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Covid: « Quelque chose de plus explosif que toutes les autres vagues se prépare »

Noé Spies
Noé Spies Journaliste au Vif

Face au variant Omicron, plus contagieux et possiblement plus résistant au vaccin, les experts redoutent une vague sans précédent. Un train peut en cacher un autre (plus gros), alors que la Belgique, si elle ne réduit pas l’intervalle pour la dose de rappel, pourrait se retrouver dans une période de stand-by. Et ce n’est pas vraiment le moment…

La quatrième vague semble avoir atteint un plateau en Belgique. Hier, pour la première fois depuis mi-octobre, le nombre de patients hospitalisés en soins intensifs a diminué. La pression sur les médecins généralistes semble, elle aussi, légèrement retomber. Mais aucun expert, à l’heure actuelle, n’ose crier victoire. Car ce plateau pourrait bien ressembler au calme avant la tempête. Une tempête nommée Omicron. Et alors que certains de nos voisins emploient les grands moyens pour accélérer la campagne de la troisième dose, la Belgique patauge.

Réduire l’intervalle

Le Royaume-Uni ne fait plus dans la dentelle. Outre-Manche, on enrôle carrément l’armée pour injecter un million de doses de rappel… par jour. Car le temps presse. Très durement touché par la pandémie avec plus de 146.500 morts et 50.000 contaminations quotidiennes, le Royaume-Uni fait désormais face à « un raz-de-marée d’Omicron », selon les termes du Premier ministre Boris Johnson.

Désormais, tous les adultes peuvent recevoir une piqûre de rappel, à condition que leur injection précédente remonte à au moins trois mois. L’intention affichée est d’offrir à chacun une troisième dose avant le Nouvel An.

Autour des frontières belges, on prend donc le défi de la troisième dose à bras-le-corps. La France, l’Allemagne, l’Autriche ou encore le Danemark ont déjà décidé de réduire l’intervalle entre la deuxième et la troisième injection. C’est d’ailleurs ce qui était recommandé par l’Agence européenne des médicaments (EMA), la semaine dernière. L’espacement habituel de six mois (pour les personnes vaccinées avec Pfizer ou Moderna) peut être plus court, avait clairement stipulé l’EMA, qui a ramené cet intervalle minimum à trois mois.

Lenteur à la détente

En Belgique, aucune réaction forte ne semble surgir suite à cette annonce de l’Agence européenne. La consigne officielle reste d’attendre six mois pour le rappel des personnes vaccinées avec Pfizer ou Moderna. Les ministres de la Santé ont simplement demandé au Conseil supérieur de la santé et à la Task Force Vaccination s‘il était possible de passer à… cinq mois pour Pfizer et Moderna. Et non trois comme le suggère l’EMA. Cette décision pourrait être prise lundi prochain. Alors que nos voisins européens ont déjà passé la vitesse supérieure, le plat pays semble donc faire du surplace. Pour rappel, donc, à l’heure actuelle, en Belgique, les intervalles sont de six mois pour Pfizer et Moderna, quatre mois pour AstraZeneca et deux mois pour Johnson & Johnson.

Cette absence de réaction rapide fait tiquer certains experts. Avec (presque) trois millions de personnes ayant reçu une dose de rappel, la Belgique n’est pas spécialement un mauvais élève à l’échelle européenne. Mais n’adaptant pas cette réduction d’intervalle, notre pays risque bientôt… de ne plus avoir de personnes éligibles pour cette troisième dose. On pourrait donc bientôt se retrouver dans une période de « vide vaccinal », pour la dose de rappel, pendant plusieurs semaines.

« Nous sommes maintenant immobiles parce qu’il y a trop peu de personnes éligibles pour être vaccinées », souligne le Morgen. « Si vous raccourcissez l’intervalle, vous pouvez continuer à vacciner », explique le virologue Marc Van Ranst (KU Leuven) dans les colonnes du journal flamand. Selon lui, en termes d’immunité, il importe peu qu’il y ait quatre, cinq ou six mois entre les injections. « Si un variant contagieux se présente, il vaut peut-être mieux passer plus rapidement au rappel que de s’en tenir à ces six mois. »

« Quelque chose de plus explosif »

Il est désormais clair que le variant Omicron sera vite dominant. Le virologue Emmanuel André mettait en garde lundi. « Aujourd’hui en Belgique, 3% des personnes qui sont infectées le sont par le variant Omicron. C’est 10x plus qu’il y a 8 jours, et cela va augmenter très rapidement. Surtout si vous avez une santé fragile, s’il vous plaît faites-vous vacciner (3 doses). N’attendez plus », a-t-il tweeté.

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« Fin décembre, Omicron sera dominant », explique au Morgen le biostatisticien Tom Wenseleers (KU Leuven). C’est plus tôt ce qu’avait annoncé Steven Van Gucht la semaine dernière, qui parlait de janvier ou février. Wenseleers explique son raisonnement. « Nous nous dirigeons vers une valeur R de 2,5 à 3. Cela signifie que les infections augmenteront soudainement et très rapidement. Sous la tendance à la baisse que nous observons actuellement, quelque chose de plus explosif que n’importe quelle vague que nous avons déjà connue se prépare », alarme-t-il.

Il s’agit désormais de limiter les dégâts, précise Wenseleers. « C’est-à-dire : booster tout le monde au plus vite. On peut espérer que le gouvernement fasse tout ce qu’il peut pour accélérer la campagne. »

Le message semble tout doucement passer dans les cercles politiques. Mais le problème est que de nombreux centres de vaccination sont déjà à bout de nerfs, alors que la mise en place de la vaccination des enfants de 5 à 11 ans est toujours en cours de réflexion. Une réunion au sommet entre les fonctionnaires examinera aujourd’hui comment la capacité des centres peut être augmentée.

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