" Il n'est pas donné à tout le monde d'être fou ", assurait le psychanalyste Lacan. Dès l'élection de Donald Trump, à la tête de la première puissance du monde, il y a un an, s'est immédiatement posée la question de la santé mentale du 45e président des Etats-Unis. Depuis, alors que Trump a promis de " détruire totalement " la Corée du Nord, les supputations sur le profil psychiatrique trumpien s'agitent, avec, en filigrane, la peur de l'effet que la santé mentale - peut-être défaillante - d'un chef politique aussi influent pourrait avoir sur notre planète. Donald Trump est-il psychopathe ? A-t-il une personnalité histrionique (anciennement " hystérique ") ?
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" Il n'est pas donné à tout le monde d'être fou ", assurait le psychanalyste Lacan. Dès l'élection de Donald Trump, à la tête de la première puissance du monde, il y a un an, s'est immédiatement posée la question de la santé mentale du 45e président des Etats-Unis. Depuis, alors que Trump a promis de " détruire totalement " la Corée du Nord, les supputations sur le profil psychiatrique trumpien s'agitent, avec, en filigrane, la peur de l'effet que la santé mentale - peut-être défaillante - d'un chef politique aussi influent pourrait avoir sur notre planète. Donald Trump est-il psychopathe ? A-t-il une personnalité histrionique (anciennement " hystérique ") ? En 2006, Jonathan R.T. Davidson, professeur de psychiatrie américain, avançait déjà que 49 % des présidents américains, de 1776 à 1974, étaient des " malades mentaux ". Ainsi, selon lui, entre autres chefs des Etats-Unis, Franklin Delano Roosevelt et Lyndon Johnson étaient " bipolaires " (un trouble qui oscille entre deux pôles : la dépression et la surexcitation mégalomaniaque) et Abraham Lincoln, " dépressif ". Régulièrement, l'histoire et l'actualité viennent nous rappeler que le pouvoir semble souvent n'être que le frêle cache-sexe d'un immense désordre mental. " Le pouvoir est une drogue qui rend fou quiconque y goûte ", assurait François Mitterrand. Winston Churchill ? Bipolaire, lui aussi. Une de ses institutrices notera : " C'était l'enfant le plus méchant du monde. " Adolf Hitler ? Un pervers sexuel impuissant, un " délirant psychotique paranoïaque ", selon le journaliste Ron Rosenbaum. Kim Jong-un ?D'après les dires d'un agent secret nord-coréen transfuge, " Monsieur K ", un " dangereux paranoïaque ". Mouammar Kadhafi ? L'ancien guide suprême de la Libye a régné grâce au viol et à la terreur, durant plus de quarante et un ans. Comment expliquer que ce sont ces gens-là qui nous gouvernent ? Pour Pascal de Sutter, psychologue politique et professeur à l'UCL, " le plus cocasse, c'est que si les fous sont au pouvoir, c'est parce que nous les y avons mis, justement, parce qu'ils sont fous ! " Quoi ? Les électeurs auraient donc envie de leaders manipulateurs, séducteurs et menteurs ? Pourquoi ? Parce que, à travers leurs failles, ces hommes-là nous ressemblent, nous rassurent sur nous-mêmes, explique encore Pascal de Sutter. Serions-nous donc si fous que ça ? D'après le psychanalyste Bernard-Elie Torgemen, nous vivons dans un monde bipolaire, un monde qui a des problèmes de limites : mondialisation, hyperconnectivité sur les réseaux sociaux et son corollaire, le narcissisme. " Quand nous sommes en âge de travailler, la société nous demande d'être hyperspeed, de nous défoncer comme si nous étions drogués à la cocaïne, ce qui induit un état maniaque artificiel. Puis, quand nous cessons d'être intéressants [...], cette société [...] nous demande d'être un mort-vivant. C'est l'équivalent de la dépression. " Un avis partagé par le psychiatre américain Nassir Ghaemi : " En cas de crise et de tumulte, ceux qui sont anormaux mentalement, voire malades, deviennent les plus grands leaders. " Pourtant, malgré l'actuelle explosion, clairement chiffrée, de diagnostics, d'aucuns considèrent que notre monde ne va pas finalement pas plus mal qu'avant. " Il n'y a pas réellement plus de personnes souffrant d'état limite (NDRL : borderline) ou de troubles bipolaires qu'autrefois ", évalue ainsi Alain Tortosa, le psychothérapeute français qui anime l'Aapel, l'Association d'aide aux personnes souffrant d'un trouble de la personnalité borderline. Même avis, pour Philippe Pignarre, chargé de cours en psychologie à l'université Paris-VIII, qui estime que l'actuelle " épidémie " de dépressions et de burnouts serait plutôt le résultat d'une meilleure connaissance, d'un meilleur diagnostic de ces troubles, dans l'univers de la psychiatrie, que le signe d'un malaise social croissant. Une fois de plus, l'ombre du DSM, ce manuel qui règne sur la psychiatrie actuelle, montre le bout de son nez. Mais que dire alors de ceux qui sont réellement en burnout et en souffrance ? " Le burnout et la dépression existent, évidemment, confirme le psychiatre de l'université d'Anvers Manuel Morrens. Un des pare-feux évidents contre le burnout est la valorisation au travail. Aujourd'hui, dans la plupart des firmes, les travailleurs sont interchangeables, pressés comme des citrons ; ce ne sont plus des hommes, mais des machines. Féliciter les gens pour un travail bien fait est le premier garde-fou contre le mal-être mental au travail, c'est une évidence. " Quant aux jeunes radicalisés, aux quatre coins du monde, avec leurs fusils-mitrailleurs, leurs explosifs, leurs véhicules-béliers, pour mieux éventrer les foules, le sont-ils, fous, eux ? L'été dernier, le tout frais ministre français de l'Intérieur, Gérard Collomb, a en tout cas demandé aux psychiatres de l'aider dans la lutte contre la radicalisation. Bilan ? Moins de 5 % des " radicalisés " connus souffrent de pathologie mentale. Restent les Harvey Weinstein, les DSK et tous les autres abuseurs sexuels suspectés ou avérés. Depuis quelque temps, la parole se libère, partout. Le monde du show-biz se lézarde. Celui des médias aussi. Et l'académique. Et le politique. Chaque fois, des hommes de pouvoir qui harcelaient, agressaient, allègrement, sans vergogne, sans limite, durant des années. Alors, ces hommes-là ? Malades mentaux ? Incapables " de contrôler leurs pulsions " ? Pas forcément, rappelle, avec vigueur, François Nef, psychologue à l'UCL : " Les prédateurs sexuels sont d'abord des criminels. " Fous, pas fous : la frontière continue d'osciller. Dans sa Lettre aux médecins chefs des asiles de fous, l'inouï et déglingué Antonin Artaud mettait déjà en garde, en 1935 : " Gare à vos logiques, Messieurs, gare à vos logiques ! " Quant au gourou hippie psychotique meurtrier, Charles Manson, décédé le 19 novembre, il déclarait, en 1994 : " Avant, être fou, ça voulait encore dire quelque chose. De nos jours, tout le monde est dingue. "