M. Faljaoui a eu l'imprudence de lire une autre chronique, celle de Laurent Alexandre. On sait que ce dernier est, dans le monde francophone, l'infatigable promoteur médiatique du projet transhumaniste. Venu des États-Unis, ce projet entend transformer en profondeur notre commune humanité en soumettant des humains à des manipulations technologiques ou génétiques censées les "augmenter".

La spécificité de Laurent Alexandre est d'admettre, du bout des lèvres, que le transhumanisme n'est peut-être pas désirable mais qu'il est obligatoire dans le cadre d'une compétition internationale : sans cela, nos contrées, et l'Europe en général, seraient définitivement perdantes, en particulier face aux États-Unis mais surtout face à la Chine. On reconnaît là l'application de la théorie du Choc des civilisations promue par Samuel Huntington dès 1996. La guerre (qui se doit d'être éternelle comme l'a montré Georges Orwell) ne se déroulerait plus entre États mais entre civilisations, avec les épouvantails des civilisations, islamique et ici chinoise.

En effet, M. Faljaoui relaie le propos de Laurent Alexandre qui pense (aucun preuve donc) "qu'un chercheur chinois, sous prétexte de soigner deux jumelles pour les protéger contre le sida contracté par leurs parents en a "profité" pour modifier génétiquement le cerveau de ces deux bébés". L'urologue futurologue peut donc développer son thème favori : il faut, nous aussi, modifier génétiquement nos bébés sous peine de déclassement. On reconnaît, étendue au niveau international, la logique centrale du transhumanisme : vu la compétition acharnée qui va encore croître entre les individus, seuls les plus aptes, c'est-à-dire ceux qui accepteront d'être artificiellement augmentés s'en tireront. Alexandre, relayé par M. Faljaoui, le proclame d'ailleurs sans fard : "L'intelligence est depuis toujours la clé de tous les pouvoirs, les gens pas très intelligents ont toujours été les domestiques des autres". Il faut entendre le héraut du transhumanisme dans une conférence devant des élèves de polytechnique se féliciter : vous et moi, les intelligents, nous allons nous en sortir, mais les pauvres hères non augmentés auront bien du mal à survivre, les pauvres. Jamais avare de généralisations abusives et méprisantes, le transhumaniste conclut : "Peut-on ne rien faire alors que la Chine fabriquerait des bébés surdoués à la chaîne ?"

75 ans auront donc suffi à certains pour oublier l'horreur de l'eugénisme nazi, qui, dans un objectif déclaré de domination totale, croisait jeunes femmes et jeunes hommes blond.e.s aux yeux bleus ? Aujourd'hui la technique est modernisée et mieux contrôlée, en la confiant aux manipulations génétiques sur gamètes en laboratoire. Nos enfants ne seraient donc plus des êtres autonomes auxquels on essayerait de donner les meilleures chances dans la vie mais des objets que l'on formaterait, manipulerait, artificialiserait, avec l'aide de l'argent public, pour en faire les cyborgs vainqueurs dans la société d'hyper-compétition, déjà à l'oeuvre ?

Les rayons des libraires regorgent de livres sur le transhumanisme. Souvent le fait de philosophes, ils tirent quasi tous la sonnette d'alarme : le monde politique néglige une vague de fond venue de la Silicon Valley, où des multinationales plus puissantes que la plupart des États, nous fabriquent un avenir où les humains auront perdu toute autonomie et seront à la merci d'un monde technologique et consumériste auquel ils devront s'adapter ou devenir, comme le disent entre eux les transhumanistes, "les chimpanzés du futur". Les plus lucides de ces penseurs, tels Olivier Rey dans son livre Leurre et malheur du transhumanisme, montre même que la propagande transhumaniste n'a pas pour but de faire advenir les fantasmes qu'elle décrit mais à nous faire accepter les avancées technologiques déjà contestables aujourd'hui et aussi nous bercer d'illusions pour nous faire accepter un quotidien de plus en plus pénible et anxiogène. Face au mal-être causé par notre obligation de nous soumettre aux technologies "disruptives", on nous en propose encore plus!

Plus inquiétant peut-être que les affabulations de M. Alexandre et consorts, est le constat que les visées transhumanistes sont reprises dans un document publié par le centre d'études du MR titré Vers un transhumanisme libéral ? On savait que Corentin de Salle, le très à droite directeur du Centre Jean Gol, était un transhumaniste mais on ne se doutait pas qu'il avait une telle néfaste influence sur la pensée d'un parti politique important de notre communauté. On constate que le parti libéral francophone a de la peine à se définir sur le plan strictement politique mais on peut comprendre ce malaise si, en profondeur, il est traversé par les idéologies en totale contradiction avec l'humanisme libéral, respectueux de l'individu, que ses prédécesseurs ont largement contribué à faire advenir dans nos sociétés.

ParAlain Adriaens, généticien ; Christine Decantere, citoyenne ; Michel Dehon, citoyen ; Michèle Gilkinet, objectrice de croissance; Paul Lannoye, physicien ; Bernard Legros, enseignant/essayiste ; Pascale Ramet-Rivages, comédienne/citoyenne ; Michel Weber, philosophe ; Jean-Pierre Wilmotte, objecteur de croissance.

M. Faljaoui a eu l'imprudence de lire une autre chronique, celle de Laurent Alexandre. On sait que ce dernier est, dans le monde francophone, l'infatigable promoteur médiatique du projet transhumaniste. Venu des États-Unis, ce projet entend transformer en profondeur notre commune humanité en soumettant des humains à des manipulations technologiques ou génétiques censées les "augmenter".La spécificité de Laurent Alexandre est d'admettre, du bout des lèvres, que le transhumanisme n'est peut-être pas désirable mais qu'il est obligatoire dans le cadre d'une compétition internationale : sans cela, nos contrées, et l'Europe en général, seraient définitivement perdantes, en particulier face aux États-Unis mais surtout face à la Chine. On reconnaît là l'application de la théorie du Choc des civilisations promue par Samuel Huntington dès 1996. La guerre (qui se doit d'être éternelle comme l'a montré Georges Orwell) ne se déroulerait plus entre États mais entre civilisations, avec les épouvantails des civilisations, islamique et ici chinoise.En effet, M. Faljaoui relaie le propos de Laurent Alexandre qui pense (aucun preuve donc) "qu'un chercheur chinois, sous prétexte de soigner deux jumelles pour les protéger contre le sida contracté par leurs parents en a "profité" pour modifier génétiquement le cerveau de ces deux bébés". L'urologue futurologue peut donc développer son thème favori : il faut, nous aussi, modifier génétiquement nos bébés sous peine de déclassement. On reconnaît, étendue au niveau international, la logique centrale du transhumanisme : vu la compétition acharnée qui va encore croître entre les individus, seuls les plus aptes, c'est-à-dire ceux qui accepteront d'être artificiellement augmentés s'en tireront. Alexandre, relayé par M. Faljaoui, le proclame d'ailleurs sans fard : "L'intelligence est depuis toujours la clé de tous les pouvoirs, les gens pas très intelligents ont toujours été les domestiques des autres". Il faut entendre le héraut du transhumanisme dans une conférence devant des élèves de polytechnique se féliciter : vous et moi, les intelligents, nous allons nous en sortir, mais les pauvres hères non augmentés auront bien du mal à survivre, les pauvres. Jamais avare de généralisations abusives et méprisantes, le transhumaniste conclut : "Peut-on ne rien faire alors que la Chine fabriquerait des bébés surdoués à la chaîne ?" 75 ans auront donc suffi à certains pour oublier l'horreur de l'eugénisme nazi, qui, dans un objectif déclaré de domination totale, croisait jeunes femmes et jeunes hommes blond.e.s aux yeux bleus ? Aujourd'hui la technique est modernisée et mieux contrôlée, en la confiant aux manipulations génétiques sur gamètes en laboratoire. Nos enfants ne seraient donc plus des êtres autonomes auxquels on essayerait de donner les meilleures chances dans la vie mais des objets que l'on formaterait, manipulerait, artificialiserait, avec l'aide de l'argent public, pour en faire les cyborgs vainqueurs dans la société d'hyper-compétition, déjà à l'oeuvre ?Les rayons des libraires regorgent de livres sur le transhumanisme. Souvent le fait de philosophes, ils tirent quasi tous la sonnette d'alarme : le monde politique néglige une vague de fond venue de la Silicon Valley, où des multinationales plus puissantes que la plupart des États, nous fabriquent un avenir où les humains auront perdu toute autonomie et seront à la merci d'un monde technologique et consumériste auquel ils devront s'adapter ou devenir, comme le disent entre eux les transhumanistes, "les chimpanzés du futur". Les plus lucides de ces penseurs, tels Olivier Rey dans son livre Leurre et malheur du transhumanisme, montre même que la propagande transhumaniste n'a pas pour but de faire advenir les fantasmes qu'elle décrit mais à nous faire accepter les avancées technologiques déjà contestables aujourd'hui et aussi nous bercer d'illusions pour nous faire accepter un quotidien de plus en plus pénible et anxiogène. Face au mal-être causé par notre obligation de nous soumettre aux technologies "disruptives", on nous en propose encore plus!Plus inquiétant peut-être que les affabulations de M. Alexandre et consorts, est le constat que les visées transhumanistes sont reprises dans un document publié par le centre d'études du MR titré Vers un transhumanisme libéral ? On savait que Corentin de Salle, le très à droite directeur du Centre Jean Gol, était un transhumaniste mais on ne se doutait pas qu'il avait une telle néfaste influence sur la pensée d'un parti politique important de notre communauté. On constate que le parti libéral francophone a de la peine à se définir sur le plan strictement politique mais on peut comprendre ce malaise si, en profondeur, il est traversé par les idéologies en totale contradiction avec l'humanisme libéral, respectueux de l'individu, que ses prédécesseurs ont largement contribué à faire advenir dans nos sociétés.ParAlain Adriaens, généticien ; Christine Decantere, citoyenne ; Michel Dehon, citoyen ; Michèle Gilkinet, objectrice de croissance; Paul Lannoye, physicien ; Bernard Legros, enseignant/essayiste ; Pascale Ramet-Rivages, comédienne/citoyenne ; Michel Weber, philosophe ; Jean-Pierre Wilmotte, objecteur de croissance.