devra tenir compte des conséquences de l’accident, de la personnalité de l’accusé ou encore des antécédents criminels de celui-ci. Le permis de conduire de Paolo F. lui avait déjà été retiré en 2017 pour conduite sous influence. Comme ces faits datent de plus de trois ans, ils ne rentrent plus en ligne de compte pour une récidive. Concrètement, Paolo F. risque de trois mois à cinq ans de prison et jusqu’à 16.000 euros d’amende. Il pourrait également devoir verser une indemnité aux victimes.

Antonino, le passager, a déclaré qu’il s’était endormi dans la voiture. Son cousin, cependant, contredit cette version. Antonino a été libéré sous conditions. Il n’est pas autorisé à avoir de contact avec ni avec son cousin, ni avec les familles des victimes, ni avec la presse. Il est suspecté de ne non-assistance à personnes en danger. Il encourt une peine de prison de huit jours à un an et une amende pouvant aller jusqu’à 4.000 euros.

  • 6. Un bilan qui pourrait s’alourdir?

Six personnes sont mortes à Strépy lors du ‘ramassage’ des Gilles. Dix personnes sont toujours dans un état critique et 27 autres ont été légèrement blessées. D’autres morts sont donc à craindre. C’est ce qu’avait déclaré le bourgmestre de La Louvière Jacques Gobert (PS). Lors de la conférence de presse du parquet de Mons, il a été confirmé que le bilan pourrait encore s’alourdir, compte tenu de l’état des dix victimes grièvement blessées.

  • 7. La commune en faute?

Une autre interrogation est celle de savoir si la commune de La Louvière a correctement assuré la sécurité des Gilles. Selon les premiers éléments, le Parquet a confirmé que le rassemblement était bien autorisé et déclaré. Le cortège se déplaçait conformément au code de la route, c’est-à-dire avec une marche du côté droit de la chaussée, dans le sens de la circulation. Le véhicule ayant percuté la foule par l’arrière. Selon le Parquet, le drame n’est donc pas dû à un manque de sécurité mais surtout à la vitesse excessive du conducteur.

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