Tout sur Chodiev

Bien préparé et peu malmené, le ministre MR s'en est sorti sans encombre de son audition devant la commission d'enquête parlementaire sur la transaction pénale. Il a tout de même reconnu avoir vu l'avocat Catherine Degoul. Mais pas pour parler de Chodiev. Evocation.

L'acceptation par Armand De Decker (MR), alors vice-président du Sénat, d'une mission de conseil, initiée en 2011 par l'Elysée, visant à sortir les milliardaires Chodiev et consorts de toute contrainte judiciaire en Belgique, est "totalement inacceptable", a indiqué mercredi devant la commission "Kazakhgate" l'ex-premier ministre Yves Leterme (CD&V).

L'arrivée inopinée d'Armand De Decker (MR) dans le bureau de l'avocat général Patrick De Wolf le 18 février 2011, afin de connaître ses intentions après que la chambre du conseil a renvoyé le trio Chodiev et consorts en correctionnelle, a continué de susciter la perplexité jeudi en commission d'enquête Kazakhgate, poussant même l'experte Christine Matray, conseiller à la Cour de cassation, à réagir.

Un rapport de la Sûreté de l'Etat de 2016 évoque une démarche très curieuse d'Armand De Decker (MR) : en mars 2011, il est intervenu auprès de la DCRI (services de renseignement français) pour l'inviter à collaborer avec la Sûreté belge dans le cadre du dossier Chodiev. Il y a là, pour le moins, un parfum de scandale et de sérieuses questions sur l'attitude du patron de la Sûreté de l'époque, Alain Winants, entendu ce mercredi par la commission Kazakhgate. Enquête Le Vif/L'Express et De Standaard.

Depuis des années, on a écrit dans toutes les langues que la transaction pénale entre le "trio kazakh" et le Parquet général a été signée, en juin 2011, pour un montant de 23 millions d'euros. C'est faux... Le Vif/L'Express a pu lire le texte de la transaction. Les sept inculpés de l'affaire de blanchiment liée à Tractebel ont payé ensemble... seulement 3,5 millions d'euros. Patokh Chodiev n'a donc déboursé, individuellement, pour éviter un procès, que 522 500 euros. Idem pour Alijan Ibragimov et Alexander Machkevitch, les deux autres membres du "trio kazhak". Une enquête de Thierry Denoël (avec De Standaard)

Dans le volet belge du dossier Chodiev, c'est surtout Armand De Decker qui est dans la ligne de mire. Mais, avant son audition de ce lundi 21 novembre par le MR, les libéraux francophones devraient se rappeler que d'autres membres de leur formation ont été cités dans le sillage de l'ancien président du Sénat. Le parti tout entier semble de plus en plus concerné par ce scandale d'Etat.

Malgré l'avancée de l'enquête française et les appels du pied des magistrats de Paris, il n'y a toujours pas de vraie enquête en Belgique sur le Kazakhgate. Pour l'instant, le libéral Armand De Decker n'est inquiété par aucune procédure judiciaire belge.

L'affaire Sarkozy-Chodiev-De Decker a rebondi en France où une enquête judiciaire a été ouverte notamment pour " corruption d'agents publics étrangers ". Armand De Decker répond à nos questions.

Après les révélations du Vif/L'Express et du Standaard sur l'affaire Chodiev-De Decker, la semaine dernière, Ecolo et Groen ! ont appelé à la création d'une commission d'enquête parlementaire.