Abdelhamid Abaaoud © AFP

Comment Abaaoud, l’organisateur des attentats de Paris, a filé

Arnaud Ruyssen
Arnaud Ruyssen Journaliste à la RTBF

Le 15 janvier 2015, la Belgique parvient à éviter un attentat terroriste d’envergure. Semblable à ceux du 13 novembre 2015 à Paris et à ceux du 22 mars 2016 à Bruxelles. La cible reste floue mais le scénario était identique. Il était déjà écrit. Comment les enquêteurs ont-ils pu, cette fois-là, déjouer les plans de la filière terroriste ? Quel a été leur modus operandi ?

A l’autopsie, tout part d’une information tombée dans l’oreille de la Sûreté de l’Etat en juin 2014. « L’Etat islamique planifie des attentats sur le sol belge. » La menace est vague mais elle est rapidement prise au sérieux. Les agents du renseignement belge puis les enquêteurs de la police judiciaire fédérale vont suivre ce premier fil pour mettre au jour une toile complexe, en train de se tisser entre Molenbeek et la Syrie.

Au coeur de ce réseau, il y a un homme dont le nom est depuis devenu tristement célèbre, depuis les massacres de Paris, à la fin de l’automne dernier : Abdelhamid Abaaoud. A l’époque déjà, le Belgo-Marocain est loin d’être un inconnu pour les services de renseignement. Très actifs sur les réseaux sociaux, il y fait ouvertement l’apologie du djihad. Depuis la Syrie, qu’il a gagnée début 2013, il se présente comme un « touriste djihadiste » qui fait ses classes au sein de Daech. Crâneur et cruel, il devient progressivement un des leaders des brigades francophones de l’Etat islamique et se voit confier la mission d’organiser des attentats sur le sol européen. Pour ça, il va activer son réseau de copains à Molenbeek.

Les plans s’échafaudent mais sont vite éventés. Grâce aux écoutes téléphoniques, notamment celle du frère d’Abdelhamid Abaaoud, incarcéré à la prison d’Audenarde, les enquêteurs peuvent suivre, aux premières loges, la construction minutieuse de ce projet terroriste. Une planque est louée à Verviers, au 32, rue de la Colline. Deux hommes, Khalid Ben Larbi et Sofiane Amghar, y sont installés. Ils reviennent du front syrien, eux aussi. Ce qu’ils ignorent, c’est que leur repaire est sur écoute en permanence grâce notamment à des micros installés dans le plancher.

Mais le principal organisateur, Abaaoud, n’est pas là. Il a quitté la Syrie et est passé par la Turquie pour être localisé en Grèce d’où il tente de rentrer en Belgique. Dilemme, dès lors : faut-il attendre son retour, pour mettre la main sur tout le réseau ? Ou faut-il intervenir vite pour tuer dans l’oeuf cette cellule que l’on sait lourdement armée ? L’actualité française – Charlie Hebdo, le 7 janvier, et l’Hyper Cacher, le 9 – va précipiter la décision. Le parquet fédéral ne veut plus prendre de risque : le 15 janvier 2015, il donne le feu vert pour l’opération, à Verviers.

L’intervention est d’une violence rare ; sept minutes d’un déluge de feu entre policiers et terroristes. Dans le même temps, un coup de filet a lieu en Grèce. Les Belges ont fourni des données téléphoniques qui doivent permettre d’appréhender Abaaoud mais il glisse entre les mailles du filet. « Ce sont les Grecs qui ont foiré, sur ce coup-là », regrette un enquêteur belge.

Dix mois plus tard, le même Abdelhamid Abaaoud est l’un des organisateurs des attentats de Paris, qui font 130 morts. Le scénario des opérations terroristes, revu et corrigé, tient compte des échecs de Verviers. Immanquablement la question se pose, donc : son arrestation aurait-elle pu empêcher les carnages parisiens ? ˜

Tous les samedis de l’été, à 12 heures, sur La Première, dans l’émission Autopsie, Arnaud Ruyssen raconte les coulisses d’un événement de l’histoire récente. Ce samedi 1er août, le jour où Abaaoud est passé entre les mailles du filet.

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