Études et experts pointent les réseaux sociaux comme responsables de problèmes de santé mentale, notamment chez les jeunes. Mais les recherches sur le sujet sont contradictoires. Une étude révélait récemment que l'utilisation des médias sociaux n'avait probablement pas un impact si important sur la satisfaction de vie des adolescents. Une nouvelle étude, publiée dans la revue Lancet Child & Adolescent Health, suggère que la question est encore plus nuancée.

Manque de sommeil et cyberharcèlement

Selon les chercheurs, même si l'utilisation fréquente des réseaux sociaux semble être liée à une mauvaise santé mentale, les effets ne sont pas directs. En réalité, leur utilisation déplace d'autres activités, comme le sommeil, ou ouvre la porte au cyberharcèlement. De plus, les réseaux sociaux peuvent être associés à des problèmes de santé mentale, mais seulement dans certaines circonstances, et seulement pour certaines personnes.

Les chercheurs ont analysé les données d'une étude qui a suivi environ 10.000 adolescents britanniques pendant trois ans. Leur utilisation plusieurs fois par jour des réseaux sociaux est passée de 43% à 68,5% en trois ans. Au fil du temps, l'utilisation fréquente a été associée à une diminution de la santé mentale et du bien-être, mesurée par des réponses à des questions sur la détresse psychologique, la satisfaction de vivre, le bonheur et l'anxiété.

Chez les filles par exemple, l'utilisation fréquente semble nuire à la santé lorsqu'elle entraîne soit du cyberharcèlement, soit un manque de sommeil et d'exercice physique. Mais ces facteurs ne semblaient pas avoir le même effet sur les garçons, révèle le Time. "Le message, c'est que ce n'est pas l'utilisation des réseaux sociaux en tant que telle qui cause du tort. Il s'agit de trouver un équilibre entre l'utilisation des médias sociaux et d'autres activités adaptées à l'âge, et de s'assurer qu'il n'y a pas de choses négatives spécifiques qui se produisent en ligne", précise Dasha Nicholls (Imperial College London), coauteure de l'étude.

Les filles davantage touchées

La situation s'est compliquée lorsque les chercheurs ont examiné quels utilisateurs fréquents avaient également signalé des cas de cyberharcèlement, de manque de sommeil et de manque d'exercice, qui, à leur avis, pourraient être responsables d'une grande partie du problème. Ils ont constaté que ces trois facteurs pouvaient prédire presque complètement si l'utilisation fréquente des médias sociaux nuirait au bien-être d'un(e) adolescent(e). Le cyberharcèlement semble être la conséquence la plus nuisible pour les filles, suivie du manque de sommeil et du manque d'exercice. Chez les garçons, ces facteurs n'expliquent que 12% de la relation entre réseaux sociaux et mauvaise santé mentale.

Pourquoi ? Les scientifiques avancent quelques pistes. D'une part, les filles ont tendance à être plus vulnérables que les garçons aux problèmes de santé mentale comme la dépression et l'anxiété. Les filles sont aussi plus souvent victimes de harcèlement en ligne. Selon Nicholls, certains aspects les atteignent particulièrement, comme les commentaires sur l'apparence et les comparaisons avec les autres. De plus, le manque de repos et d'exercice découlant de l'activité en ligne ne semble pas avoir affecté les garçons. Selon l'étude, l'écart pourrait se résumer à des habitudes de consommation. Étant donné que les filles ont signalé une utilisation plus fréquente dans l'ensemble, il se peut que les garçons ne sacrifient pas le sommeil et l'exercice dans la même mesure.

Hygiène de vie

Pour les chercheurs, les parents devraient davantage s'intéresser au sommeil de leurs enfants, plutôt qu'au temps passé sur Internet. Il s'agit d'un "facteur plus important pour la santé mentale", selon Russell Viner (UCL Great Ormond Street), coauteur de l'étude, cité par The Guardian.

"Les messages clés pour les jeunes sont : dormez suffisamment, ne perdez pas contact avec vos amis dans la vie réelle et l'activité physique est importante pour la santé mentale et le bien-être. Si tu prends soin de toi de cette manière, tu n'as pas à t'inquiéter de l'impact des réseaux sociaux", insiste Nicholls. Les adultes devraient également demander aux enfants s'ils sont victimes d'intimidation en ligne : "Les parents ont besoin de connaître l'environnement social de leurs jeunes en ligne autant que dans le monde réel", ajoute-t-elle.