C'est en travaillant sur un médicament censé stimuler la croissance des neurones - le Tideglusib, utilisé dans le traitement de la maladie d'Alzheimer - que les scientifiques ont mis en lumière un effet secondaire vraiment inattendu. En effet, la molécule a la particularité de favoriser la croissance de la dentine, la partie osseuse de la dent composée de tissus calcifiés. En stimulant les cellules souches présentes dans la pulpe centrale des dents, le médicament faci...

C'est en travaillant sur un médicament censé stimuler la croissance des neurones - le Tideglusib, utilisé dans le traitement de la maladie d'Alzheimer - que les scientifiques ont mis en lumière un effet secondaire vraiment inattendu. En effet, la molécule a la particularité de favoriser la croissance de la dentine, la partie osseuse de la dent composée de tissus calcifiés. En stimulant les cellules souches présentes dans la pulpe centrale des dents, le médicament facilite leur régénération. Lors de leurs recherches, les scientifiques ont marié le Tideglusib avec des glycogènes synthases, des enzymes qui se retrouvent dans le foie et dans les muscles. Résultat ? Cela décuple le mécanisme de réparation naturelle de la dent. Le remède miracle a été appliqué grâce à une substance spongieuse, faite de collagène. Après avoir injecté la substance dans la gueule de rongeurs, ils ont constaté la disparition des cavités et fissures sur leurs dents. " Au fur et à mesure que "l'éponge" biodégradable disparaît, les irrégularités se recouvrent d'une couche de dentine ", explique le professeur Paul Sharpe, principal auteur de l'étude. Le Tideglusib pourrait donc constituer une alternative aux plombages, très décriés par des associations, car constitués d'un alliage contenant du mercure. Selon les chercheurs, qui ont publié leur étude dans la revue Nature, les essais cliniques sont si concluants que ce procédé pourrait bientôt être utilisé par les dentistes. D'autant plus que le Tideglusib devrait être rapidement mis sur le marché, le médicament ayant déjà été testé cliniquement dans le cadre de la recherche contre Alzheimer. Et si les soins dentaires du futur n'étaient plus invasifs, stressants et mécaniques ? Et si, plutôt que d'arracher les dents infectées avec des instruments, aussi performants soient-ils, le dentiste préservait les cellules souches présentes pour régénérer nos tissus dentaires ? C'est la promesse de cette découverte. Pour autant, la Société de médecine dentaire belge appelle à la prudence. " Il ne faut pas s'attendre à des miracles et croire que ce médicament va reconstruire toute une dent, dans son ensemble, avec ses terminaisons nerveuses... Il faudra toujours combler les trous ", souligne le docteur Patrick Bogaerts, président de l'association. Raison de plus pour continuer à en prendre soin. Par Dorian Peck.