© PHOTOMONTAGE : HATIM KAGHAT POUR LE VIF/L'EXPRESS

À quoi ressemblera Mons en 2030 ?

Caroline Dunski Journaliste

Mons a tourné la page 2015 mais n’a pas renoncé à son ambition de ville « créative, culturelle et intelligente ». Elle mise aussi sur la relance du commerce dans le centre-ville, sur d’importants programmes de logements, des projets de rénovation urbaine et sur la gare-passerelle entre vieille ville et ville nouvelle.

Que l’on vienne de Bruxelles ou de Paris, quand on arrive à Mons par l’autoroute, on a toujours le beffroi en ligne de mire.  » On essaie de préserver le champ visuel du beffroi et la prédominance de la vieille ville « , explique Nicolas Martin (PS), premier échevin. Ne vous attendez donc pas à voir des tours s’ériger en collier autour de la vieille ville et de sa première couronne. Ni demain, ni après-demain.

De part et d’autre des voies autoroutières, la perception visuelle actuelle donne une idée des développements futurs. Côté Grands Prés, des travaux d’assainissement promettent une extension du bâti à vocation économique. A côté du parc Initialis (20 ha) désormais arrivé à saturation, une zone de 30 ha appelée Les Bas Prés est en cours de dépollution. Vers 2025 – 2030, le parc Initialis 2.0 y accueillera l’écosystème  » nouveaux matériaux  »

Les Grands Prés, ville nouvelle

Nicolas Martin, premier échevin (PS) de la ville de Mons.
Nicolas Martin, premier échevin (PS) de la ville de Mons.© HATIM KAGHAT POUR LE VIF/L’EXPRESS

La vocation également résidentielle des Grands Prés prend un coup de boost. Pas moins de trois projets y verront prochainement le jour. Au fil des Grands Prés, nouveau complexe urbain composé de logements, de bureaux et de commerces de proximité, s’étendra sur 7,2 ha. Au total, environ 400 logements et 10 000 m2 de bureaux y seront développés en plusieurs phases. Le long du quai des Otages, le domaine des Grands Prés, constitue un programme de 95 logements, tandis que 144 logements viendront compléter la Drève Prévert, qui en compte déjà 159. Dans un document d’orientation concernant le plan communal d’aménagement (PCA) des Grands Prés, un paragraphe stipule que  » la fonction résidentielle est essentielle pour redonner une dimension urbaine au quartier. Cette fonction doit être assurée par un panel de logements de typologies variées […] parmi lesquels des logements adaptés aux PMR assurant une diversité sociale par l’accueil de ménages de compositions et âges différents.  »

De l’autre côté de l’autoroute, s’étendent les 42 ha de Géothermia, la première zone d’activité économique belge alimentée à l’énergie géothermique sans émission de CO2. Inaugurée en février dernier, elle héberge déjà l’entreprise Façozinc.

Enfin, quand la gare-passerelle sera devenue réalité, côté vieille ville, elle desservira la place Léopold et le quartier de la gare qui constitue un des deux axes prioritaires du plan de redéploiement du commerce dans le centre-ville. En attendant, une passerelle cyclo-piétonne a été posée en décembre 2016 pour enjamber la Haine et relier vieille ville et Grands Prés. D’une portée de 28 mètres, cette passerelle conçue par le bureau Greisch constitue un élément du projet Haine Bleue voie verte menant au pôle touristique et sportif développé au Grand Large.

L'ancien centre de tri postal fera place à Renouv'O et à ses 9 000 m2 de bureaux.
L’ancien centre de tri postal fera place à Renouv’O et à ses 9 000 m2 de bureaux.© DR

Objectif : 100 000 habitants

La Ville s’est fixé des axes stratégiques. Elle souhaite notamment accroître la population pour atteindre plus de 100 000 habitants en 2025. Cela représente un accroissement annuel de 500 nouveaux habitants et implique une politique volontariste en matière de production de logements de qualité. Aujourd’hui, sans compter les quelque 15 000 étudiants de l’enseignement supérieur et universitaire ni les 1 500 travailleurs du Shape, Mons compte 95 000 habitants.

 » Depuis plusieurs années, de nombreux investisseurs ont mené d’importants programmes de logement, note Nicolas Martin. Contrairement à d’autres communes, la Ville de Mons ne taxe pas la création de nouveaux logements. Cela participe probablement à l’attractivité du territoire pour les investisseurs.  » Ces dix dernières années, plus de 4 000 logements ont été créés. Les projets les plus significatifs s’implantent principalement en centre-ville et en première couronne.

 » Le développement de ces zones est prioritaire pour des raisons de gestion rationnelle des réserves foncières, insiste Nicolas Martin. Afin de poursuivre la transformation de la ville entamée depuis plusieurs années avec le secteur privé, nous donnons la priorité à l’axe piétonnier et au quartier de la gare, où des îlots urbains nécessiteront d’être traités pour y créer une mixité sociale et une mixité des fonctions.  »

Dans le quartier de la gare, citons le projet de rénovation du couvent des capucins, un ensemble patrimonial remarquable qui comportera seize logements. Au rez-de-chaussée, l’éditeur d’art Bruno Robbe, à l’étroit dans ses murs de Frameries, y installera son second atelier de lithographie, linogravure, taille douce et techniques modernes de traitement de l’image, dont il fera un lieu vivant d’échange, d’exposition et de rencontre, qui pourra accueillir des artistes en résidence. La chapelle acquise par un privé pourra servir de lieu d’exposition et d’événements culturels.

Le quartier de la gare, une priorité pour le redéploiement du commerce dans le centre-ville.
Le quartier de la gare, une priorité pour le redéploiement du commerce dans le centre-ville.© HATIM KAGHAT POUR LE VIF/L’EXPRESS

Citons aussi Renouv’O, un projet de création de 9 000 m2 de bureaux avec 227 emplacements de parkings, dans l’ancien centre de tri postal au croisement des rues André Masquelier, des Canonniers et du Gazomètre. Citons, enfin, la réhabilitation de l’ancien cinéma Corso, qui formera un ensemble de 19 logements, dans l’îlot situé au croisement des rues de Dinant et des Capucins.

Existe-t-il une véritable demande pour les bureaux ? Nicolas Martin répond que  » des administrations publiques ont exprimé un besoin, tandis que quelques entreprises privées doivent renouveler leurs locaux ou les relocaliser à Mons. Par ailleurs, quelques grands sites vont arriver au terme de leur bail dans les prochains mois ou années, ce qui va engendrer des besoins nouveaux, de même que la dernière réforme de l’Etat.  »

Quant à l’Umons, elle investit 30 millions d’euros sur fonds propres pour effectuer plusieurs chantiers qui se poursuivront jusque 2020. Place du Parc, le cloître et la chapelle des visitandines seront aménagés en espace d’exposition et en bibliothèque (12 millions d’euros). Au numéro 22 de la même place, un bâtiment est rénové et transformé pour devenir le centre névralgique de toutes les démarches administratives des étudiants (3,5 millions).

Extra-muros, sur l’avenue Maistriau et le campus de la plaine, des travaux transformeront l’entrée de la ville en provenance de Maisières, avec la création du Vinci (8 millions). Fin 2017-début 2018, cet édifice de plus de 5 000 m2 accueillera des étudiants, des enseignants et des chercheurs de la faculté des sciences et de la faculté de traduction et d’interprétation. Dès février 2018, personnel et étudiants de l’Umons y trouveront aussi la Crèche des petits génies (36 places et des emplois pour une quinzaine d’équivalents temps plein). Pour le recteur Calogero Conti,  » l’ensemble de ces investissements est bien nécessaire dans le contexte d’une université en croissance continue. Depuis sa création en 2009, l’Umons a vu le nombre d’inscriptions en première année croître de 35 %. « 

Le beffroi, un repère visuel à conserver au coeur de la vieille ville .
Le beffroi, un repère visuel à conserver au coeur de la vieille ville . © CHRISTOPHE VANDERCAM/PHOTO NEWS

Une véritable ville-campus

Le projet d’un nouveau bâtiment de la faculté d’architecture et d’urbanisme à la rue d’Havré est, quant à lui,  » un signal urbain stratégique pour l’Umons. Nous avons fait le choix de rester dans le centre-ville pour consolider le principe d’une véritable ville-campus et augmenter l’attractivité de Mons, indique Vincent Becue, doyen de ladite faculté. Le marché est lancé et la désignation des auteurs du projet est prévue en décembre prochain. Nous pourrons espérer avoir un bâtiment opérationnel en 2020. La faculté devient la ville, tel un morceau de ville dans la ville. De plus, il s’agit d’un bâtiment « traversant » qui pourra intégrer le concept d’une urbanité poreuse.  »

Le territoire communal compte 52 zones d’aménagement communal concerté (Zacc) qui s’étendent sur 550 ha. Sur la base de critères objectifs de durabilité et de gestion rationnelle des réserves foncières, la Zacc jugée la plus intéressante par les autorités communales est la Zacc 25. Située à moins d’un kilomètre au nord-est du centre-ville, elle s’inscrit au sein d’un grand îlot formé par la chaussée du Roeulx, le boulevard Kennedy, l’avenue du Tir et le chemin de la Procession, à hauteur du quartier dit Fariaux. Sa mise en oeuvre contribuera au renforcement du noyau urbain et à la promotion des modes de déplacement doux.

Son urbanisation entre parfaitement dans le cadre de la politique de reconstruction de  » la ville sur la ville « , c’est-à-dire le renouveau, le renforcement et la densification des villes et des noyaux urbains. Une première phase de construction prévoit sept nouveaux immeubles de 234 appartements avec parkings souterrains, sur une superficie d’environ 3,5 ha. Non loin de la Zacc 25, un projet de reconversion du site de l’Isic (Institut supérieur industriel catholique) en logements et bureaux est à l’étude.

De précieux outils communaux

Présidée par le bourgmestre et associant le collège communal, les services communaux et des fonctionnaires de la Région wallonne, la Cellule d’accueil des investisseurs a été activée en 2015 pour offrir un soutien aux candidats investisseurs et aux entrepreneurs déjà installés. Il s’agit de les accompagner dans les différentes étapes administratives, avant le dépôt d’une demande de permis, et de favoriser l’échange d’informations entre les différents services compétents, afin que les projets puissent évoluer le plus rapidement possible. « Ce qu’on veut éviter, explique Elio Di Rupo, c’est que des gens travaillent des années et se fassent recaler en bout de course. »

L’Observatoire de l’habitat, quant à lui, a été créé en juin 2016 pour dresser un état des lieux descriptif des ressources et des besoins de logement, établir un diagnostic et faire des recommandations pertinentes pour améliorer la politique de la Ville en matière d’urbanisme et de logement privé et public. Pour Vincent Becue, doyen de la faculté d’architecture et d’urbanisme, « cet observatoire est un outil intéressant pour travailler sur la qualité du logement. La densité d’emplois est importante, majoritairement en centre-ville. Il est important d’apporter de l’habitat à côté de ces emplois. »

Loger les étudiants

Les quelque 15 000 étudiants des institutions de l’enseignement supérieur et universitaire créent aussi une forte demande de logements à Mons. A ses 7 500 étudiants, l’Umons propose 834 logements dont elle est propriétaire. Fin 2016, l’université investissait 6 millions d’euros pour rénover ses cités. Elle mène aussi une politique de logement avec des partenaires privés. Un projet a permis d’ouvrir une cité en face de celle de la Grande Triperie et un autre, avec un promoteur flamand, crée 130 logements à l’emplacement des anciens bureaux de la police (rue de la Croix-Rouge).

Exclusivement réservé aux étudiants de l’Umons, il offre des espaces communautaires tels qu’un grand jardin, une salle de fitness, un poulailler… « Ça fonctionne très bien parce que, sous la forme d’un contrat de longue durée, le promoteur est assuré d’avoir des locataires sur le long terme », souligne le recteur Calogero Conti.

De son côté, l’UCL Mons (1 000 étudiants) met 200 chambres à disposition de ses étudiants. Elle prévoit des travaux de rénovation, sur le campus, d’un bâtiment datant de 1962 et hébergeant 50 étudiants. D’un montant de 1,66 million d’euros, les travaux devraient être effectués entre août 2018 et septembre 2019. « L’objectif est d’atteindre des performances énergétiques de type « bâtiment passif » en parfaite cohérence avec la politique de développement durable du site de l’UCL Mons », précise Régis Strebelle, directeur de l’Administration des relations extérieures et de la communication en Hainaut. Il s’agit aussi d’augmenter le nombre de chambres (66 + 1 PMR). Par ailleurs, l’université a entamé des travaux pour construire la Maison des étudiants (2 millions d’euros, fin des travaux en janvier 2018) et pour étendre le bâtiment des cours (2,1 millions, février 2018).

De son côté, la Haute école Louvain en Hainaut (Helha, 3 000 étudiants), qui partage le campus avec l’UCL Mons, souhaite pouvoir présenter des kots pour ses étudiants, dès l’année académique prochaine, sur la base d’un partenariat privé. Enfin, les deux institutions ont entamé une grande réflexion sur l’élaboration d’un masterplan pour envisager l’articulation du campus avec le nouveau quartier Epinlieu qui devrait voir le jour sur un site voisin appartenant à l’intercommunale Idea.

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