Tout sur Communautaire

La prolongation du duo Bouchez-Coens n'est pas le fruit du surréalisme à la belge, mais d'une évolution de notre système: incompréhensions profondes, logiques partisanes et communautaires, egos surdimensionnés.

Incorporés à la hussarde il y a cent ans, en butte au délit de " sale boche " à leur libération des nazis voici septante-cinq ans, les cantons de l'Est auraient des raisons de maudire la Belgique. Trêve d'aigreur : ils ne s'y sont jamais si bien sentis.

Déchargés, lundi 4 novembre, de leur mission de préformation par le Palais, Rudy Demotte (PS) et Geert Bourgeois (N-VA) avaient, dans leur rapport, explicitement conclu à l'impossibilité pour leurs deux partis de s'entendre. Pourquoi ont-ils tant trainé avant de l'annoncer ?

Une Flandre à la conquête du monde, une Wallonie au redressement trop lent et un ciment bruxellois entre les deux : la haute cuisine belge reflète l'évolution du pays. Jusque dans les saveurs de nos plats, aux accents de plus en plus locaux et écologistes.

Un spectre hante la Belgique. Le spectre du magnetisme. Toutes les puissances de la nouvelle Belgique se sont unies pour traquer ce spectre : l'Eglise et le Palais, De Wever et Bouchez, les confédéraux de Flandre et les libéraux de Wallonie, Sophie Wilmès, Première ministre, qui dit le lundi 9 décembre que les textes de l'informateur carolorégien sont " encore trop à gauche ", et Hans Maertens, administrateur général du Voka, qui dit ce jour-là aussi qu'ils sont " pas suffisants, pas acceptables, imbuvables".

Dans une lettre ouverte, 42 enseignants de la langue française de 14 hautes écoles et universités en Flandre tirent la sonnette d'alarme mardi. "L'ensemble de la filière d'apprentissage du français est menacé et notre expertise, notre passion pour la langue, notre honneur professionnel comme professeur et notre responsabilité comme formateur nous obligent à nous défendre", martèlent-ils.

Dans une récente opinion publiée par Le Vif , Claude Demelenne se rallie à la thèse de Bart De Wever selon laquelle il y aurait deux démocraties en Belgique et que l'une, flamande, pencherait à droite, alors que l'autre, wallonne, pencherait à gauche. Les divergences entre l'une et l'autre seraient si grandes que ces deux communautés politiques n'auraient plus rien à se dire, ni à faire ensemble.

Plus de 160 jours après les élections fédérales, les divergences entre PS et N-VA semblent plus importantes que jamais. Au point de rendre crédible l'option d'un retour aux urnes anticipé. "C'est possible même si ce n'est pas souhaitable", a admis mardi matin le chef de groupe PS à la Chambre, Ahmed Laaouej, dans l'émission Matin Première sur la RTBF.

Francophones et Flamands, jusqu'à nouvel ordre unis pour le meilleur et pour le pire. Auteur d'une Histoire de la Belgique contemporaine, Philippe Destatte, directeur général de l'institut Jules Destrée, pointe l'incapacité répétée des uns à se mettre à la place des autres.

En Belgique, les habitants déménagent de plus en plus d'une région à l'autre. Ces migrations sont particulièrement en hausse entre Bruxelles et la Région flamande : au cours de l'année 2016, 24 000 habitants ont quitté Bruxelles pour s'installer en Région flamande, soit une augmentation de 65% par rapport à ce qui s'est passé en 1997.

Construire une nation en attendant un Etat : c'est le défi que le gouvernement Jan Jambon, dominé par la N-VA, s'est posé. Pour ça, pas de déclaration d'indépendance à la catalane en vue. Mais plutôt la construction d'une communauté, celle du "nous" contre "eux".

Les quatre bourgmestres de la périphérie bruxelloise recalés par la tutelle flamande pour avoir adressé des convocations électorales en français aux électeurs francophones, lors du scrutin communal d'octobre 2018, viennent d'être nommés sous l'effet de quatre arrêts du Conseil d'Etat, du 2 juillet, qui leur avaient donné gain de cause.

Au Nord, le citoyen vote très à droite. Pour protéger son mode de vie contre la globalisation et l'immigration ? En se méfiant des élites, tant bruxelloises que... flamandes ? Une identité que des experts qualifient de " vide ". Mais qui est instrumentalisée par la N-VA et le Vlaams Belang.