La vie sur terre est née dans une gigantesque soupe de substances chimiques et de micro-organismes. Toute forme de vie a dû s'adapter à cet environnement concurrentiel ou, à défaut, périr. L'être humain y a survécu jusqu'à présent.
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La vie sur terre est née dans une gigantesque soupe de substances chimiques et de micro-organismes. Toute forme de vie a dû s'adapter à cet environnement concurrentiel ou, à défaut, périr. L'être humain y a survécu jusqu'à présent.Cela signifie que notre corps a appris à faire la distinction entre les formes de vie non dangereuses, qui s'avèrent même parfois utiles pour nous, et celles qui nous empoisonnent la vie. Les unes, nous les avons parfois littéralement incorporées. Les autres, parmi lesquelles de véritables fléaux comme ebola, qui nous tue en un rien de temps, nous devons les éliminer le plus rapidement possible.A cette fin, notre corps a développé une machine très puissante : notre système immunitaire. Il nous protège contre toutes sortes de désagréments susceptibles de mettre notre vie en danger. Contre le cancer aussi, par exemple. Hélas, parfois ce système dysfonctionne, comme lors d'une allergie. D'une manière ou d'une autre, l'ensemble de la machinerie immunitaire se met alors en action contre des substances inoffensives. En cas de rhume des foins et autres effets similaires, la réaction reste encore limitée à des éternuements, des reniflements ou des yeux qui pleurent. Déjà suffisamment déplorable en soi, mais en cas de choc anaphylactique, le système immunitaire s'emballe tellement sauvagement que ce déchaînement devient mortel.Les voisins en bénéficient aussiPourquoi le système immunitaire dérape ? Nous ne l'avons toujours pas élucidé avec précision. Mais les personnes qui vivent et ont grandi dans une ferme peuvent s'estimer heureuses. Car d'une manière ou d'une autre, cet environnement nous rend mieux protégés contre les allergies.Devons-nous dès lors tous retourner vivre auprès des bêtes et du fumier comme avant ? Non, nous apprend une nouvelle étude d'un groupe de recherches néerlandais de l'université d'Utrecht. La protection n'est pas totale. Un certain nombre de personnes qui habitent dans des fermes continuent à développer des allergies. Mais la bonne nouvelle est que la protection se propage dans un large voisinage et que l'effet positif vous accompagne probablement toute la vie. L'étude a été publiée dans l'Occupational & Environmental Medicine.Le groupe a étudié les données de presque 2500 adultes entre 20 et 72 ans au sud du pays, une région comprenant beaucoup de fermes d'élevage. Un participant sur 3 avait grandi à la ferme. Parmi eux, 21,6% ont présenté une allergie atopique, alors que pour les autres, ce taux s'élevait à 34%.La distance entre l'habitation et la ferme a joué un rôle importantDans un rayon de 500 mètres autour d'un éleveur porcin ou bovin, on a dénombré environ un tiers d'allergies atopiques en moins que lorsque la distance de l'habitation était supérieure de quelques centaines de mètres.Pour toute ferme d'élevage supplémentaire à une distance inférieure à 500 mètres, le risque d'allergie a diminué de 4%. Les élevages porcins ont réalisé des scores encore meilleurs, avec une diminution de pas moins de 14%.Remarque importante : ces liens n'apparaissent que pour les porcs et les vaches, pas pour les exploitations de volailles. La raison n'en est pas claire.Odeur, poussière et bestioles ?Ce qui n'est pas clair non plus, c'est comment la présence de porcs et de vaches augmente la résistance contre les allergies. S'agit-il de l'odeur des bêtes ou du fumier, comme certains le pensent parfois ? Aucune idée, mais il y a bel et bien quelque chose dans et autour des fermes qui a cet impact sur notre système immunitaire. Beaucoup de personnes qui ne sont pas accoutumées à la vie rurale considèrent les fermes sales et répugnantes. Selons elles, elles sont remplies de vermine et de saleté; mais dans ce cas, notre système immunitaire s'est familiarisé avec celles-ci depuis des millénaires. Plus encore, notre système immunitaire en a apparemment besoin pour réguler sa réaction et sans cela, le risque de dérapage augmente.On observe en parallèle que nos maisons deviennent de plus en plus stériles. Nous basant sur l'hypothèse erronée que tous les microbes sont dangereux ou du moins nuisibles pour nous, nous nous acharnons à nettoyer avec des produits désinfectants. A la moindre petite araignée ou au moindre insecte dans notre maison, c'est la crise et la bestiole doit être éliminée au moyen d'un spray insecticide. Tout ce nettoyage, cette stérilisation et élimination, ce n'est pas favorable à l'habitat naturel dans nos maisons.En avril, une étude américaine a encore révélé que des enfants qui avaient grandi dans des maisons avec de hautes concentrations d'allergènes de cafards, de chats et de souris dans la maison souffraient moins d'asthme.Il y a d'ailleurs de fortes présomptions que la diminution drastique de la biodiversité autour de nos habitations joue un rôle dans le développement des allergies. Il y a quelques années, une étude finlandaise a révélé que les personnes qui habitaient dans une zone avec une biodiversité limitée étaient plus sensibles au développement d'asthme, d'allergies et autres troubles inflammatoires chroniques. Les chercheurs ont également constaté que les jeunes qui habitaient à proximité d'exploitations agricoles ou de zones boisées présentaient un éventail plus riche de sortes de bactéries sur leur peau que leurs congénères des zones urbaines avec une biodiversité plutôt limitée.En même temps, il y a de solides indications que la manière dont nous entrons en contact avec les allergènes, via la peau ou via l'intestin, a un impact sur le développement des allergies et que les bactéries de la peau et celles de l'intestin y jouent également des rôles spécifiques. La manière dont nous pouvons traduire toutes ces nouvelles découvertes dans des lignes directrices pour la prévention des allergies, de l'asthme et des troubles inflammatoires chroniques (qui sont la conséquence de réactions immunitaires qui dysfonctionnent), n'est pas encore claire. Mais étape par étape, nous y parviendrons.Entre-temps, ce n'est certainement pas une mauvaise idée de faire des sorties et des activités dans la nature avec vos enfants depuis qu'ils sont tout petits et de les y laisser joyeusement faire à leur guise avec tout ce qu'ils rencontrent. Au plus souvent au mieux et s'ils en reviennent bien sales, cela ne peut mal. Contrôlez-les cependant à leur retour pour les tiques. Car notre entente avec elles, on ne peut pas vraiment la targuer d'amicale. Pour cela, nous ne vivons probablement pas encore ensemble depuis suffisamment longtemps.