Tout sur Lénine

Koussa, dans les montagnes de l'Oural, est une petite ville russe sans histoires. Mais quand une statue de Staline a été découverte au fond d'un étang, un débat féroce sur l'héritage du dictateur a rouvert de vieilles divisions.

Une mobilisation énorme. Telle qu'on n'en avait encore jamais vue. Des chiffres ? Pas facile d'en donner. Car il n'est pas simple d'en trouver des fiables. A l'échelle du pays, ils auraient été plusieurs centaines de milliers à débrayer. 300 000, 400 000 peut-être. Animés d'un même désir : être reconnus comme citoyens à part entière. Et obtenir le droit de vote. Mais si la mobilisation étonne, la démobilisation surprend aussi.

On prête à Lénine quelques qualités, beaucoup de défauts, et de nombreuses expressions apocryphes, parmi lesquelles celle de l'idiot utile. L'idiot utile dont Lénine n'a donc jamais parlé, ce serait cet honnête homme qui défendrait, de bonne foi, la cause de manipulateurs de mauvaise foi. Mais aujourd'hui, même la momie de Vladimir Ilitch ne distinguerait pas l'idiot de l'utile dans la façon dont le plus grand parti léniniste de Belgique, le PTB, affronte les élections communales et leurs effets.

Parfois, comme Malevitch, un artiste sait qu'il réalise sa toute dernière oeuvre : "testament" ou apothéose de son talent. A l'inverse, d'autres n'ayant pas vu la mort venir, leur dernière oeuvre ne l'est que par accident. Mais dans certaines d'entre elles, un oeil averti décèle un étrange caractère prophétique. Le Vif/L'Express revient tout l'été sur un dernier tableau, un dernier livre, un dernier film... Une ultime création qui, tel un petit coffre secret qui s'ouvre, révèle avant tout l'âme de l'artiste. Que ses opus avaient jusque-là parfois gardée sous clé.

Zèle stalinien, charivari à tout va, chaos généralisé et justice nulle part pour ceux qui nuisent à la collectivité. Tel pourrait être le crédo de la tache d'huile gauchiste radicale qui se répand à la-va-comme-je-te-pousse sur la place publique. "Lénine relève toi, ils sont devenus fous..."

Pour la Russie de Poutine, la Révolution de 1917 et la période soviétique constituent encore un héritage explosif difficile à gérer. Plutôt que de l'affronter par un indispensable travail de mémoire, le pouvoir russe s'évertue à vanter l'unité et le patriotisme russes incarnés par ... Staline. Analyse avec Aude Merlin, chargée de cours en sciences politiques à l'ULB.

Presque cent ans après sa mort et plus d'un quart de siècle après la dissolution de l'URSS, le corps embaumé de Lénine repose toujours à Moscou dans son mausolée sur la place Rouge, devant le Kremlin.