Natacha de Crombrugghe © Belga

Disparition de Natacha de Crombrugghe : retour sur un mois de recherches et sur d’autres Belges disparus à l’étranger

Muriel Lefevre

Voilà un mois que Natacha de Crombrugghe (28 ans) de Linkebeek a disparu au Pérou. Depuis lundi, trois enquêteurs belges sont sur place pour participer aux recherches. Le signe que l’on se dirige vers une piste criminelle ? Les disparitions à l’étranger ne sont pas aussi rares qu’imaginé. Retour sur d’autres affaires similaires et explications sur la manière dont la police belge peut intervenir dans ce genre de situations.

Trois enquêteurs belges (deux de la police fédérale et un de la cellule des personnes disparues) se sont envolés ce lundi vers le village de Cabanaconde, où Natacha de Crombrugghe a laissé son sac à dos dans une auberge. Elle y est arrivée le 23 janvier au soir et souhaitait partir le lendemain à l’aube pour une randonnée à travers l’une des gorges les plus profondes au monde. Dans ce décor sauvage et hostile, une chute va rapidement être envisagée. Cela fait maintenant plusieurs semaines que les recherches se poursuivent. Plus de quatre-vingts sauveteurs et policiers péruviens ont ratissé la zone. Selon l’ambassadeur belge au Pérou, ils ont déjà fouillé plus de 90% de la région. Un mois après sa disparition, le sort de la jeune Belge reste un mystère.

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Selon la cellule des personnes disparues, la mobilisation des trois enquêteurs belges n’indique pas forcément que l’on se dirige vers une piste criminelle. « La vérité, c’est qu’on ne sait pas ce qui s’est passé et c’est pour cela que l’on doit faire une enquête qui n’exclut aucune piste. Or être sur place nous permet non seulement de mieux comprendre ce qui a pu se produire, mais aussi de tirer au clair les différentes informations disponibles et parfois contradictoires que l’on reçoit. Loin de chercher à interférer avec la police locale, on est surtout là pour aider les enquêteurs péruviens, notamment en tirant profit de l’analyse du GSM, du compte bancaire, des réseaux sociaux, des données médicales et des témoignages des proches que l’on a déjà réalisée en Belgique », indique au Vif David Rimaux, commissaire à la cellule des personnes disparues.

Disparition de Natacha de Crombrugghe : retour sur un mois de recherches et sur d'autres Belges disparus à l'étranger
© Belga

Si les enquêteurs ne se sont rendus qu’un mois après la disparition sur place, c’est parce que ce genre de déplacement n’est possible que si une plainte a aussi été déposée en Belgique. « Or sa disparition n’a été signalée que le 30 janvier aux Affaires étrangères et une plainte a été introduite le 4 février au commissariat d’Uccle. Ce n’est qu’à partir de là que la police belge a pu lancer la procédure. Et ce n’est qu’après avoir reçu l’accord des autorités péruviennes que les trois enquêteurs ont pu se rendre là-bas. Ils devraient, selon l’évolution sur place, rester une grosse semaine au Pérou » précise encore David Rimaux.

Vers la piste criminelle ?

Le fait que deux enquêteurs de la police fédérale accompagnent l’enquêteur de la cellule des personnes disparues indique que les autorités judiciaires belges prennent également en compte la possibilité que Natacha ait été victime d’un acte criminel. Un avis qui serait partagé par les proches de la jeune fille. Tout au long de son voyage, la famille de Natacha a pu la suivre pas à pas grâce à une application spéciale pour les voyages. Ils savaient où elle se trouvait à tout moment (ou en tout cas dès qu’il y avait du wifi) et la jeune fille pouvait taguer des photos. Mais la dernière fois que l’application a envoyé un signal, elle n’avait pas encore quitté Cabanaconde pour la gorge. Donc, pour l’instant, il n’existe pas la certitude absolue qu’elle ait même jamais quitté le village.

Disparition de Natacha de Crombrugghe : retour sur un mois de recherches et sur d'autres Belges disparus à l'étranger
© Belga

Les dernières images de la jeune femme sont celles d’une caméra de vidéosurveillance du village de Cabanaconde lorsqu’elle est à la recherche d’une auberge. Natacha était arrivée tard dans la soirée du dimanche 23 janvier et aurait visité deux auberges avant d’en choisir une troisième. « Elle voyageait seule », a déclaré l’hôtesse de cette dernière auberge à la police péruvienne et « elle est partie le lendemain pour un trek, en laissant une partie de ses bagages ». Son sac à dos a effectivement été retrouvé dans cette auberge, a confirmé le parquet.

Plusieurs alertes et pistes ont déjà été évoquées dans divers médias depuis sa disparition (des vêtements auraient été retrouvés, on l’aurait aperçue dans certains endroits, on aurait retrouvé un corps), mais toutes se sont révélées fausses et il convient donc de rester prudent. En l’état de ce qui est rendu public de l’affaire, il n’existe, à l’heure d’écrire ces lignes, aucune certitude sur qui est arrivé à Natacha de Crombrugghe.

Il ne faut jamais hésiter à signaler une disparition

Comme presque toujours lors d’une disparition, le temps joue contre les enquêteurs. Les premières heures sont souvent cruciales. C’est pourquoi, lorsqu’une personne disparaît, il faut porter plainte au plus vite même si celle-ci a lieu à l’étranger. « Le fait d’attendre 24 heures est souvent contreproductif, au pire on s’est inquiété pour rien » précise encore David Rimaux. Il ne faut jamais non plus hésiter à signaler cette même disparition au SPF des affaires étrangères. Ce devrait même être l’un des premiers réflexes, car ce dernier dispose de différents leviers pour agir sur place via la centaine de ces ambassades et consulats repartis dans le monde et à travers ce qu’on appelle l’assistance consulaire. Celle-ci est néanmoins sujette à des conditions notamment si l’on se trouve dans des régions qui sont déconseillées ou qui sont au coeur d’un conflit armé, par exemple. Si vous vous inquiétez pour un proche plus d’informations peuvent être trouvées ici.

D’autres Belges ont aussi disparu à l’étranger ces dernières années

Les cas de disparition de Belges en vacances comme celui de Natacha de Crombrugghe sont heureusement exceptionnels. Il est cependant très difficile de savoir exactement combien de Belges disparaissent à l’étranger chaque année, et ce pour plusieurs raisons.

La première, c’est que tous les cas ne sont pas systématiquement répertoriés. En effet, une déclaration de disparition à l’étranger se fait suite à la demande des proches. Rien n’interdit en effet à une personne majeure de disparaître de son plein gré. Ou, pour le dire plus prosaïquement, si personne ne s’en inquiète ou que la disparition n’a rien d’inquiétant, celle-ci passera inaperçue. Il est donc tout à fait possible que des disparitions passent sous les radars des affaires étrangères ou de la police. Selon Marie Cherchari, la porte-parole du SPF affaires étrangères, il y a eu 34 dossiers ouverts pour disparition inquiétante à l’étranger en 2021. Vingt d’entre eux ont pu être clôturés, pour différentes raisons (malentendu, décès…)

La seconde raison pour laquelle il est difficile de chiffrer les disparitions inquiétantes à l’étranger est que, pour qu’elles soient comptabilisées par la cellule Personnes disparues (qui centralise ces dossiers), il faut que cette disparition fasse l’objet d’une enquête policière dans notre pays. Et donc qu’une plainte soit aussi déposée en Belgique. Cette démarche permet de lancer une action judiciaire et de commencer une enquête dite « miroir ». « Celle-ci n’a pas pour but d’interférer dans l’enquête sur place, mais plutôt de gagner du temps et d’effectuer au plus vite plusieurs devoirs d’enquête comme une analyse du téléphone et des cartes bancaires qui permettent de voir s’il y a eu du mouvement de côté-là », précise encore David Rimaux. La cellule traiterait en moyenne un peu plus d’un dossier de disparition inquiétante à l’étranger par mois, mais, le plus souvent, ils sont rapidement classés. Dans la très grande majorité des cas, les disparitions sont consécutives à un accident, à une perte de repères (un Alzheimer, état de confusion,…), une fugue ou un suicide. Les causes criminelles sont rares.

Le nombre de résidents belges qui meurent à l’étranger

Si l’on ne sait pas exactement combien de personnes disparaissent à l’étranger Statbel, l’office belge de statistique, répertorie par contre le nombre de résidents belges qui meurent à l’étranger. Sans surprise, la plupart des décès ont lieu dans des pays qui sont proches ou qui ont une importante communauté dans notre pays. Par exemple, en 2019, 1298 résidents belges sont décédés à l’étranger et parmi ceux-ci 205 sont morts en France, 188 au Maroc, 141 en Espagne, 125 en Turquie, 89 en Allemagne, 68 en Italie et 65 aux Pays-Bas. 417 autres sont par contre morts dans d’autres pays du globe (non spécifiés). C’était principalement des hommes (264) et près de la moitié d’entre eux avaient entre 60 et 79 ans. Les causes du décès ne sont par contre pas répertoriées.

En consultant la page des avis de recherches de la police fédérale on constate cependant que quelques Belges restent officiellement actuellement portés disparus à l’étranger. Le plus connu de la liste est Théo Hayez, ce jeune de 18 ans qui a disparu en Australie en 2019 du côté de Byron Bay. Personne ne sait ce qui lui est arrivé malgré les nombreuses recherches, récompenses, documentaires et appel à témoins.

Théo Hayez
Théo Hayez

Il y a aussi Kevin Vanneste qui a disparu en 2018 à l’âge de 28 ans en Corse. Il souhaitait se lancer seul dans le GR 20. Arrivé sur l’île le 14 septembre, il est vu pour la dernière fois le 16 dans l’après-midi à Bastia par un prêtre de la cathédrale Sainte-Marie. Il semble fatigué, mais laisse ses affaires au prêtre et lui annonce « qu’il les reprendra à son retour ». Plus personne ne le reverra. Son retour en Belgique était planifié le 27 septembre 2018, mais il n’a pas embarqué dans l’avion. Accident ou disparition volontaire, personne ne le sait puisque l’enquête est aujourd’hui au point mort, même si la piste d’une chute accidentelle reste privilégiée.

Kevin VANNESTE
Kevin VANNESTE© Police

Autre disparition non-résolue, datant elle de 2002 : Vincent Lamourisa 18 ans lorsqu’il quitte le domicile familial près de Gand pour se rendre à l’école. Il n’est plus jamais revenu à la maison. On va retrouver son sac à dos et ses documents d’identité quelques semaines plus tard dans une poubelle non loin des chutes du Niagara au Canada. Vincent aurait pris un vol American Airlines pour New York. La thèse du suicide est privilégiée, car le jeune homme avait déjà sauté d’un immeuble trois ans plus tôt, mais on n’a jamais retrouvé son corps.

Louise Kerton, 24 ans, disparait le 30 juillet 2001 après avoir été déposée par sa belle-mère à la gare d’Aix-la-chapelle. Personne ne l’a vu prendre son train vers Ostende et personne n’a revu Louise depuis. Il y a aussi la petite Denise Pipitone qui a disparu le 1er septembre 2004 à l’âge de 4 ans alors qu’elle se trouve près de la porte d’entrée de la maison familiale en Sicile. Si l’enquête a permis de déterminer que la fillette a été victime d’un enlèvement, elle n’a toujours pas été retrouvée.

Deux disparus retrouvés vivants

Une disparition ne se finit pas toujours par une fin funeste. Par exemple le cas de Davine Arckens. Elle a 24 ans quand elle disparait en 2017 lors d’un voyage en Australie. Elle sera retrouvée par la police australienne. Elle avait été séquestrée et violée par un fermier à Murray Bridge après avoir répondu à une annonce pour trouver du travail. Elle sera retrouvée grâce aux appels à l’aide qu’elle avait lancés via Facebook. Il y a aussi Pascal Maes (45 ans) avait lui aussi disparu au Pérou en mars 2019 près du Machu Picchu. Il sera retrouvé deux ans plus tard soit en avril 2021. Il semblait désorienté et en « état de mendicité ».

Toujours sur cette liste des disparitions non-résolues à l’étranger, on retrouve également Guy Maréchal, 41 ans à l’époque, disparu il y a 20 ans dans le massif des Écrins en France lors d’un stage d’alpinisme. Il devait réaliser une randonnée avec deux amis sur le sentier GR54 à partir du Refuge de la Muzelle. Parti en premier à l’aube, il n’a plus jamais donné signe de vie. Si la piste d’une chute mortelle est privilégiée, son corps n’a jamais été retrouvé. Un autre disparu est Joseph Verheecke. Il disparait près de Cavtat, en Croatie. Il était parti se promener pendant que sa femme faisait les valises. Il avait 68 ans et d’un début d’Alzheimer. Il n’a jamais été retrouvé. Il y a aussi Christian Cloquette. Cet homme de 68 ans disparaît le 11 octobre 2011 en Alsace. Il va disparaître lors d’une randonnée organisée par un centre pour déficients mentaux. Il souffrait lui-même d’un handicap mental et sa disparition sera directement considérée comme très inquiétante. Malgré de nombreuses recherches, il reste, à l’heure d’écrire ces lignes, toujours porté disparu.

La preuve que cette liste ne reflète qu’une partie des Belges disparus à l’étranger est qu’on ny retrouve pas, et ce n’est là que quelques exemples, Yvan Meers. Ce Belge de 37 ans a disparu le 6 décembre 2016 après qu’il ait loué un kayak en Indonésie avec sa copine allemande Lina Keil (31). Plus de cinq plus tard on est toujours sans nouvelles d’eux. Il y a aussi Romain Quénéhen, jeune belge d’une vingtaine d’années qui a disparu alors qu’il était en expédition au Canada. Il n’a plus donné signe de vie depuis le 26 août 2019. Ou encore Björn Debecker, 41 ans, qui disparait le 10 août 2019 en Islande. La dernière fois qu’il a été aperçu, il était en train de faire du Kayak sur un lac.

Enfin, on notera aussi que la cellule des personnes disparues ne s’occupe pas des personnes qui ont été enlevées ou retenues en otage.

Des touristes belges assassinées ou mortes dans des conditions mystérieuses

Des Belges peuvent aussi mourir dans des circonstances mystérieuses à l’étranger. Voici une liste non exhaustive des cas qui ont fait parler d’eux dans les médias ces dernières années.

Amélie Sakkalis, 28 ans, disparait au Canada durant l’été 2018. On retrouve son corps quelques jours plus tard. Son meurtrier l’avait chargée en stop avant de la poignarder.

Elise Dallemagne (30 ans) retrouvée morte le 27 avril 2017en Thaïlande, pendue dans la jungle de Koh Tao. Elle faisait un tour du monde depuis 18 mois. Son décès reste un mystère, ses proches non jamais crus au suicide.

Wendy Montulet, 21 ans, disparait sur l’île de Saint-Martin le 9 juillet 2016 lorsqu’elle fait son jogging. On retrouvera son corps le lendemain. Elle a été poignardée. Son meurtrier sera rapidement arrêté et sera assassiné dans sa cellule.

Les parents de Natacha de Crombrugghe lancent un large appel pour toute information utile

Les parents de la jeune Belge Natacha de Crombrugghe, disparue à Cabanaconde au Pérou depuis le 24 janvier, ont lancé, mercredi, un appel à toute personne qui pourrait leur apporter des informations utiles. Ils ont également tenu à remercier les enquêteurs, les guides et tous les volontaires qui se sont lancés à la recherche de leur fille depuis plusieurs semaines. Lundi, le parquet fédéral a annoncé que trois enquêteurs belges sont partis pour le Pérou afin de participer aux recherches pour retrouver la jeune femme de 28 ans.

« Nous voudrions dire un immense merci aux nombreuses personnes qui se mobilisent et travaillent sans compter pour retrouver Natacha: les guides et les policiers officiels et tous les volontaires qui sont à sa recherche à Cabanaconde et dans le canyon Colca mais aussi en Belgique où les amis de Natacha ont mené des recherches et apporté de nombreuses informations utiles aux policiers », ont déclaré via un communiqué Eric et Sabine de Crombrugghe, les parents de Natacha.

« Nous lançons un appel à tous ceux qui auraient vu Natacha depuis son arrivée à Cabanaconde le 23 janvier ou qui ont des informations nous permettant de nous aider dans nos recherches. Si vous disposez d’informations, vous pouvez nous contacter directement à l’adresse: eric.decrombrugghe@gmail.com », ont-ils demandé.

Natacha de Crombrugghe, âgée de 28 ans, est portée disparue depuis le 24 janvier. La jeune femme effectuait un trek au Pérou. Elle avait laissé un sac à dos dans sa chambre d’hôtel à Cabanaconde, avant de partir tôt pour le canyon de Colca.

Dimanche, un enquêteur de la « Cellule personnes disparues » et deux enquêteurs de la police judiciaire fédérale sont partis vers le Pérou. Leur objectif est de prendre connaissance des avancées de l’enquête sur place et d’apporter de l’aide si nécessaire.

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