Si l'être humain n'est pas le meilleur coureur de fond du règne animal, il fait partie du peloton de tête des mammifères. Il y a 6 à 7 millions d'années, un changement dans le comportement humain a coïncidé avec une physiologie modifiée, le tout déclenché par l'instinct de conservation.

Comme le rappelle le journal De Morgen, on a longtemps pensé que l'Homme a évolué au niveau du comportement et de l'anatomie, parallèlement aux espèces de singe que nous connaissons aujourd'hui. Et les changements écologiques auraient favorisé cette évolution. Tout cela a conduit au chasseur-collecteur au cerveau de plus en plus important.

Or, de nouvelles études, menées notamment par Herman Pontzer, professeur en anthropologie de l'évolution à l'université de Duke, révèlent que le fonctionnement fondamental de nos cellules a changé au cours de l'histoire. Contrairement à nos cousins les singes, nous sommes devenus dépendants de l'activité physique. L'espèce humaine a évolué de telle façon qu'elle est obligée de bouger pour survivre, contrairement aux grands singes qui paressent une grande partie de la journée.

Mode de vie paresseux

Pontzer, qui a étudié les chimpanzés du parc national de Kibale, explique que leur journée est comparable à celle d'un pensionné sur un navire de croisière dans les Caraïbes. "Le chimpanzé se réveille, il se gave de fruits pour le petit-déjeuner, il fait une petite sieste parce qu'il est fatigué d'avoir mangé, et après éventuellement il se lave un peu. Une heure plus tard, il repart à la recherche d'un figuier et se goinfre à nouveau. Ensuite, il communique avec ses pairs puis il refait sa toilette suivie à nouveau d'un petite somme. À 17 heures, il a faim, et mange des fruits, qu'il alterne avec de la végétation. Ensuite, il est temps de chercher un nid dans un arbre et de dormir, une dizaine d'heures."

Les grands singes se reposent dix heures par jour, et dorment entre neuf et dix heures par nuit, soit un mode de vie bien paresseux aux normes humaines. Les grands singes font en moyenne 100 mètres d'escalade par jour, soit l'équivalent de 1,5 kilomètre de promenade pour l'homme. Si aujourd'hui, l'humain est obligé de faire 10.000 pas par jour pour éviter maladies cardio-vasculaires et autres soucis de santé, les grands singes souffriraient de mener une vie plus active.

L'ivresse du coureur

Nos lointains ancêtres ne faisaient absolument pas 10.000 pas quotidiens, mais il y a 300.000 ans, l'homo sapiens parcourait 14 kilomètres par jour, et possédait un système hormonal plus adapté que l'australopithèque, dont Lucy est la représentante la plus célèbre. Leur activité physique libérait des hormones qui provoquent ce qu'on appelle l'ivresse du coureur. Grâce à cette hormone, l'Homme s'est mis à courir davantage et cela a conduit à une consommation maximale d'oxygène quatre fois plus grande que celle du chimpanzé.

Si l'humain est capable de courir si longtemps, c'est grâce à son système de refroidissement unique, le meilleur du règne animal. Grâce à son absence de fourrure, ses 2 à 4 millions de glandes sudoripares, sa position redressée qui fait que le soleil n'a qu'un impact minimal sur sa peau et qu'il peut utiliser au maximum ses capacités pulmonaires, l'homme est né pour courir.

Cependant, comme le souligne De Morgen, cela ne signifie pas qu'il possède une endurance innée. Il est obligé de s'entraîner, et son coût énergétique par pas est le plus élevé de tous les animaux. Autre différence, la motivation humaine inexistante : l'homme est capable de courir, même s'il n'en pas envie. Un animal qui n'a pas envie ne bougera pas d'un poil, il faudra un fouet pour le faire avancer.

Et puis il y a les adaptations bio mécaniques : les tendons et les ligaments humains peuvent absorber quinze à vingt fois plus d'énergie élastique que notre cousin le chimpanzé. Et c'est cette énergie qui nous permet d'avancer, à une vitesse lente, mais continue.

La capacité d'endurance a amélioré la forme de l'homo sapiens et de ses ancêtres, un avantage dans sa quête de nourriture à teneur calorique élevée. Aujourd'hui, l'Homme ne doit plus rien faire pour trouver sa nourriture et se voit par conséquent obligé de faire de l'exercice pour contrer les conséquences néfastes de l'excès de nourriture, car une vie semblable à celle du chimpanzé le mènerait tout droit au cimetière.