© GETTY IMAGES

Dernier hommage à Arno en 10 chansons

Philippe Cornet Journaliste musique
Laurent Hoebrechts Journaliste musique

Ce mercredi, les fans du chanteur Arno ont pu lui rendre un dernier hommage, à l’AB. Retour sur sa carrière en 10 titres.

Le contenu intégré souhaite enregistrer et/ou accéder à des informations sur votre appareil. Vous n’avez pas donné l’autorisation de le faire.
Cliquez ici pour autoriser cela de toute façon

De sable et d’eau salée. D’amour et de langues. De scènes et de sueur. Arno était un drôle d’alchimiste. Improbable chanteur flamand devenu trésor national, adoubé par les suspicieux voisins hexagonaux, surtout après Les Yeux de ma mère il y pratiquement trente ans. Bon fils, Arno restera toujours l’enfant d’Ostende, inspiration majeure, reine des plages et refuge éternel du plus célèbre des bégayeurs belges. Ses cendres y seront d’ailleurs dispersées. Au large, dans les vagues grises, celles qui mettent de la brume dans les chansons. Et quelles chansons ! Constituant au fil du temps un répertoire où, mine de rien, les classiques s’empilent. Entre la chaloupée Elle adore le noir ou la moins connue et pourtant épatante Lonesome Zorro. Avec cette présence roque et charnelle, combustible à haut indice d’octane rock. Sublimée dans Putain Putain, quasi une marque de fabrique de l’artiste. Qui, en reprenant Les Filles au bord de mer, délicieuse vieillerie d’Adamo, montrait combien il est le signe héritier d’Ensor et de Spillaert. Capable de transfigurer le réel en émotion contagieuse. Portrait en dix « chansons hymnes » gravées dans le zinc pour l’éternité.

1. TC MATIC Putain Putain (1983)

Tout le génie d’Arno est ici résumé. Celui qui consiste à transformer les morceaux les plus tordus en tubes populaires, les saillies les plus absurdes en slogans quasi politiques. Dès l’intro – une guitare métallique qui tape sur la ferraille, une basse qui fait le dos rond – , TC Matic impose sa bizarrerie, melting-pot bordélique qui mixe les genres et les langues (français, néerlandais, anglais…) avec une gloutonnerie féroce. Le morceau a beau n’avoir ni queue ni tête, il deviendra un classique. Mieux: un hymne. Les Etats-Unis ont leur Star-Spangled Banner, incendié par Jimi Hendrix, la France a sa Marseillaise, passée à la moulinette reggae par Gainsbourg, l’Europe a Putain, Putain, passant l’ Hymne à la joie à l’acide sulfurique.

TC MATIC Putain Putain (1983)
TC MATIC Putain Putain (1983)© PHOTONEWS

2. ARNO Les yeux de ma mère (1995)

Si l’art d’Arno consiste à mélanger la gravité et la vulgarité, la profondeur et la banalité, alors Les Yeux de ma mère est bien son chef-d’oeuvre. Dans cet exercice ô combien casse-gueule que l’ode à la mater, il donne immanquablement le frisson. Breughelien, (faussement) impudique, il est le seul à pouvoir vous arracher une larme en chantant des paroles comme « C’est elle qui sait comment j’suis nu/Mais quand je suis malade/Elle est la reine du suppositoire »…

3. TC MATIC Elle adore le noir (1985)

Avec ses airs de tango argentin imbibé, puant le sexe cru, Elle adore le noir reste un grand classique du répertoire de l’Ostendu. Mieux: ses sonorités eighties, qui pourront paraître datées, ajoutent au contraire au climat interlope du morceau. Louche et ambigu, Arno n’a jamais aussi bien chanté les drames amoureux de fin de nuit.

4. TC MATIC Oh la la la (1981)

Avec sa basse qui hésite, bousculée par le riff de guitare qui tranche, elle, directement dans le lard, TC Matic signe l’une des intros les plus emblématiques du rock belge. Morceau du patrimoine musical national, Oh La La La est à la fois hirsute et instantané, hilare et vicieux, comique et hargneux. C’est magnifique…

5. ARNO Les filles du bord de mer (1993)

C’est ce qu’on appelle un win-win. Au début des années 1990, Arno ressort de l’oubli un ancien titre d’Adamo, alors classé tricard variétoche. Un tube pour le premier, une résurrection pour le second. Et surtout, au bout du compte, un titre devenu entre-temps un classique, morceau de belgitude qui a réussi à résonner des deux côtés de la frontière linguistique (et au-delà).

6. ARNO Mon sissoyen (1990)

Un incontournable de surréalisme musical « à la belge ». Sur une batterie de Gilles de Binche, Arno fait le malin, offrant un grand moment d’absurde, célébrant son chibre « dressé vers le ciel, comme la tour Eiffel », tout en chantant et dansant « pour les Iraniens » ou « les Vietnamiens ». As Arno as it gets.

7. ARNO Bathroom Singer (1988)

Toujours aussi « farce », Arno creuse un peu plus la veine polka-blues absurde. Dans le clip en noir et blanc, il cite Chuck Berry, Dylan (les pancartes de Subterranean Homesick Blues), et laisse le trio Jan Decorte – Josse De Pauw – Jean-Louis Sbille faire les marioles à sa place. Dingalingaling!

8. ARNO Je veux vivre (2016)

Sur cette ballade dépouillée, qui avance au pas, le chanteur dépose les armes, accompagné d’une fanfare pour enrober son spleen de fin de nuit. Il n’y a qu’ Arno pour chanter une phrase aussi banale que « je veux vivre dans un monde où les malheureux sont heureux » et parvenir à lui donner un minimum de crédibilité.

9. ARNO Lonesome Zorro (1990)

A la fin des années 1980, Arno traîne à Paris (signé pour la première fois sur un label français). Il se noie aussi volontiers dans l’alcool, piégé par son personnage décalé et rock’n’roll. Cela s’entend sur Ratata, album-gueule de bois, qui démarre par l’emblématique Lonesome Zorro. « Take a ride on a nightlife/It’s not a good life/And I hear you screaming inside », se lamente le vieux cowboy solitaire, Zorro fatigué, dans un blues particulièrement émouvant. C’est un beau héros qui tombe…

10. ARNO Oostende Bonsoir (2019)

Une bonne surprise que ce titre-testament. Rien de neuf sous le crachin marin d’Arno, certes. Mais avec son clair-obscur à la Spilliaert, ce nouvel hommage à la reine des plages traîne une jolie mélancolie douce-amère.

Partner Content