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Elles ont fait de la nostalgie une marque de fabrique. Dérogeant à la règle, les équipes de Collections & Patrimoines et d'Europa 50 - à qui l'on doit depuis vingt-cinq ans un certain nombre d'expositions à succès (Tout Hergé, J'avais 20 ans en 45, SOS Planet, Golden Sixties, et récemment Dalí) - font aujourd'hui un bond en 2030, en collaboration avec l'université de Liège, qui fête son bicentenaire. Dans l'enceinte de la gare Calatrava, la première salle s'ouvre sur un bombardement d'images diffusées par 24 écrans disposés sur les murs de manière anarchique. " Ces écrans illustrent ce que l'homme a fait de pire et de meilleur ", commente Geneviève Schyns, scénographe de l'exposition. Premier pas sur la lune versus Hiroshima, comme une piqûre de rappel et un appel à la vigilance. La médecine pourra-t-elle bientôt remplacer tous les organes du corps humain, cerveau inclus ? Mangerons-nous toujours des animaux ? Les femmes porteront-elles toujours des enfants ? Nos appartements seront-ils entièrement connectés ? A quoi ressembleront nos villes ? Nous déplacerons-nous (enfin) en voitures volantes ? L'objectif Mars sera-t-il atteint ? Le transhumanisme sera-t-il notre nouvelle religion ? L'exposition esquisse au fil de son parcours les grandes questions scientifiques, technologiques et éthiques auxquelles l'humanité est ou sera confrontée. Complexe à penser - un cycle de conférences et un ouvrage collectif sont proposés en marge de l'exposition par l'université de Liège - autant qu'à montrer. " Nous ne nous figurions pas les difficultés énormes que pouvait constituer une exposition sur le futur. Par exemple, au début, nous avions pensé présenter des imprimantes 3D, or, un an plus tard, il y en avait partout ", confie le commissaire René Schyns qui rappelle qu'après-guerre, personne n'avait pressenti la révolution informatique. " Il y a aussi le secret qui entoure les technologiques innovantes : si beaucoup de chercheurs ou de sociétés possèdent déjà des technologies très avancées, ils ne veulent pas les révéler au public ", pointe Alain Mager, administrateur délégué d'Europa 50. L'exposition procède donc dans un premier temps par un détour historique. Une reconstitution de l'atelier de Léonard de Vinci tient tête à un décor de start-up. Gutenberg côtoie la tablette numérique. " Notre approche est la suivante : d'où venons-nous ? Où sommes-nous ? Où allons-nous ? " résume Geneviève Schyns. Plus loin, un décor est consacré à Mars, avec la présentation de morceaux d'un astéroïde issus d'une collection privée et de la maquette du rover ExoMars, dont le lancement est prévu aux alentours de 2020, avec pour mission de déterminer s'il y a eu ou s'il y a encore de la vie sur Mars. Pour cette équipe qui a bâti son succès sur une approche immersive et dynamique, titillant volontiers l'émotion du visiteur, l'exercice dystopique était périlleux, mais stimulant. " S'agissant de 2030, nous ne pouvions pas nous baser sur des objets existants. Nous avons donc beaucoup eu recours à la réalité augmentée ", explique Alain Mager. La jeune société liégeoise b71, spécialiste du vidéo mapping (projection d'images sur des structures en relief), est ainsi l'un des plus importants partenaires de cette exposition. Les Liégeois à la renommée internationale d'EVS, spécialiste des applications vidéonumériques pour la télévision (ralentis instantanés, rediffusions...), seront également présents avec une " première mondiale " : une technologie permettant de suivre un match de football du point de vue du joueur. En 2030, seule certitude, les Terriens continueront de courir derrière le ballon. J'aurai 20 ans en 2030 : ouverture le 23 septembre, à la gare des Guillemins, à Liège. www.jaurai20ansen2030.be