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2022, l’année du pass vaccinal… ou de la vaccination obligatoire

Celine Bouckaert
Celine Bouckaert Journaliste au Vif

Transformer le pass sanitaire en pass vaccinal: l’idée semble politiquement faire son chemin. Bien que les experts soient plutôt contre. Mais si les autorités ne suivent pas cette voie, il y a fort à parier que l’autre piste privilégiée sera l’obligation vaccinale.

La Belgique n’est pas une île et, généralement, les idées de mesures sanitaires passent les frontières aussi aisément que les virus. Confinement, port du masque, Covid Safe Ticket… Toutes des mesures importées de l’étranger (sauf la bulle de contacts, bien noire-jaune-rouge, celle-là). Prochaine imitation : le pass vaccinal ?

A ne pas confondre avec le sanitaire, soit le code QR/sésame obtenu après deux doses (bientôt trois), un test PCR négatif ou la preuve d’une guérison. La version vaccinale, elle, élimine les deux dernières options. En clair, seules les personnes vaccinées pourraient désormais se rendre au restaurant, au cinéma, dans les salles de sport…

La France, actuellement, discute son adoption à l’Assemblée nationale. En Allemagne aussi, certains experts prônent la « politique du 1G » (synonyme teuton du pass vaccinal). Sans surprise, ces dernières semaines, des élus belges ont à leur tour dit tout le bien qu’ils pensaient de cette option. A commencer par le ministre de la Santé, Frank Vandenbroucke, mi-décembre dernier. Suivi d’Egbert Lachaert, président de l’Open VLD. « Je crains que cela ne soit la seule voie à suivre », avait-il justifié. Derniers soutiens en date : celui de Conner Rousseau, président du Vooruit, le 11 janvier dernier, ainsi que celui de Pedro Facon, du Commissariat Corona.

Dans le quotidien De Morgen, le virologue Marc Van Ranst s’était montré davantage nuancé. « D’un point de vue purement virologique, c’est une bonne idée, mais j’en vois aussi les inconvénients, épinglait-il. Cela va créer une résistance et une polarisation encore plus grandes sur cette campagne de vaccination, et elle aura toujours des limites. Les gens devront toujours porter un masque. C’est beaucoup pour un faible gain de santé. »

2022, l'année du pass vaccinal... ou de la vaccination obligatoire
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Plus de dégâts que de bénéfices: c’est aussi l’avis d’Olivier Luminet, professeur de psychologie de la Santé à l’UCLouvain. « Le problème du pass vaccinal, c’est que c’est une méthode masquée et là, on l’a très clairement constaté dans le baromètre de la motivation, les gens le voient comme une tentative déguisée d’imposer la vaccination, et aussi bien les vaccinés et les non-vaccinés. Je pense qu’il faut vraiment éviter les manières détournées. Par ailleurs, le pass vaccinal sera révélateur de ce que les gens sont vaccinés ou pas. Or le statut de vaccination ne doit pas devenir public, il doit rester en partie dans la sphère privée », explique-t-il au Vif.

Or si 2022 ne devient pas l’année du pass vaccinal, elle pourrait bien être celle de… l’obligation vaccinale. Plusieurs partis se sont déjà prononcés en sa faveur (CDH, CD&V, Paul Magnette à titre personnel…) Autorités et virologues estimant que le nombre de personnes passées sous l’aiguille (76% de la population) reste insuffisant ; la faute au variant Omicron.

Pour Olivier Luminet, une obligation vaccinale aurait le mérite de la clarté. « Il faut éviter tous les moyens détournés pour y parvenir », insiste-t-il. Ne plus avoir le choix laisserait une porte de sortie honorable pour tous ceux qui, au fond d’eux, ont changé d’avis et recevraient bien leur dose, mais qui n’osent pas l’affirmer à leur entourage, enfermés dans leur position initiale. Mais il restera toujours une minorité d’irréductibles. Ceux-ci, dont la part est estimée à environ 5%, ne se feront vacciner sous aucune condition et risquent d’encore durcir leur position en cas d’obligation.

Autre bémol : le potentiel impact collatéral sur la vaccination en général, toutes pathologies confondues. « Parfois, il semble en effet que quand on rend une vaccination obligatoire, ça peut rendre plus difficile l’adhésion à la vaccination par rapport à d’autres maladies, beaucoup plus graves que le coronavirus. Il ne faudrait pas développer une frange de la population qui deviendrait anti-vaccin de manière générale », met en garde Olivier Luminet. Qui propose d’envisager ce débat de manière globale, en analysant les impacts éventuels, au-delà de la question du Covid. Bien vite qu’un autre pays adopte cette approche raisonnée, que la Belgique l’imite ?

Céline Bouckaert, avec Mélanie Geelkens

Retrouvez ici notre dossier spécial sur les 10 questions qui se poseront en 2022 sur le Covid

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