Opinion

Olivier Mouton

« Didier Reynders n’aide pas son parti. Ni à Bruxelles, ni au fédéral »

Olivier Mouton Journaliste

La responsabilité du patron du MR bruxellois est énorme dans la débâcle libérale. Une certitude : le vice-Premier n’aide pas son parti. Ni à Bruxelles, ni au fédéral.

Il suffit de lire, à peine entre les lignes, l’interview accordée au Soir ce mercredi matin par le bourgmestre d’Uccle, Boris Dilliès, qui n’hésite pas à parler de « gigantesque taule » pour le MR à Bruxelles, en regrettant que la régionale ne se réunisse jamais. Ou de décoder la sortie de Vincent De Wolf, bourgmestre d’Etterbeek, qui annonce dans La Libre une initiative pour repenser le programme du parti et ne pas reproduire les mêmes erreurs aux régionales et fédérales du 26 mai prochain. C’est une certitude : la responsabilité de Didier Reynders, président de la fédération bruxelloise du MR, est pointée du doigt dans la débâcle libérale dans la capitale aux communales du week-end passé. Pourtant, le MR avait un boulevard devant lui après les affaires qui ont secoué la ville, pour ne pas parler du manque de vision révélé par la négligence des tunnels.

En ne préservant que deux bourgmestres sur six, précisément à Uccle et à Etterbeek, et en n’étant plus que le troisième parti de la Région, le MR a atteint la cote d’alerte, à huit mois des élections régionales et fédérales. Et ce n’est pas en pointant du doigt la sociologie de la ville en mutation ou l’attitude agressive des partis de gauche que le parti sortira la tête de l’eau. C’est un travail sur le fond de la doctrine qu’il faut mener, une stratégie de renouvellement des cadres qui est nécessaire, sans oublier de cultiver les contacts avec les autres partis : autant de choses qui incombent au patron. Et qui, visiblement, ont été négligées par Didier Reynders.

Diider Reynders n’a clairement pas le temps de tout faire entre ses fonctions de vice-Premier, de ministre des Affaires étrangères en permanence aux quatre coins du monde et de président de régionale

C’est comme si le MR se retrouvait replongé, alors que l’on entame la campagne en vue de la « mère de toutes les élections », dans les affres du passé. Quand la guerre des clans déchirait le parti, au début de la décennie. Que reprochaient alors Charles Michel et les siens à Didier Reynders, président et vice-Premier ? De s’enfermer dans sa tour d’ivoire, de s’entourer d’un clan et de ne pas être performant en raison de son cumul. Que constate-t-on, sept ans après ? Les mêmes pratiques. Le numéro un libéral bruxellois n’a clairement pas le temps de tout faire entre ses fonctions de vice-Premier, de ministre des Affaires étrangères en permanence aux quatre coins du monde et de président de régionale. Nul doute que cette question-là va bientôt être mise sur le tapis. Et si elle ne viendra sans doute pas de Charles Michel directement, elle émanera, on le voit déjà, par les expressions d’autres cadres du parti. Fussent-elles téléguidées discrètement depuis le « Seize ».

Il y a urgence, à vrai dire. Car l’attitude du vice-Premier ministre fédéral du MR est un des maillons faibles des libéraux francophones depuis le début de la législature, au fédéral également. Pas seulement en raison des attaques émanant de l’opposition pour son rôle potentiel – mais jamais démontré – dans le Kazakhgate. C’est surtout le manque de soutien explicite de Didier Reynders à Charles Michel qui est criante, a fortiori dans les moments difficiles, quand la Suédoise a été au bord de la crise. Lorsque Elio Di Rupo était Premier ministre, sa vice-Première Laurette Onkelinx était la première à se battre à grands cris lorsque le PS était malmené. Ici, rien. Quand Didier Reynders le fait, occasionnellement, c’est du bout des lèvres. Quand il n’est pas en visite officielle à l’étranger.

L’homme, affirment certains – sans que lui-même ne l’ait jamais affirmé – estime que la vengeance est un plat qui se mange froid. Evincé de la présidence par Charles Michel, précédé par son rival au Seize, privé de Commission européenne par la CD&V Marianne Thyssen, ce poids lourd de la politique belge a, c’est vrai, des raisons de cultiver certaines rancoeurs. On l’imaginait mener en coulisses une stratégie de reconquête. On le disait occuper à renouer des liens avec les socialistes pour récupérer le pouvoir, à Bruxelles puis, qui sait, au fédéral. Trop occupé par les fastes de ses fonctions, aveuglé par ses proches, il a raté la première étape de son plan, dimanche dernier. Et à ce rythme-là, cette stratégie du pourrissement risque bien de coûter cher au MR, le 26 mai prochain. À moins que Didier Reynders ne démente les pronostics en réussissant un score monstre dans la capitale, démontrant que l’on a plus que jamais besoin de lui. Avouons-le : ce serait du Machiavel au carré.

Mais là, en attendant, le président Olivier Chastel et le Premier Charles Michel ont bien des raisons d’être mécontents. Et de lui faire savoir.

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