Des nouvelles contradictoires en matière d'alimentation et de santé ont été publiées le 1er octobre. Alors que le Conseil supérieur de la Santé (CSS) annonçait ses nouvelles recommandations en matière d'alimentation pour vivre longtemps et en bonne santé, une étude venait jeter le doute sur le bénéfice de diminuer la consommation de viande rouge.

Aujourd'hui, les Américains du nord et les Européens mangent en moyenne trois portions de viande rouge par semaine. Le CSS conseille plutôt de se limiter à 300 grammes par semaine, soit deux portions, ainsi que seulement 30 grammes de viande transformée (charcuteries) par semaine pour limiter les risques de cancer et de maladies cardiovasculaires.

La nouvelle étude du chercheur Bradley Johnston, professeur associé d'épidémiologie à l'université Dalhousie au Canada, et directeur du groupe NutriRECS, concluait que le risque potentiel de la viande rouge est faible et que les preuves sont incertaines.

Pour émettre ces conclusions, le groupe de scientifiques n'a pas fait une nouvelle étude, mais a réinterprété une série d'études réalisées précédemment. Ils concluent que réduire la consommation de viande rouge et de charcuterie n'aurait pas de réel effet bénéfique sur la santé, ou en tout cas, à des degrés faibles. "Peut-être qu'il y a une réduction du risque, ou peut-être pas", a-t-il déclaré à l'AFP. Il jette donc un pavé dans la mare des recommandations alimentaires.

"Notre recommandation est que, pour la plupart des gens, la meilleure approche est de continuer [à manger de la viande rouge], étant donné la très faible réduction de risques et l'incertitude des preuves". Selon lui, la précaution ne prévaut donc pas, même à l'heure où la consommation excessive de viande rouge est également remise en cause pour son impact désastreux sur l'environnement.

Cela a tout de même suscité une volée de critiques dans le milieu des experts en nutrition et en épidémiologie. Tout en approuvant la rigueur des nouvelles analyses, beaucoup différaient sur la philosophie des conclusions.

Un chercheur controversé

Ce n'est pas la première fois que Bradley Johnston va à contre-courant en matière d'alimentation. Il y a 3 ans, il avait en effet publié une étude qui remettait en cause les risques d'une consommation excessive de sucre. Des travaux qui avaient été financés par l'International Life Sciences Institute, comme le rappelle le New York Times. Un institut scientifique soutenu par les entreprises les plus puissantes du monde et déjà épinglé par l'ONU.

Or, Johnston aurait omis de mentionner son passé lié à un groupe scientifique financé par des géants agroalimentaires tels que McDonald's, Coca-Cola, Pepsico. Mais également Cargill, l'un des plus gros transformateurs de boeuf en Amérique du Nord, rapporte le Huffington Post.

Si ce non-dit n'est pas illégal, il a reçu des financements en 2015, mais est tenu de signaler les éventuels conflits d'intérêts survenus trois ans avant la publication. Mais cela vient tout de même jeter le trouble et quelque peu discréditer les conclusions de son rapport aux yeux des observateurs.

La rédactrice en chef de la revue scientifique dans laquelle a été publiée l'étude, Annals of Internal Medicine, a déclaré que les scientifiques publiés doivent être transparents sur leurs financements, mais que ceux-ci ne sont pas vérifiés, car elle compte sur l'intégrité des chercheurs. Elle indique également qu'elle aurait quand même publié l'étude si elle avait su où Johnston avait obtenu ses financements, car selon elle, le protocole scientifique a été respecté. Elle admet toutefois que cela pourrait remettre en perspective l'interprétation des résultats.

D'autres scientifiques s'inquiètent également du pouvoir de l'ISLI. "En coulisse, l'ILSI travaille avec diligence pour le compte de l'industrie alimentaire. Même si l'Institut n'avait rien à voir avec les articles sur la viande -ce dont je n'ai aucune preuve- l'étude précédente suggère que Johnston fait carrière en démolissant les recommandations en matière de nutrition", a notamment déclaré Marion Nestle, professeure en nutrition à New York au New York Times.

L'Organisation mondiale de la Santé a également déjà accusé l'International Life Sciences Institute de saper les recommandations alimentaires pour le compte des entreprises qui le soutiennent