Opinion

Claude Demelenne

Après la victoire de Macron, les impasses de l’antimacronisme primaire (carte blanche)

Claude Demelenne essayiste, auteur de plusieurs ouvrages sur la gauche

La nette victoire de Macron gêne les antimacronistes primaires. Leur tâche est double :s’opposer aux réformes trop peu sociales du Président. Cesser de caricaturer celui-ci comme un monstre réactionnaire, ce qu’il n’est pas, estime l’essayiste politique Claude Demelenne.

Emmanuel Macron a gagné l’élection présidentielle. Même plus nettement que prévu, avec près de 60% des voix. Il échappe à la règle du ‘dégagisme’, souvent d’application en Europe, qui fait que les gouvernants, quelle que soit leur couleur politique, sont balayés lorsqu’ils se représentent devant les électeurs. La performance de Macron est tout sauf négligeable. Elle l’est d’autant moins, au vu de la campagne très agressive menée par ses opposants. Ceux-ci ont décrit le président français sous les traits d’un affameur du peuple, un apprenti dictateur, un repoussoir pour les électeurs méprisés par un homme qui, selon la formule de la candidate d’extrême droite,Marine Le Pen, « n’aime pas les gens ».

Pire que Pinochet et Franco ?

Dès le début du premier quinquennat de Macron, ses concurrents ont sorti la grosse quincaillerie contre l’odieux « président des riches ». C’était de bonne guerre. Macron a souvent tendu des bâtons pour se faire battre, étalant une incapacité abyssale à prendre à bras le corps la question sociale. Au bout du compte, ce président si peu sensible à la lutte contre les inégalités n’aurait-t-il eu que ce qu’il mérite ? Pas vraiment, car le malaise est ailleurs. Il est parfaitement résumé par Riss, le rédacteur en chef de ‘Charlie hebdo’, dans son dernier éditorial. Riss écrit que certains, à gauche, «  manifestent une telle haine contre Macron » qu’ils ont refusé de «  se salir les mains en votant pour l’ignoble, l’infâme, le méprisant Macron, à côté duquel, à les écouter parler, Pinochet, Milosevic et Franco feraient pâle figure ». Cinglant, Riss cible « une partie de la gauche qui, incapable de se renouveler après avoir passé quarante ans à lutter contre la famille Le Pen, s’est trouvé une cible de remplacement : Emmanuel Macron. Quand on écoute des électeurs de gauche exprimer leur révulsion à son égard,, on se demande si pour exister, ils n’ont pas un besoin vital d’avoir en face d’eux un diable à détester. Chez eux, Macron a pris la place de Jean-Marie Le Pen , et l’antimacronisme a remplacé l’antilepénisme ».

La détestation de Macron

Ce que j’appelle pour ma part, l’antimacronisme primaire, conduit à une impasse. Et même à une triple impasse. D’abord, si Macron est vraiment le président ignoble qu’ils couvrent de leurs sarcasmes, comment les antimacronistes primaires vont ils qualifier les vrais salauds, ceux qui, à l’extrême droite de l’échiquier politique, attisent les peurs et les haines ? D’une certaine façon, les antimacronistes primaires banalisent l’extrême droite. Ensuite, si le peuple, comme ils le prétendent, vomit ce président imbuvable, comment expliquer que Macron est tout de même arrivé en tête au premier tour, devant Le Pen et Mélenchon ? La détestation de Macron existe dans certaines couches de l’électorat, mais est sans doute moins généralisée que ne le martèlent les antimacronistes primaires.

Les rêves éveillés de Le Pen et Mélenchon

Enfin, Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon (je ne fais aucun amalgame entre ces deux-là, que tout sépare) rêvent éveillés quand ils affirment que, lors des élections législatives des 12 et 19 juin prochains, l’électorat populaire pourrait soutenir en masse leur parti, susceptible de devenir le parti leader au sein de l’Assemblée nationale. Pareil scénario est fort peu probable et même impensable, s’agissant du Rassemblement national. En temps de crise, il est également douteux qu’une majorité d’électeurs accorde sa voix au parti de Mélenchon, jamais le dernier à hystériser le débat, notamment en jouant la carte de l’antimacronisme primaire.

Une voie sans issue

L’antimacronisme primaire est une voie sans issue pour la gauche française. Celle-ci ne se relèvera qu’en refondant une nouvelle force social-démocrate, combative et imaginative. Le chemin risque d’être long. Il ressemblera à un cul de sac si les sociaux démocrates vendent leur âme au parti de Mélenchon, particulièrement doué dans l’ hystérisation du débat politique.

Claude Demelenne, essayiste, auteur de plusieurs ouvrages sur la gauche

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