Les ouragans qui portent un nom féminin font plus de victimes mortelles que ceux qui ont un nom masculin, lesdits 'himmicanes'. Il est probable qu'ils soient considérés comme moins menaçants par la population. C'est ce que révélait une étude de 2014 parue dans la revue Proceedings de Académie nationale américaine des sciences. Les gens seraient moins enclins à prendre des mesures de précaution et/ou à suivre les directives d'évacuation quand il s'agit d'ouragans féminins. Pour les scientifiques, il faut repenser le système.
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Les ouragans qui portent un nom féminin font plus de victimes mortelles que ceux qui ont un nom masculin, lesdits 'himmicanes'. Il est probable qu'ils soient considérés comme moins menaçants par la population. C'est ce que révélait une étude de 2014 parue dans la revue Proceedings de Académie nationale américaine des sciences. Les gens seraient moins enclins à prendre des mesures de précaution et/ou à suivre les directives d'évacuation quand il s'agit d'ouragans féminins. Pour les scientifiques, il faut repenser le système. Versatile Pendant longtemps, les ouragans aux États-Unis ne portaient que des noms féminins. À en croire des chercheurs de l'Université de l'Illinois, les météorologues de l'époque trouvaient que la nature versatile des ouragans justifiait cette pratique. Depuis les années septante, on alterne les noms masculins et féminins sur la liste de cyclone établie avant même la saison des ouragans. En 2014, les scientifiques ont étudié s'il y avait un lien entre la nomenclature des ouragans et le nombre de cas mortels. Ils ont évalué 92 ouragans atlantiques ayant frappé les États-Unis entre 1950 et 2012. Deux cyclones ont été exclus en raison de leur force exceptionnelle : les ouragans Katrina (2005) et Audrey (1957). Les chercheurs ont constaté que les violents ouragans portant un nom féminin faisaient plus de victimes mortelles que leurs homologues masculins.Suite à ces constatations, les scientifiques ont interrogé des cobayes sur les motifs de ce lien curieux. Les participants étaient invités à prédire l'intensité ou le danger de cinq ouragans féminins et masculins et à indiquer pour quel scénario de tempête ils suivraient les recommandations d'évacuation. Les explications étaient pareilles pour toutes les expériences : les ouragans au nom féminin étaient considérés comme moins dangereux et en conséquence les cobayes avaient moins tendance à se mettre en sécurité ou à prendre d'autres mesures de précaution. Alexander plus menaçant qu'Alexandra "Alexander" par exemple était considéré comme plus menaçant qu'"Alexandra". "Lors de l'appréciation de l'intensité d'une tempête, les gens semblent se baser sur le comportement d'hommes et de femmes", explique Sharon Shavitt, l'une des scientifiques concernées. "Du coup, les ouragans féminins, et surtout ceux qui portent des noms très féminins tels que 'Belle' ou 'Cindy' semblent plus doux et moins puissants". Cependant, les stéréotypes qui sous-tendent cette estimation sont subtils et pas nécessairement hostiles aux femmes, ajoute encore la scientifique.Les scientifiques ont découvert que l'évaluation d'une tempête n'est pas liée à l'impression générale sur les rôles dévolus aux hommes et aux femmes. Les personnes qui rejettent ces stéréotypes pensaient également que les ouragans féminins étaient moins violents. Aussi les décisionnaires devraient-ils penser à modifier le système de nomenclature. Réserves Certaines voix mettent l'étude en doute. Le nom n'est évidemment pas la seule explication du caractère mortel des ouragans, indépendamment de la question si les gens se protègent suffisamment. La fatalité des ouragans est extrêmement compliquée. Et au fil du temps, les ouragans sont devenus moins mortels. Il se pourrait donc que les ouragans féminins aient coûté plus de vies, tout simplement parce qu'autrefois les cyclones faisaient plus de victimes, longtemps avant qu'on ne leur donne un nom masculin.En outre, il y a peu de différences entre les ouragans masculins et féminins dans les données qui datent d'après 1979, quand on a instauré l'égalité des noms. Et reste à voir si Katrina avait été moins mortelle si elle s'était appelée Ken. Peut-être qu'il faudrait tout simplement arrêter de leur donner des noms humains.