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Existe-t-il, en Belgique, un coffre-fort inviolable où blanchir l'argent sale? C'est la question qui devait être débattue devant la chambre des mises de Bruxelles ce 16 janvier et qui vient encore d'être reportée. En ligne de mire: Euroclear Bank, qui abrite des milliards libyens douteux.

L'audition du ministre Didier Reynders (MR) devant la commission des Finances de la Chambre à propos des fonds libyens s'est déroulée vendredi dans une ambiance tendue. Le ministre des Affaires étrangères et ex-ministre des Finances a donné une version différente de celle suggérée par son prédécesseur/successeur dans les deux départements, Steven Vanackere (CD&V).

Lors de son audition à la Chambre le 15 janvier, l'ex-patron de la Trésorerie a nié avoir sollicité la moindre validation politique pour décider de dégeler les intérêts des fonds libyens bloqués en Belgique. Or, il avait déclaré le contraire au Vif/L'Express lors d'une conversation téléphonique antérieure.

L'audition à la Chambre de l'ex-patron de la Trésorerie, dans le dossier des fonds libyens gelés, était attendue ce mardi. Marc Monbaliu a confirmé la légèreté avec laquelle a été prise la décision de libérer les intérêts des fonds bloqués. Il a aussi nié avoir déclaré au Vif/L'Express que cette décision avait été validée par le politique. Or un enregistrement le prouve.

L'ancien administrateur-général de la Trésorerie, Marc Monbaliu, a répété mardi devant la commission des Finances de la Chambre les raisons pour lesquelles les intérêts de fonds libyens gelés ont été libérés. Son administration a suivi la position donnée aussi bien par le Conseil européen que par le Service Européen pour l'Action Extérieure (SEAE). Il n'y a pas eu d'injonction politique, a-t-il précisé.

Marc Monbaliu, l'ancien administrateur général de la Trésorerie a répondu, par écrit, aux parlementaires qui cherchent à savoir qui a décidé de libérer les intérêts des fonds libyens - 1,5 milliard en cinq ans - gelés en Belgique. Il affirme qu'" il n'y a pas eu de concertation avec le gouvernement " pour prendre cette décision pourtant délicate. Incroyable... Une information exclusive du Vif/L'Express.

Depuis fin 2014, une ex-asbl du prince Laurent dispose d'une décision judiciaire définitive forçant l'Etat libyen à lui verser 48 millions d'euros de dommages et intérêts. Mais la Libye, un des pays les plus corrompus de la planète (1), refuse de payer. Avec l'étonnant soutien, en Belgique, des Affaires étrangères et des Finances.

Plus de 10 des 16 milliards d'euros de fonds libyens, gelés en Belgique en 2011 par l'ONU, ont mystérieusement quitté les comptes d'Euroclear Bank entre fin 2013 et fin 2017. Pourtant, aucune autorisation de dégel n'a été accordée par la Trésorerie du SPF Finances. Où est passé l'argent ? Les Affaires étrangères se taisent dans toutes les langues.