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Pourquoi notre logement influence les relations familiales

Mailys Chavagne
Mailys Chavagne Journaliste Web

Pour jouir d’une vie de famille harmonieuse, les dimensions et la disposition de l’espace dans une maison jouent un rôle très important, estiment certains architectes.

L’environnement spatial domestique, le foyer, l’espace de vie commun… Un lieu qui a toute son importance dans le développement des relations familiales, en ce sens que les opportunités (ou limitations) offertes par l’espace dans lequel les membres d’une même famille évoluent vont influencer leurs interactions. Et a fortiori leur bien-être…

Un rapport publié par l’Université américaine Brigham Young montre en effet que « la densité d’une maison est positivement associée à la prise de décision familiale et à l’expressivité émotionnelle [et donc à la socialisation parentale des émotions].  » Pour arriver à une telle conclusion, l’architecte d’intérieur Carly Thornock et son équipe ont interrogé 164 familles ayant de jeunes enfants et provenant de différents types de foyers et de niveaux de revenus.

Durant deux ans, ils ont observé et analysé les liens entre l’environnement physique (la maison) et quatre éléments fondamentaux dans le bon fonctionnement d’une famille : la réactivité affective, l’expression émotionnelle, l’acceptation et la prise de décision. Les familles ont aussi été invitées à participer à une enquête afin d’évaluer leur degré d’acceptation, par des phrases telles que « je me sens à l’étroit à la maison  » ou « les membres de la famille se sentent acceptés pour ce qu’ils sont« . Les diverses réponses ont ensuite été contextualisées avec diverses variables telles que la taille du logement, le nombre de pièces, la disposition de l’espace, le revenu et le nombre d’habitants.

Une autobiographie environnementale

Dans l’ensemble, les résultats ont montré que les familles se sentaient plus heureuses dans une maison plus grande. Le plus surprenant, cependant, est l’influence de la perception de l’espace sur les relations familiales. Ainsi, la sensation de se sentir trop à l’étroit ou au contraire trop éloignés les uns des autres a davantage d’impact sur les relations entre colocataires.

Nos perceptions se forment dès la petite enfance, dans la maison parentale. Ainsi, pour mieux comprendre les préférences et perceptions actuelles d’un individu, il suffit parfois d’observer la maison dans laquelle il a grandi. Le dr Toby Isreal, psychologue environnementaliste spécialisée dans le design thérapeutique, estime que chaque individu possède une « autobiographie environnementale » distincte. Les associations et sensations inconscientes avec des lieux physiques, comme la maison de notre enfance, sont retravaillées, reproduites ou même complètement rejetées tout au long d’une vie. « Très souvent, les gens choisiront des maisons ayant une disposition très similaire à celles qu’ils avaient dans leur enfance. Et parfois, ils préfèrent quelque chose de totalement différent« , explique-t-elle. Tout dépend de l’expérience vécue.

Prenons l’exemple d’un couple qui désire emménager ensemble mais dont les goûts en matière de logement semblent diamétralement opposés. Le mari désire vivre dans un coin isolé, naturel, et peu importe si le voisinage est agréable, quand la femme préfère vivre en communauté, dans un quartier joyeux et animé. En s’intéressant à leur passé, on découvre alors que l’homme a grandi dans un village de fermiers, entouré de montagnes alors que sa femme, elle, a passé toute son enfance en banlieue, dans un quartier animé par d’autres familles et leurs enfants. C’est en étudiant cette autobiographie environnementale qu’on parvient à comprendre les perceptions de chacun et de trouver un terrain d’entente. En emménageant dans une maison qui satisfait aux besoins de chacun, le couple est plus susceptible de vivre heureux.

Ce que les gens pensent de leur espace

« Changer notre maison pour le mieux est toujours à portée de main« , estime Carly Thornock. Cela ne veut pas nécessairement dire agrandir l’espace dans lequel on vit – pour certaines familles, cela reste d’ailleurs financièrement impossible. Même si l’étude montre que les familles qui vivent dans un logement plus grand sont effectivement plus heureuses, ce n’est pas tant la taille qui compte, mais plutôt ce qu’on en pense. Comme expliqué plus haut, nos perceptions sont sous notre contrôle, et ce sont elles qui ont le plus grand impact sur notre bonheur.

« Les villes se développent assez vite, et il n’y a donc plus assez [d’espace disponible], vous devez faire preuve de créativité, car la situation dans laquelle vous vivez est peut être immuable« , poursuit l’architecte. Par exemple, conseille-t-elle, si vous avez l’impression d’être trop à l’étroit chez vous, vous pouvez commencer par « ouvrir » l’espace à l’aide de fenêtres ou de miroirs. De la même manière, si vous avez l’impression de vivre dans un espace trop ouvert, en contact constant avec les membres de votre famille, vous pouvez créer votre espace personnel, votre sanctuaire, à l’aide d’un simple rideau de séparation.

En conclusion, pour améliorer les relations familiales, il faut tenir compte à la fois de l’espace physique (et donc de la taille et la disposition de l’espace) et la façon dont les gens y communiquent. La conception de l’espace vital en pensant aux autres et à leurs préférences est essentielle pour atteindre l’harmonie de la cohabitation.

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