Les douleurs lors des rapports sexuels sont un problème plus fréquent qu'on ne le pense. " Lorsqu'on dresse le tableau des motifs qui amènent les patients à pousser la porte d'un sexologue, elles figurent systématiquement dans le top 3... et personnellement, je vois passer au moins un cas par jour ", témoigne Chloé De Bie, psychologue clinique et sexologue au centre thérapeutique Vivolinio. " Le problème toucherait peu ou prou une femme sur dix d'après certains chercheurs, d'autres parlent même d'une femme sur trois lorsqu'ils prennent en compte aussi bien les problèmes actuels que les expériences passées. Il m'arrive d'évoquer ce chiffre au cours de mes consultation... et la plupart des patientes sont clairement soulagées de ne pas être seules dans le cas ! "

Un terme nouveau

Jusqu'il y a quelques années, on distinguait la dyspareunie et le vaginisme : la première désignait les douleurs survenant au cours des rapports sexuels au moment de la pénétration, mais aussi parfois plus à l'arrière du vagin ou dans le bas-ventre ; le second correspondait à une contraction involontaire des muscles du plancher pelvien rendant la pénétration impossible. Dans la classification DSM-5 actuelle, ces deux problèmes sont réunis sous une même appellation : " trouble de la douleur génito-pelvienne/pénétration ". Selon Chloé De Bie, c'est une bonne chose. " Il est plus simple d'utiliser un terme global, car l'origine précise de la douleur n'est pas toujours claire. "

Qui sont les femmes qui en souffrent ? " On retrouve clairement trois catégories principales : les jeunes femmes dont la vie sexuelle vient tout juste de débuter, les femmes ménopausées et les jeunes mamans qui recommencent à avoir des rapports après une naissance. Chez ces dernières, il peut toutefois arriver au contraire que les muscles du plancher pelvien aient été étirés par l'accouchement et que des plaintes antérieures aient disparu. "

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Cercle vicieux

Faire l'amour n'est agréable que dans un contexte ressenti comme sûr et où les deux partenaires se sentent non seulement détendus, mais aussi excités. Lorsque ces conditions ne sont pas réunies, les rapports peuvent être douloureux. La douleur peut toutefois aussi s'expliquer par un certain nombre de causes médicales. " On peut citer les infections fongiques, les maladies sexuellement transmissibles ou l'épisiotomie au cours de l'accouchement, illustre la sexologue. La peau peut également être irritée par le port de sous-vêtements en matières synthétiques ou par un excès d'hygiène. Certaines maladies, comme le diabète, et médicaments, comme les antidépresseurs, peuvent également provoquer une baisse de la production d'oestrogènes et un dessèchement des muqueuses. Il en va de même pour l'allaitement. Enfin, les changements hormonaux associés à la ménopause rendent également la muqueuse plus fine et plus sèche. "

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Des facteurs psychologiques aussi peuvent avoir un rôle à jouer. Il est évident, par exemple, que les rapports sont inévitablement délicats pour les personnes qui ont vécu une expérience traumatisante ou des abus sexuels... Mais certaines seront aussi tendues tout simplement sous l'effet de l'angoisse, du stress ou d'un manque de confiance en soi. " La douleur lors des rapports sexuels découle souvent d'une combinaison de facteurs médicaux et psychologiques. Il arrive qu'elle commence par un simple problème médical tel qu'une infection fongique. Si celle-ci provoque des douleurs lors des rapports, la patiente peut être plus tendue la fois suivante - et c'est tout à fait normal, car nous sommes programmés pour éviter ce qui nous fait mal. Du coup, les muscles du plancher pelvien vont se contracter et le vagin sera moins ubrifié, ce qui peut à nouveau rendre les rapports douloureux... Un cercle vicieux se crée sans même qu'elle ne s'en rendre compte. "

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Une solution : le modèle en triangle

La douleur pendant l'amour peut affecter la confiance en soi et provoquer des sentiments de honte ou de culpabilité vis-à-vis du partenaire. Certaines femmes vont jusqu'à éviter complètement les rapports, ce qui peut compromettre leur relation. " La bonne nouvelle, c'est qu'il s'agit d'un problème très fréquent et donc très bien étudié... et qu'il y a presque toujours une solution, souligne la sexologue. Malheureusement, les personnes qui y sont confrontées attendent en moyenne sept ans avant de se faire aider, parfois parce qu'elles ne trouvent pas le chemin du professionnel adéquat, parfois par gêne, parfois aussi parce qu'elles espèrent que cela passera tout seul. "

Le traitement repose sur un modèle en triangle qui fait intervenir le médecin, le sexologue et le partenaire. Le médecin recherchera une éventuelle cause médicale, avant toute autre mesure. Ensuite intervient le sexologue. " Lors de la première consultation, les femmes viennent souvent seules, estimant que c'est uniquement leur problème. La présence du partenaire est toutefois importante. " À partir du moment où le problème a été clairement défini, le couple devra reconstruire pas à pas sa relation sexuelle. " Nous conseillons souvent d'éviter un temps les rapports avec pénétration et de se focaliser sur d'autres formes d'intimité comme les rapports oraux ou manuels, la masturbation, les baisers, les caresses, les massages... Il est important d'en parler et de prendre le temps de découvrir ensemble ce que l'on aime, souligne Chloé De Bie. Un lubrifiant ne fera certes pas disparaître la cause du problème, mais il peut tout de même être bien utile pour humidifier les parties intimes. Dans certains cas, il sera nécessaire de référer la patiente à un thérapeute spécialiste du plancher pelvien, afin de lui apprendre à mieux contrôler ses muscles pelviens et à les détendre de façon consciente. " Le plus important, c'est toutefois de ne pas continuer à traîner ce problème, souligne la spécialiste. " Plus on tire rapidement la sonnette d'alarme, plus le risque de se retrouver dans un cercle vicieux est limité. "

Les hommes aussi !

Si la douleur lors des rapports sexuels est surtout un problème féminin, les hommes aussi peuvent y être confrontés. Dans la majorité des cas, on retrouvera alors une cause purement physique - une infection du gland (due à une MST ou à un excès ou un manque d'hygiène), une inflammation de la prostate ou une tension excessive des muscles pelviens. Des douleurs peuvent également survenir lorsque le prépuce est trop serré ou que le frein (la languette de peau qui relie le gland au prépuce) est trop court.