Opinion

Gérald Papy

C’est la hess de Gérald Papy: Biden et les limites des Occidentaux (chronique)

Gérald Papy Rédacteur en chef adjoint du Vif/L'Express

Pour Vladimir Poutine, la maladresse de Joe Biden est pain bénit.

Il faut nourrir une solide confiance dans l’efficacité des relations entre les Etats-Unis et l’Union européenne pour assurer que la déclaration de Joe Biden, le 26 mars, à Varsovie, déniant à Vladimir Poutine la possibilité de rester au pouvoir, participe d’un habile partage des tâches dans le suivi de la guerre en Ukraine entre une Amérique, recours hypothétique à l’option armée, et l’Europe, acharnée médiatrice pour une solution négociée. Certains l’ont pourtant avancé pour expliquer la sortie de route du président des Etats-Unis. La mise en garde non feinte quelques heures plus tard d’Emmanuel Macron « contre l’escalade des mots et des actions » aura contribué à les ramener à la raison.

C’est parce qu’il était pétri d’émotions après avoir rencontré en Pologne des réfugiés sortis de l’enfer ukrainien que Joe Biden, qui avait déjà qualifié son homologue de « tueur », « criminel de guerre » et « boucher », aurait donc exprimé publiquement son envie de le voir contraint de quitter le Kremlin. « Le président voulait dire que Vladimir Poutine ne peut pas être autorisé à exercer un pouvoir sur ses voisins ou sur la région », a osé la Maison-Blanche dans une tentative maladroite d’atténuer l’erreur diplomatique. Car si, en tant que citoyen, on peut partager l’indignation morale de Joe Biden, il est difficile de lui trouver une utilité dans la négociation entre Ukrainiens et Russes ou dans la pression à exercer sur le régime de Moscou.

Le parti pris du président américain rappelle en effet les mauvaises pratiques des Occidentaux qui, notamment en Libye sous l’égide de la France et du Royaume-Uni, ont dévoyé un feu vert du Conseil de sécurité des Nations unies à une opération de protection de la population en une manoeuvre pour renverser son dirigeant Mouammar Kadhafi, en faisant fi de l’opposition de la Russie. Pour un Vladimir Poutine qui se plaît à dénoncer la duperie des Etats-Unis, de leurs alliés, et singulièrement dans le dossier ukrainien, de l’Otan, non sans un certain fondement, la maladresse de Joe Biden est pain bénit. Et même s’il serait aisé de démontrer qu’il s’agissait bien d’une gaffe au vu de l’incohérence qu’il y aurait à refuser d’intervenir militairement en Ukraine et à projeter de renverser le pouvoir d’une puissance comme la Russie, nul doute que Vladimir Poutine ne se privera pas de l’instrumentaliser à son profit.

C’est comme si le président des Etats-Unis, entravé par la promesse faite à ses concitoyens de ne pas engager de nouvelles guerres, se devait, en compensation, de surenchérir dans la diatribe agressive à l’encontre de son homologue russe. Le malaise qui en découle témoigne peut-être des limites sur lesquelles l’action des Occidentaux bute désormais dans le soutien aux Ukrainiens. Les sanctions prennent du temps à produire des effets en Russie. Les étendre à l’importation du gaz et du pétrole russes reviendrait à pénaliser durement l’Union européenne. Et, même si leur apport est indéniable dans la capacité de résistance ukrainienne, il n’est pas sûr que les fournitures d’armes présentes et à venir suffisent à empêcher Vladimir Poutine de remplir ses objectifs militaires minimaux avant de consentir à conclure une négociation. De la difficulté d’arrêter une guerre sans la faire.

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