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« Ce qui est surprenant, c’est l’absence de freinage »: drame à Strépy-Bracquegnies, accidentel ou volontaire?

Mailys Chavagne
Mailys Chavagne Journaliste Web

Six morts, 10 blessés graves et une vingtaine de blessés légers… Tel est le bilan provisoire du drame de ce dimanche à Strépy-Braquegnies (La Louvière), où un chauffard a percuté un cortège de ramassage de gilles. Accident ou acte criminel? La justice compte sur l’analyse du bolide pour expliquer les motivations des conducteur et passager du véhicule.

Il était aux alentours de 5 heures du matin en ce dimanche de carnaval… L’heure du ramassage des gilles, tradition typique de cet événement folklorique, pendant laquelle les sociétés passent de maisons en maisons pour « ramasser » leurs membres. Et se préparer à faire la fête… Mais alors que le doux bruissement des tambours et des apertintailles se mettait à peine à retentir dans les rues de Strépy-Braquegnies, les festivités ont été brutalement interrompues.

Faisant fi des dispositifs de ralentissement, une voiture a débarqué à toute allure dans le quartier où commençait à se rassembler une foule de curieux. D’un seul coup d’accélérateur, le véhicule a foncé sur les quelques personnes qui n’avaient pas eu le temps de s’écarter, avant de poursuivre sa route et de percuter plusieurs autres victimes quelques mètres plus loin. Bilan du drame : six morts, 10 blessés graves et une vingtaine de blessés légers.

Le conducteur et le passager du véhicule ont été immédiatement interpellés, une enquête a été ouverte. « Le rôle de la justice sera de faire toute la lumière sur cette affaire: était-ce volontaire? Une imprudence? Nous allons examiner tous les éléments pour tenter de le comprendre « , a expliqué Ignacio de la Serna, procureur général de Mons et l’invité de Bel RTL ce lundi matin. Pour l’heure, la thèse d’un attentat a été écartée.

Acte volontaire ou accidentel?

Quant aux motivations précises des conducteur et passager, il est encore trop tôt pour le dire, selon le procureur, qui précise que « plein d’éléments sont à connaître, comme: quelle était la vitesse des auteurs, pourquoi ils n’ont pas freiné, etc.  » Une équipe d’experts judiciaires examine en ce moment le véhicule à la loupe, dans toutes ses composantes électroniques. Ils cherchent notamment à vérifier si un dispositif anti-collision est présent et s’il avait été désactivé. « C’est un véhicule assez neuf, il pourra expliquer pas mal de choses », a déclaré M. de la Serna.

Pour les devoirs d’enquête, les victimes décédées devront également subir un examen médical légal, ce qui a pu choquer certains proches, mais ces autopsies ne seront opérées qu’après que les proches aient pu leur rendre un dernier adieu. La justice n’est pas insensible à la douleur des victimes, a souligné le magistrat.

Un manque de sécurité?

Y a-t-il eu des manquements dans la sécurité de l’événement ? Interrogé sur la nécessité d’ajouter des ralentisseurs supplémentaires, le bourgmestre de La Louvière Jacques Gobert a rappelé qu’il y en avait déjà et que les centres des villages étaient « totalement sécurisés » pour les carnavals, mais que les « ramassages » à l’aube étaient davantage spontanés. « On appréciera les choses de manière objective, mais on est dans un folklore de quartier, de proximité, et de tradition ancestrale », a-t-il fait observer.

« Quoi que l’on fasse, quand des automobilistes n’ont plus la capacité d’être conscients au volant, quels que soient les dispositifs (de ralentissement), ils passeront au travers, ou n’auront plus la capacité de les contourner » et provoqueront d’autres types d’accident, a-t-il déploré.

De son côté, le bourgmestre de Namur, Maxime Prévot, a tenu à rappeler que ce type de drame ne pouvait être anticipé. « Il faut beaucoup d’humilité face à un drame comme celui-là. Suite à l’attentat de Nice qui a eu des allures assez similaires, on a tous été gagnés un peu par la parano, avec la volonté de vouloir redoubler de vigilance. Je me souviens que la manière d’organiser les Fêtes de Wallonie à Namur par exemple faisait écho à cela et des blocs de béton étaient placés aux entrées de la ville avec la crainte qu’il y ait un véhicule fou qui pénètre à travers tout« , a-t-il expliqué sur DH Radio ce lundi matin.

Avant de reconnaître qu’avec le temps, les mesures de sécurité sont devenues moins importantes. « À l’époque, nous étions dans un contexte terroriste qui était très puissant et qui a diminué aujourd’hui fort heureusement. Je pense donc que nous devons rester extrêmement vigilants sans tomber dans la parano sinon on va faire une société anxiogène à souhait et une jeunesse très traumatique qui a déjà eu du mal avec la crise sanitaire.« 

Pas de trace de freinage

« Ce qui est surprenant c’est la vitesse à laquelle allait le véhicule et l’absence de freinage.  » Des images prises par une caméra de surveillance prouve en effet la très grande vitesse de la voiture au moment des faits. Sur le sol, aucune marque de pneus ne peut attester de la volonté du chauffard de s’arrêter.

Une information pour meurtre a dès lors été ouverte, et le dossier transmis à une juge d’instruction. Une qualification qui, si elle devait être confirmée par la magistrate, expose les auteurs à des « très lourdes peines » et à la cour d’assises, selon le procureur général.

Autre fait marquant : les deux personnes présentes dans le véhicule, deux cousins trentenaires de la région de La Louvière, seraient adeptes de la vitesse et des voitures. « Cela reste assez flou. En 2017, l’un d’eux a fait l’objet d’un retrait de permis, mais il a repassé les examens par après. On a une idée précise de qui était au volant, mais on vérifie s’il n’y a pas eu un changement de dernière minute, puisque le véhicule s’est arrêté plus loin « , a détaillé M. de la Serna.

La piste de la drogue et de l’alcool

Autre piste envisagée, la conduite sous influence. Les deux suspects étaient de retour de boîte de nuit et avaient ramené une jeune femme chez elle peu avant d’aller emboutir le cortège de ramassage de gilles.

Le magistrat a évoqué un éthylotest positif pour l’un des deux hommes – apparemment pas le chauffeur -, mais des prises de sang doivent permettre de le vérifier ainsi que de voir s’il y a eu consommation d’autres drogues, comme de l’ecstasy ou autres.

Néanmoins, plusieurs questions restent en suspens. Qui conduisait vraiment le véhicule? Était-ce un accident ou un acte criminel? L’audition des suspects, réalisée hier en fin de journée, n’a pour l’instant pas permis d’avancée significative dans l’enquête.

Avec belga.

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