Opinion

Claude Demelenne

Bloqué entre le PTB et le MR, le parti socialiste a-t-il un avenir dans l’échiquier politique ? (carte blanche)

Claude Demelenne essayiste, auteur de plusieurs ouvrages sur la gauche

Avec moins de vingt députés au Parlement fédéral, le parti socialiste n’a plus sa force d’antan. Pour Claude Demelenne, essayiste, auteur de plusieurs ouvrages sur la gauche, une grande réforme progressiste pourrait sauver la peau des socialistes. Mais faut-il encore la trouver…

Le PTB affirme que le PS est trop mou dans sa défense des classes populaires. Les socialistes peuvent-ils se positionner davantage à gauche ? La réponse est négative. Coincé entre le libéralisme offensif de Georges-Louis Bouchez et la démagogie survitaminée de Raoul Hedebouw, le PS serait fou de rêver au ‘Grand Soir’.

Dans une interview au ‘Vif’ du 23 décembre, le président du PS, Paul Magnette, lâche cette petite phrase : « Quand on a dix-neuf sièges, on ne sait pas faire de grandes ruptures« . C’est une évidence, passée systématiquement sous silence par la gauche dite ‘radicale ‘. Au Parlement fédéral, le PS pèse 19 députés sur 150. Il est électoralement trop faible pour engranger des avancées sociales spectaculaires.

L’extrême gauche piétine le réel

Le bilan du PS au gouvernement doit être évalué à l’aune de ce rapport de forces. Le parti de Paul Magnette assure l’essentiel : maintien de l’index, refinancement des soins de santé, hausse du salaire minimum… Ce n’est pas le paradis, mais certainement pas l’enfer. La gauche révolutionnaire, quand elle accuse de haute trahison la gauche gestionnaire, piétine une fois de plus le réel. Que cela plaise ou non, le PS n’est pas en situation de ‘virer à gauche’.

Depuis le début de la législature, le PS est le dos au mur. Son partenaire adversaire le plus remuant dans la coalition ‘Vivaldi’, le MR de Georges-Louis Bouchez, rate rarement une occasion de lui chercher des poux sur le crâne. C’est de bonne guerre. Bouchez a une double ambition : lors du prochain scrutin de 2024, il veut devancer le PS à Bruxelles et faire au moins jeu égal avec lui, en Wallonie. L’objectif est ambitieux. Il exige une stratégie offensive des libéraux, qui complique la vie du PS.

Nouer des compromis, sans perdre la face

Malgré des divergences parfois importantes, le PS et le MR ne sont pas inconciliables. Les deux partis ont une longue expérience des compromis ‘à la belge’. Ce n’est pas le cas du PTB. Ce parti ne possède pas de culture de la démocratie. Celle-ci exige un dialogue apaisé avec des adversaires politiques aux programmes a priori difficilement compatibles, des mains tendues pour former des coalitions, et, au bout du compte, l’aptitude à nouer des compromis où chacun laisse des plumes, mais sans perdre la face.

Avec le PTB, on est très éloigné de cette culture du débat démocratique. Ce parti n’envisage de participer un jour à un gouvernement que s’il obtient la majorité absolue ou, à tout le moins, s’en approche et peut s’associer avec un parti plus faible que lui. Fondamentalement, le PTB possède une culture de parti unique. Selon sa ligne marxiste-léniniste, quand un ‘parti ouvrier’ arrive au pouvoir…il y reste. Applaudis par les troupes de Raoul Hedebouw, les ‘exemples’ chinois et cubain sont éloquents à cet égard.

Où sont les grandes réformes ?

Pour retrouver des couleurs et tenter de modifier en sa faveur le rapport de forces, les socialistes auraient besoin d’engranger au moins une réforme emblématique, clairement progressiste, dans le domaine socio-économique. Il y a belle lurette que la gauche social-démocrate n’a plus réussi pareil exploit. Depuis plus de deux décennies, elle campe sur des positions quasi exclusivement défensives. C’est le cas non seulement en Belgique, mais également dans la plupart des pays européens. Pour retrouver la trace d’une réforme cataloguée nettement ‘à gauche’, il faut remonter à 1982 (l’impôt sur les grandes fortunes, voté en France par le gouvernement de Pierre Mauroy) et à l’année 2000 (réduction collective du temps de travail à 35 heures, dite ‘loi Aubry’). Depuis, au rayon des réformes emblématiques, c’est le désert.

La potion magique et les charlatans

Le PS doit retrouver de nouveaux étendards – ou marqueurs – de gauche. Ce ne sera pas simple. Comme toujours, l’extrême gauche se trompe de combat en exigeant des sociaux-démocrates, (pour demain matin!), des ruptures anticapitalistes qu’ils ne sont pas en situation de concrétiser dans le monde réel. Parce que nous vivons en démocratie et que – on peut ou pas le déplorer – la majorité du peuple ne souhaite pas de telles ruptures. Parce que la plus belle femme du monde ne peut donner que ce qu’elle a. La gauche réformatrice – qui remontre le bout du nez, en Allemagne et au Portugal, notamment – , n’a pas dans sa besace une potion magique qui permettrait de créer le bonheur sur terre. Ceux qui prétendent posséder cette potion sont des charlatans.

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