Tout sur Nicolas De Decker

Il est descendu sur les studios du plus haut de son impériale splendeur, s'est défait de son casque de bronze à aigrette, s'est glissé dans un training Umbro et du bas où il pensait qu'il se trouvait désormais, il s'est mis à parler comme il croit que le peuple parle, c'est-à-dire comme sur le bord d'un terrain de foot le dimanche. "C'est un gouvernement de réservistes", il a cinglé, Bart De Wever, en direct dimanche 22 mars à la télévision flamande, parce qu'il n'avait toujours pas avalé ce gouvernement Wilmès, dont son parti était le seul, avec les communistes du PTB et l'extrême droite du VB, à n'avoir pas voté la confiance. Il s'est moqué de ses ministres, à Sophie Wilmès, ces amateurs beaucoup moins brillants que ses équipiers à lui.

Un spectre hante la Belgique. Le spectre du magnetisme. Toutes les puissances de la nouvelle Belgique se sont unies pour traquer ce spectre : l'Eglise et le Palais, De Wever et Bouchez, les confédéraux de Flandre et les libéraux de Wallonie, Sophie Wilmès, Première ministre, qui dit le lundi 9 décembre que les textes de l'informateur carolorégien sont " encore trop à gauche ", et Hans Maertens, administrateur général du Voka, qui dit ce jour-là aussi qu'ils sont " pas suffisants, pas acceptables, imbuvables".

Il y a beaucoup plus typiquement belge que la bière, que le blocage politique ou que le surréalisme. Il y a le journaliste belge qui se fait mousser et taxe la situation politique belge de surréalisme à la belge

On dit que Paul Magnette est un génie, qu'il regarde ce que les autres ne voient pas, qu'il comprend ce que personne n'avise, que les lumières de son intuition foudroient les faits, et puis que sa pensée terrasse les plus puissants contradicteurs.

L'establishment est une chose sérieuse, sa critique encore plus. Et l'establishment cache beaucoup de choses sérieuses, et sa critique encore plus. Car l'establishment dirige le monde et, de nos jours, on reconnaît ceux qui s'y opposent à ceci de bien précis : ils osent tout, et surtout s'inventer un ennemi aussi commode qu'anonyme, aussi indéfini qu'effrayant, aussi fort qu'inexistant, surtout parce que ça rapporte et parce qu'ils ont peur de perdre.

Al'échelle de l'histoire, le suffrage universel aura été la réponse victorieuse des démocrates à toutes les dictatures, et en particulier à celle du prolétariat. A ceux qui proclamaient que le gouvernement moderne n'était qu'un comité chargé d'administrer les affaires communes de la classe bourgeoise tout entière, le suffrage universel démontra implacablement que le gouvernement moderne s'intéressait d'autant plus aux classes populaires qu'il dépendait de leur consentement.

Du libéralisme, cette doctrine millénaire qui a porté, à travers la Magna Carta anglaise (1215) ou la charte des libertés bourgeoises de Huy (1066, quand même), notre accession à la modernité, Charles Michel est le continuateur résolu.

Le 13 juin dernier, sur le site du Vif paraissait un article du journaliste Nicolas De Decker dans lequel il faisait l'hypothèse d'un rapprochement très intime du cdH et du MR puisque le titre du texte était " En route vers un grand parti de centre droit MR-CDH ? ". On sait que le parti réformateur, dans une pratique proche de celle des milieux d'affaires qu'il défend, n'est pas avare des offres publiques d'achat plutôt hostiles à l'égard des entreprises politiques en difficulté. On peut s'interroger sur le sens d'une telle manoeuvre qui n'a rien d'une logique ayant un sens politique mais tout du machiavélisme de court terme.

La Belgique des analystes, des journalistes et des politistes s'est beaucoup interrogée, ces derniers jours, sur la nature de l'extrême droite et sur ses différences avec la gauche et l'extrême gauche. De ces questionnements censément sans tabou, qui cachent mal des affirmations soi-disant sans langue de bois qui font le déshonneur de l'analyse, du journalisme et même de la politologie, ne ressort pas qu'une brillance intellectuelle qui dit beaucoup de l'état de notre débat public.

Le MR est mal à l'aise sur certains sujets sur lesquels il évite de faire campagne. Raison de plus pour en parler.