S'il est vrai qu'on associe l'adolescence à une période d'incertitude et de remise en question chez l'enfant, l'âge ne suffit pas à expliquer son comportement parfois extrême. Impulsivité, prise de risques, recherche de nouvelles sensations, drogue, cigarette, alcool... Des chercheurs se sont intéressés aux causes de cette fougue et de ce manque de self-control.
...

S'il est vrai qu'on associe l'adolescence à une période d'incertitude et de remise en question chez l'enfant, l'âge ne suffit pas à expliquer son comportement parfois extrême. Impulsivité, prise de risques, recherche de nouvelles sensations, drogue, cigarette, alcool... Des chercheurs se sont intéressés aux causes de cette fougue et de ce manque de self-control."L'adolescence est une période unique dans le développement, qui commence avec la puberté et qui se caractérise par une augmentation des comportements à risques dans la recherche de sensations fortes. Chez certains adolescents, ces changements entraînent des comportements extrêmes et contre-productifs, ainsi que dans certains cas la sous-estimation du danger (comme lors d'une conduite dangereuse ou dans les sports extrêmes)", estiment les auteurs de l'étude, parue dans la revue Trends in Neuroscience.Cette impulsivité résulterait, selon eux, de processus biologiques. Et pour cause, l'adolescent n'a pas encore la capacité totale de contrôler ses actes de manière réfléchie. Durant cette période, les systèmes inhibiteurs, qui réfrènent nos pulsions, ne sont pas encore arrivés à maturation. Même si avec l'arrivée de la puberté, "le contrôle cognitif s'est considérablement amélioré [comparé à la jeune enfance], la capacité d'engager ces processus inhibiteurs de façon souple et uniforme reste limitée jusqu'à l'âge adulte", explique l'étude.Pour leur étude, les chercheurs ont comparé les résultats obtenus sur les changements liés à l'âge qui affectent le contrôle inhibiteur de l'Homme, avec ceux sur la neurophysiologie sous-jacente offerte par le travail des primates. "Des études neurophysiologiques chez des primates non humains (NDLR : comme les macaques) ont en effet commencé à révéler des mécanismes neuronaux qui seraient à l'origine d'une capacité du singe à préparer et inhiber efficacement des réponses prépotentes", précisent les auteurs.Ce manque de self-control serait donc similaire chez les macaques - qui, lors de la puberté, montrent également des limites dans les tests pour lesquels ils doivent supprimer une réponse réactive et favoriser une réponse plus réfléchie. Comprendre les mécanismes neuronaux qui sous-tendent cette période de transition, l'adolescence, chez les primates est essentiel pour comprendre la maturation cérébrale de l'être humain."Le singe est vraiment le modèle animal le plus puissant qui se rapproche le plus de la condition humaine ", explique Christos Constantinidis, l'un des auteurs de l'étude. "Ils ont un cortex préfrontal développé et suivent une trajectoire similaire [à l'Homme] avec les mêmes schémas de maturation entre l'adolescence et l'âge adulte. "Le développement neurologique humain pendant l'adolescence se caractérise par des modifications de l'anatomie du cerveau : il y a un élagage actif des connexions neurales redondantes et inutilisées et un renforcement des voies de la matière blanche dans tout le cerveau qui déterminera le modèle du fonctionnement du cerveau adulte. En bref, durant l'adolescence, les aspects fondamentaux de l'organisation du cerveau sont en place, mais font l'objet d'améliorations qui permettront un fonctionnement optimal du cerveau.Une phase de développement importante pour la formation du cerveau adulte : "Il y a une période au cours de laquelle l'animal ou l'humain est activement encouragé à explorer, car l'acquisition de ces nouvelles expériences contribuera à façonner les trajectoires futures des adultes ", estime Beatriz Luna, second auteur de l'étude.À noter cependant que si l'immaturité du cerveau de l'adolescent lors de ces processus cérébraux limite effectivement la capacité de l'enfant à garder un contrôle cognitif de façon soutenue, cela ne veut pas dire qu'il est dans l'incapacité totale de générer des processus inhibiteurs. L'adolescence reste une période de comportement réactif accru, avec un contrôle inhibiteur réduit, mais présent. Cette étude pourrait, in fine, expliquer certaines pathologies associées à une inhibition altérée de la réponse.