Florence Reuter : " Je sais que mon atterrissage inopiné dans le fauteuil de bourgmestre n'a pas fait plaisir à tout le monde. " © HATIM KAGHAT POUR LE VIF/L'EXPRESS

Communales 2018 : à Waterloo, la fin de l’omnipotence immobilière

Le Vif

La nouvelle bourgmestre, Florence Reuter (MR), qui a repris le flambeau au lion déchu Serge Kubla, a quelques réalisations à faire valoir en fin de demi-mandat. Et une vision pour un coeur de ville repensé. Sous les boulets de l’opposition, réduite mais remuante et suspicieuse.

 » J’ai voulu que la commune reprenne la maîtrise de son territoire, que rien ne soit plus dicté par le privé, notamment par les promoteurs.  » Une saillie Ecolo ? Un cri de la liste Mieux vivre à Waterloo (MVW) ? Non, la sentence ne vient pas des modestes 7 sièges d’opposition mais de Florence Reuter, figure de proue de l’écrasante majorité MR forte de 23 sièges et bourgmestre de Waterloo depuis fin février 2015. A cette époque, l’écharpe tombe sur ses épaules de première échevine à la faveur de l’éjection de Serge Kubla du fauteuil mayoral pour cause de scandales (Duferco et Kazakhstan). Et voilà la bourgmestre de 46 ans avec, sur les bras, l’héritage encombrant des trois décennies de pouvoir du  » maître de Waterloo « . Trente ans de concessions à la pression immobilière sans relever ou anticiper les défis criants de Waterloo liés à la mobilité, à l’environnement, aux logements modestes, au réaménagement global de la commune pour la qualité de vie de ses habitants. Ou si peu.

Le pari. Rapidement, Florence Reuter a fait de ce dernier axe son défi prioritaire, son cheval de bataille pour les communales 2018 et la prochaine législature. Avec, comme fer de lance, son nouveau  » Coeur de ville  » dont elle aime étaler, caresser et décrire le masterplan. Dès sa prise de fonction, la bourgmestre avait bloqué un projet développé par son prédécesseur avec des promoteurs pour le passage commercial Wellington et sa grande zone de parkings. Pour y substituer, avec l’aide du bureau JNC, un plan de réaménagement global du centre mais sur un périmètre élargi. Dans l’axe nord-sud : des rue de la Station et avenue Reine Astrid jusqu’aux rues Dewit et Verbeek. Dans l’axe est-ouest : de la maison communale/piscine à l’autre extrémité, la zone parking à l’arrière du passage Wellington. Avec au milieu, à l’endroit de l’actuelle école des Sacrés-Coeurs qui devra être rasée,  » une vraie place communale publique de 12 000 mètres carrés pour rendre le centre aux habitants et aux piétons « , explique la mayeure. Un pari audacieux sur un nouveau Waterloo convivial  » pour se promener d’un bout à l’autre grâce à des liaisons piétonnes entre les quartiers et faire oublier ce côté village-rue fendu par la chaussée de Bruxelles engorgée en permanence « .

Le point noir. La mobilité est un gros souci. Pour dégager des solutions en phase avec son plan urbanistique d’avenir, Florence Reuter a aussi lancé des études :  » Il y en a eu trois. Celle en lien avec le masterplan, celle autour du noeud de circulation d’Argenteuil et une autre, plus globale. Il en ressort des propositions audacieuses, comme la mise en sens unique d’une portion de tronçon de l’hypercentre couplée à un travail en amont de dissuasion pour maintenir tout le trafic de transit sur le ring. Et côté Argenteuil, une étude avalise la nécessité d’un pont qui enjamberait l’autoroute entre le bout de l’avenue Reine Astrid et le site d’Argenteuil pour faire sauter l’infernal bouchon du rond-point de la drève d’Argenteuil saturée matin et soir d’autos venues de toute la région pour gagner le ring et de celles qui vont déposer les élèves aux écoles de cette zone.  »

Avec sa salle de spectacle, Argenteuil devrait devenir le pôle culturel de Waterloo.
Avec sa salle de spectacle, Argenteuil devrait devenir le pôle culturel de Waterloo.© HATIM KAGHAT POUR LE VIF/L’EXPRESS

Le brouillard. On le voit, Florence Reuter impose une vision macro, globale, tournée vers l’avenir… Mais qui, au seuil des élections communales, ne consiste toujours qu’en plans, études, modélisations à encore soumettre à consultations populaires… Rien de concret, vécu, visible, présent au quotidien pour les Waterlootois. L’opposition, réduite mais remuante, se rue dans cette faille où une promesse d’avenir ne peut tenir lieu de bilan pour la législature contrastée qui s’achève. Avec, cependant, la difficulté de savoir à qui chercher des poux : Kubla, disparu après ses trois décennies et son dernier demi-mandat, ou Reuter, pour son premier demi-mandat qui, à bien des égards, a pris le contre-pied de son prédécesseur ?

Un changement apprécié à demi-mot tant du côté Ecolo que du MVW. Mais, campagne oblige, il faut canonner sur la majorité absolue et sur du concret. Comme  » l’absence d’une politique du logement pour permettre aux jeunes et aux personnes âgées à revenus faibles de rester dans leur commune. Les appartements sont hors de prix et il manque un deuxième home communal « , vitupère Bernard Catala du MVW, en cognant aussi sur les conditions de mobilité actuelles, le manque de  » vraies  » pistes cyclables, de bus non polluants en site propre, de trottoirs refaits, d’initiatives de développement durable en énergie et environnement…

Florence Reuter impose une vision macro, globale, tournée vers l’avenir…

Le chef de file des  » environnementalistes humanistes soutenus par le CDH  » est rejoint sur ce terrain fertile par la tête de liste Ecolo, Jean-Louis Verboomen, plus nuancé (sauf quand, récemment, il accablait la bourgmestre à propos de sa position sur les visites domiciliaires du fédéral) :  » Nous saluons quelques avancées de mobilité douce (voitures partagées, sens uniques limités) et le projet d’aménagement du centre est intéressant. Mais nous sommes effrayés par la lenteur des évolutions. Par exemple, il avait été décidé, il y a cinq ans, de supprimer les barrières à l’entrée des sentiers pour faciliter le passage des poussettes et vélos, ce n’est toujours pas terminé. Idem pour les SUL. Côté sécurité des piétons, la police devait interdire et traquer le stationnement sauvage dans toutes les artères. Ce qui ne se fait que dans certaines d’entre elles.  »

Le goût du secret. Plus encore que sur cet inventaire de griefs, les deux figures de l’opposition, rejoints par Fiorella Iezzi, la nouvelle tête de liste DéFI, ruminent la rengaine  » On nous cache tout, on ne nous dit rien « .  » Manque total de transparence, éructe Bernard Catala (MVW), dans l’aménagement du cadre de vie, des projets immobiliers et dans l’implication des promoteurs.  »  » Les discussions ne sont pas menées de manière transparente, en particulier autour de l’aménagement de l’ex-parking Fiat lié au projet du bois des Bruyères « , prolonge l’Ecolo Jean-Louis Verboomen. Tous dénoncent aussi, selon les termes de la tête de liste DéFI,  » l’absence de présentation détaillée des projets et de contacts directs avec la population  » couplée à  » un manque de communication sur les dossiers en cours vers l’opposition, malgré nos demandes répétées « , peste Bernard Catala.

 » C’est dingue cette parano ! tonne Florence Reuter. Je n’arrête pas de faire des concertations, consultations et des présentations publiques. Sur le masterplan, sur la nouvelle gare… A peine devenue bourgmestre, j’ai lancé des consultations populaires et des réunions de quartier sur des thèmes globaux ou spécifiques, en toute transparence. Je discute régulièrement avec l’opposition. Plus franche, ouverte et à l’écoute que moi, il n’y a pas. Non, franchement, c’est un fantasme que l’opposition, toujours suspicieuse, aime cultiver dans l’esprit des gens. Ce soupçon de dissimulation est non fondé. Ma priorité unique est le cadre de vie des habitants et son amélioration avec l’objectif d’embellir, de rénover mais d’arrêter de densifier à tout crin. Stop ! Waterloo, c’est 1 400 habitants au kilomètre carré alors que la moyenne en Brabant wallon est de 600 ! J’ai le pied bien appuyé sur le frein sur tout le territoire de la commune. L’immo n’est plus à la manoeuvre, j’ai repris la main.  »

La rénovation de l'école Mont-Saint-Jean, personne n'y croyait, Florence Reuter l'a fait.
La rénovation de l’école Mont-Saint-Jean, personne n’y croyait, Florence Reuter l’a fait.© HATIM KAGHAT POUR LE VIF/L’EXPRESS

Le regret. La lionne de Waterloo poursuit :  » J’admets que tout n’est pas top, que les choses ne vont pas assez vite notamment pour des pistes cyclables ou pour la création de logements accessibles aux jeunes. Mais c’est dans les tablettes. Un regret aussi de ne pas avoir réussi à mettre en place le Noctambus car compliqué et coûteux. En revanche, j’espère lancer en septembre des navettes gratuites tous les samedis pour que les habitants accèdent facilement aux commerces de la chaussée de Bruxelles. Il faut aussi développer une meilleure communication et organisation autour des places de parking avec des panneaux intelligents…  »

La surprise. Son incontestable réussite personnelle et en dur, saluée par tous, reste la rénovation-extension de l’école de Mont-Saint-Jean. Une belle surprise à laquelle personne ne croyait :  » Ce projet était mon bébé comme échevine de l’enseignement. J’ai bataillé ferme, j’ai obtenu les subsides et les travaux sont en cours. Ce sera achevé fin 2018 ! Mais des élèves pourront déjà intégrer de nouvelles classes à la rentrée. Au total, cette seule école en immersion de Waterloo passera de 500 à 750 élèves.  » La bâtisseuse n’en restera pas là puisqu’elle envisage aussi un pôle artistique avec salle de spectacle à Argenteuil.

Mais avant, il lui reste à gagner les élections d’octobre avec un maximum de voix de préférence pour espérer continuer, notamment la réalisation du nouveau  » Coeur de ville  » :  » J’ai confiance. On devrait garder la majorité absolue et en ce qui me concerne… on verra. On dit souvent que quand il y a peu d’opposition il faut plus se méfier des rivaux internes (rires)… Je suis la petite dernière arrivée et je sais que mon atterrissage inopiné dans ce fauteuil n’a pas fait plaisir à tout le monde. Je pense cependant avoir prouvé mon engagement dans une vision d’avenir pour Waterloo. Les électeurs trancheront.  »

Par Fernand Letist.

L’Iweps

En partenariat avec Le Vif/L’Express, l’Institut wallon de l’évaluation, de la prospective et de la statistique (Iweps) a ausculté les communes de Waterloo et Braine-l’Alleud. L’Iweps est un institut scientifique public d’aide à la prise de décision à destination des pouvoirs publics. Autorité statistique de la Région wallonne, il fait partie, à ce titre, de l’Institut interfédéral de statistique (IIS) et de l’Institut des comptes nationaux (ICN). Par sa mission scientifique transversale, il met à la disposition de tous des indicateurs statistiques et des études en sciences économiques, sociales, politiques et de l’environnement. Plus d’infos : www.iweps.be

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