Sans doute s'était-il déjà antérieurement délité. Mais les heures supplémentaires qui remplissaient les semaines, les amitiés qui garnissaient les week-ends masquaient la décadence des sentiments. Désormais cruellement nue, exposée par un virus auquel 10 % des couples pourraient succomber (1).
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Sans doute s'était-il déjà antérieurement délité. Mais les heures supplémentaires qui remplissaient les semaines, les amitiés qui garnissaient les week-ends masquaient la décadence des sentiments. Désormais cruellement nue, exposée par un virus auquel 10 % des couples pourraient succomber (1). Alors, quand la pandémie le permettra, elle partira. Elles partent souvent. Le divorce est une initiative féminine, dans 55 % des cas. Revanche historique. Car elles ne quittaient jamais, avant. L'historienne française Sabine Melchior-Bonnet en a cherché, des exemples de femmes reprenant leur indépendance affective, pour rédiger son livre Les Revers de l'amour (Puf). Même en remontant au Moyen Age, elle n'en a pas trouvé. " La rupture est profondément inégalitaire, constatait-elle dans le journal Le Temps, le 13 février dernier. L'homme a [eu] tous les droits. " A commencer par celui de posséder sa fertile épouse, " comme l'arbre à fruits est la propriété du jardinier ". Il ne plaisantait pas, le jour où il affirma ça, Napoléon. Le Code civil, auquel il légua son nom en 1804, assimilait les femmes mariées à des mineures. Juste bonnes à écarter les jambes et à enfanter, certainement pas à travailler. Une soumission légalement organisée, dont elles ne seront complètement débarrassées qu'en... 1976 (vive la réforme des régimes matrimoniaux). L'année où, aussi, elles furent autorisées à ouvrir un compte en banque sans l'autorisation de leur mari. C'était pas il y a à peine quarante-quatre ans, ça ? Alors désormais, donc, elles se barrent. Autorisées par une relative liberté économique. " Même si cette décision les conduit souvent à vivre dans une certaine précarité ", souligne Sabine Melchior-Bonnet. Parce qu'elles bossent, OK, mais moins que leurs (ex) compagnons. 43,6 % des salariées prestent à temps partiel (contre 11,8 % des salariés), trois quarts des congés parentaux sont en réalité des congés maternels. Même en occupant un temps plein, elles gagnent moins (coucou, l'écart salarial), et doivent dès lors se contenter de crédits hypothécaires moins élevés. Elles deviennent, de toute façon, moins souvent propriétaires. Galère financière rime surtout avec mères célibataires. 40 % des pensions alimentaires ne sont pas versées, en tout ou en partie. En France, après un divorce, 20 % des femmes basculent sous le seuil de pauvreté, contre 8 % des hommes, selon l'Insee (Institut national de la statistique et des études économiques). Deux ans plus tard, le niveau de vie des nouvelles célibataires s'est certes amélioré, mais reste encore inférieur de 14 % à celui de l'année précédant la séparation. Pendant ce temps-là, celui de ces messieurs a augmenté de 1,6 %. Alors, bon, il y en a qui restent, tous comptes faits. Les velléités de liberté sentimentale ont leurs limit?s. Les heures supplémentaires, les amitiés déconfinées finiront bien par combler à nouveau la vacuité relationnelle. En attendant, elles augmentent encore un peu le volume de la télé. L'amour est bien peu de choses, face à la pauvreté.