Conseil de sécurité de l'ONU à New York.

Au Conseil de Sécurité, une présidence belge « vaillante » dans un contexte laborieux

Le Vif

Malgré des efforts diplomatiques certains, le Conseil reste paralysé par les positions divergentes propres aux intérêts géostratégiques de ses membres permanents.

Il ne semble pas que la Belgique ait pu pêcher par manque d’ambition, en ce début du mois de février, en prenant les rênes du Conseil de sécurité des Nations unies, étape phare de son mandat de deux ans en tant que membre de l’organe-clé de l’ONU. La délégation belge a présenté un agenda qualifié d’ « entreprenant » à ses quatorze partenaires au sein du Conseil. L’équipe dirigée par l’ambassadeur Marc Pecsteen de Bruytswerve, outre le fait d’assurer un suivi des crises actuellement en cours en Syrie, en Lybie ou encore sur le théâtre israélo-palestinien, a pu profiter de sa présidence pour promouvoir deux dossiers structurels que sont la protection des enfants soldats et la promotion de la justice transitionnelle, étape incontournable en vue de réconciliations post-conflits. Comme l’explique l’ambassadeur belge auprès des Nations unies, « la candidature de la Belgique visant à assumer un mandat au sein du Conseil manifestait la volonté du pays de contribuer à la paix et à la sécurité à l’échelle planétaire ». « La Belgique est presque une habituée du Conseil au regard de l’intervalle généralement de mise entre deux participations », s’enthousiasme Marc Pecsteen de Bruytswerve. « Il faut dire que la réputation du pays comme bâtisseur de ponts entre les nations est forte au sein de la communauté internationale. Le sens du compromis à la belge est généralement valorisé ».

Des intérêts divergents par « blocs »

Le Conseil de sécurité des Nations unies, qui fêtera comme l’institution-mère en septembre ses 75 ans d’existence, a été mis en place après la seconde guerre mondiale dans le but de participer au maintien de la paix et à la gestion des conflits internationaux. Les cinq membres permanents (Chine, États-Unis, France, Grande-Bretagne et Russie), qui disposent d’un droit de véto sur les résolutions proposées par ses membres, sont joints dans leurs efforts par dix membres non-permanents, élus pour deux ans. Longtemps paralysé par la confrontation idéologique et militaire propre à la Guerre froide, le conseil est aujourd’hui également sclérosé dans sa capacité d’action par les intérêts divergents des grandes puissances, que ce soit sur des dossiers « chauds » comme le nucléaire iranien, ou sur des théâtres historiquement épineux comme celui du conflit israélo-palestinien. Des succès notables sont néanmoins enregistrés, comme ce fut le cas en ce qui concerne la crise en Colombie, désormais en voie de normalisation. Passés ces états de fait, de nombreuses voix font état de la nécessité pour le Conseil de se réformer afin de mieux refléter l’ordre mondial propre au vingt-et-unième siècle.

« Le Conseil de sécurité est l’expression d’un ordre géopolitique mondial qui prévalait au lendemain de la seconde guerre mondiale », confirme l’ambassadeur. « Dans les faits, cet ordre datant de 1945 peut sembler aujourd’hui dépassé. Le Conseil de sécurité en reste pourtant le reflet. Il existe un nombre significatifs d’arguments pour changer cela, mais cela dépend des puissances disposant actuellement du droit de véto, et celles-ci ne se montrent guère désireuses de laisser rentrer de nouveaux acteurs, comme l’Allemagne ou le Japon ».

La Syrie, champ de bataille par procuration

De tous les conflits armés et les drames humanitaires actuellement en cours, aucun ne semble plus symptomatique de la difficulté des grandes puissances à mettre fin aux hostilités que celui qui ravage actuellement la Syrie, où les enjeux géopolitiques dépassent de loin le seul cadre local. La guerre civile syrienne, en cours depuis 2011, voit des troupes rebelles de natures diverses s’opposer au régime de Bachar Al-Assad. Soutenus actuellement par la Turquie, qui a pressé ses troupes dans le nord-est syrien, les contingents disparates hostiles à Damas, qui perdent graduellement du terrain, tentent de résister aux offensives du régime en place, soutenues par des frappes de l’aviation russe. Jeudi 27 février dernier, plus de trente soldats turcs ont ainsi perdu la vie suite à une offensive de l’armée syrienne dans la zone rebelle d’Idlib.

La Syrie est devenue pour de nombreux pays un champ de bataille par procuration. La Coalition nationale syrienne, initialement – mais insuffisamment – soutenue par les puissances occidentales, a perdu au fur-et-à-mesure des années du terrain face aux troupes fidèles à Assad, elles-mêmes appuyées militairement par la Russie mais aussi diplomatiquement par la Chine, régimes tous deux autocratiques qui veillent à défendre la légitimité d’un pouvoir syrien longtemps aux abois. Les puissances occidentales se montrent de leur côté inflexibles dans la condamnation du régime syrien, accusé de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité. La Russie et la Chine, quant à elles, continuent de soutenir Bachar Al-Assad contre vents et marées, estimant que la nature « terroriste » de l’opposition à Damas justifie la poursuite de l’offensive militaire visant à rependre les zones rebelles.

« Il est clair que sur des grands dossiers comme la Syrie, il est extrêmement difficile d’avancer. Cela peut se révéler très frustrant pour les diplomates, mais cela n’est pas faute d’essayer « , déplore l’ambassadeur, rappelant qu’il y a eu au cours de la présidence belge six réunions organisés sur le dossier syrien. «  La logique de lutte contre le terrorisme, agitée par la Russie et la Chine, aboutit à une situation de blocage complet, même pour une trêve humanitaire. Le rôle de la présidence consiste donc à demander des réunions pour maintenir la pression sur les parties au conflit. La Russie veut terminer une guerre qui fondamentalement, est gagnée. Mais assurer un retour à la paix lui sera bien difficile ».

Malgré tous les efforts entrepris par communauté internationale, un million de personne ont été jetées sur les routes depuis décembre, et on estime à près de trois millions et demi le nombre de citoyens syriens déplacés à l’intérieur même de leurs frontières et vivant dans des conditions sanitaires et de logement dramatiques, le tout alors que les températures souvent négatives dans la région ont entraîné la mort de nombreux enfants depuis de début de l’hiver. Le nombre de Syriens s’étant établis en dehors du pays depuis le début du conflit se monte de son côté à 6 millions de personnes. Rien n’indique pour le moment quand ceux-ci pourront retrouver leur terre d’origine.

Maxence Dozin

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