Illustration picture shows the naval base in Zeebrugge, Thursday 21 April 2022. BELGA PHOTO KURT DESPLENTER © Belga

De moins en moins de transmigrants interceptés à Zeebrugge

Le Vif

Alors que l’intensité des contrôles n’a pas augmenté, le nombre de transmigrants interceptés au port de Zeebrugge est en constante diminution depuis plusieurs années, ont indiqué vendredi Dirk Van Nespen, directeur de la police de la navigation, et Henk Soulliaert, commissaire en chef et chef de corps à Zeebrugge. De 3.500 en 2018, on est passé à 2.300 transmigrants interceptés l’année dernière. La police constate aussi tomber régulièrement sur les mêmes individus.

La commission de la Chambre chargée d’évaluer la législation et la politique en matière de traite et de trafic des êtres humains se penchait vendredi matin sur la problématique de la migration en transit et du trafic autour des personnes tentant de rejoindre le Royaume-Uni.

« La Belgique reste un pays de transit. La direction des opérations (de passage) se fait depuis un pays voisin. Le matériel se trouve dans un deuxième pays alors que les transmigrants attendent un SMS leur indiquant leur point de rendez-vous dans un troisième pays », a indiqué M. Van Nespen. « Zeebrugge reste toujours le point de passage le plus important (en Belgique)« , ont indiqué les deux policiers. « Cela reste toujours un point chaud pour les victimes ».

« Le nombre de départs depuis la Côte par petits bateaux est par contre négligeable en Belgique, avec 11 incidents constatés l’année dernière, contre 350 en France depuis le début de cette année ». La plupart des traversées avortées par petites embarcations ont été réalisées au départ de bateaux plus grands, comme des chalutiers et même des yachts. « On a également constaté un vol de kayak, un fait que nous voyons comme un signe de désespoir », a illustré M. Soulliaert.

Malgré le caractère marginal du phénomène, M. Van Nespen estime nécessaire de discuter de la problématique des petits bateaux avec les polices locales, compétentes pour les plages, dans l’hypothèse d’un déplacement du phénomène de la France vers la Belgique. « Il faut faire en sorte qu’on les intercepte avant, sur la plage ! » 

Une approche humaine

La police de la navigation a défendu son approche centrée sur les victimes. « Il faut les maintenir le moins longtemps possible en cellule, juste le temps nécessaire pour établir des constatations de qualité », a plaidé le directeur de la police de la navigation. Il a appelé à réduire le temps nécessaire pour le traitement administratif « pour avoir plus de temps pour opérer les contrôles ».

Les intervenants ont aussi défendu une approche humaine lors de ces interpellations. « Les nombreux migrants en transit ne nous perçoivent pas comme une menace. C’est pour nous la meilleure manière de collecter un maximum d’informations (sur les passeurs). Par exemple, nos collaborateurs amènent spontanément des vêtements. Cela permet de créer un climat de confiance. Il n’existe pas de frustration à l’égard des fonctionnaires de police, mais bien à propos de la traversée ratée », a expliqué M. Van Nespen.

Lors des contrôles dans le port, la police de Zeebrugge accorde la priorité aux conteneurs réfrigérés. « Et on utilise des petits chiens. Les familles ne doivent pas être effrayées par des molosses ! Nous sommes confrontés à des victimes d’organisations criminelles », a rappelé M. Soulliaert.

L’objectif reste de collecter un maximum d’informations, « de mettre un visage et un nom sur les responsables de ces structures (criminelles). »

Trop peu de PV dressés

Interrogé sur l’opportunité de créer des centres d’accueil pour migrants en transit, Dirk Van Nespen s’est montré défavorable à l’idée. « Cela aboutirait à une approche moins individualisée que ce qui est possible de faire au niveau de la police locale. La personne (migrante) se trouverait dans une situation moins confortable et la relation se perdrait. Non, ne le faites pas », a-t-il exhorté.

Stéphanie Silvestre, directrice de la police des chemins de fer était également interrogée par les députés. Sur le rail également, une baisse du nombre de PV dressés pour traite des êtres humains a été constatée, de 32 en 2018 à 23 en 2019. Les zones les plus concernées se situent près des ports, des centres d’accueil pour étrangers et des aires d’autoroute.

L’année dernière, pour 1.032 PV dressés pour séjours illégaux dans la zone ouest, seuls… 2 ont été dressés pour des passeurs. La directrice a fait part de la frustration des équipes d’aboutir à un résultat aussi maigre. Elle a appelé à simplifier le traitement administratif et les procédures pour établir un PV « article 55 » pour une personne en séjour illégal. 

« Nous interpellons souvent des personnes relaxées puis ré-arrêtées. Celles-ci sont fragilisées et tombent ensuite dans les mains de bandes. Ce sont des victimes. Nous, nous recherchons des indices de traite, de trafic qui peuvent ensuite déclencher une action policière juste et ciblée. »

Simplifier et adoucir la procédure

Dans l’après-midi, le commissaire en chef de la police de la circulation routière Kristiaan Popelier a appuyé les demandes de simplification administrative et de raccourcissement des procédures, constatant n’être actuellement confronté qu’à des migrants. « Il n’y a plus de passeurs sur les aires de stationnement », a-t-il constaté.

Koen Gielen, commissaire au contrôle frontalier à l’aéroport de Bruxelles-National, moins confronté à la question des migrants en transit, a suggéré de sensibiliser les compagnies aériennes, voire de sanctionner celles qui laissent embarquer des personnes avec des faux papiers. « Imposer des amendes aux compagnies aériennes. Ce serait une idée, une solution », a-t-il lancé.

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