La guerre contre les végétaliens a commencé petit à petit et certaines hostilités ont été suffisamment agressives pour faire la une des médias. Pour The Guardian, qui consacre un long article à ce sujet, on peut même parler de discrimination envers les végétaliens. Certains reprochent aux véganes qu'ils aiment jouer de leur statut de victime, sauf que les faits tendraient à leur donner raison. Ainsi, en 2015, une étude menée par Cara C MacInnis et Gordon Hodson pour la revue Group Processes & Intergroup Relations a observé que, dans nos sociétés occidentales, les végétariens - et les végétaliens en particulier- subissent une discrimination et des préjugés au même titre que les minorités ethniques et religieuses.
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La guerre contre les végétaliens a commencé petit à petit et certaines hostilités ont été suffisamment agressives pour faire la une des médias. Pour The Guardian, qui consacre un long article à ce sujet, on peut même parler de discrimination envers les végétaliens. Certains reprochent aux véganes qu'ils aiment jouer de leur statut de victime, sauf que les faits tendraient à leur donner raison. Ainsi, en 2015, une étude menée par Cara C MacInnis et Gordon Hodson pour la revue Group Processes & Intergroup Relations a observé que, dans nos sociétés occidentales, les végétariens - et les végétaliens en particulier- subissent une discrimination et des préjugés au même titre que les minorités ethniques et religieuses. Si, autrefois, le véganisme n'était qu'un groupe de niche, le mouvement a pris de l'ampleur ces dernières années. Encouragé par le fait qu'il existe désormais un consensus qui veut que manger moins de viande soit presque certainement mieux pour tout le monde, mais aussi pour la planète. Alors, bien sûr, en manger moins ne veut pas dire ne plus en manger du tout, mais tout de même cela motive les troupes. Pour ceux qui l'ignorent encore, les véganes ne mangent pas de produits animaux (donc aussi pas de lait ou d'oeufs) et ne portent pas de cuir ni de laine. Loin de s'essouffler comme d'autre régime alimentaire qui ont fait des passages éclair dans nos vies, le véganisme lui ne perd pas en vigueur. Au Royaume-Uni, par exemple, le nombre de ses adeptes aurait ainsi augmenté de 360% en une décennie et ils seraient aujourd'hui pas moins de 500.000. Dans de nombreuses cultures étrangères, la pratique de s'abstenir entièrement de produits d'origine animale est lié dans systèmes de croyances enracinés dans la non-violence. En occident, rien de tel. Il n'existait même pas de terme communément accepter pour décrire un tel mode de vie. Dans la langue anglaise, il faudra attendre 1944. Depuis les années 1970, le végétalisme était synonyme de hippies vieillissants mangeant à la cuillère des bols remplis de purée beige. Mais cette image est désormais balayée en grande partie grâce aux réseaux sociaux. On y voit de jeunes et glamours en vanter les mérites sur Instagram. Un outil qui a aussi grandement facilité la construction de ce qui ressemble à une communauté en montrant un véganisme nouveau et plus accessible. Certains esprits chagrins regrettent que cela dénature la pensée qui est derrière et le limite à une chose de bien-être un peu trop occidentale. D'autres encore l'idée qu'on puisse être flexitarien, soit végane à temps partiel ou de façon sporadique. La croissance explosive du véganisme n'explique pas à elle seule pourquoi il a suscité une telle controverse. Il y a quelque chose d'inhérent au véganisme qui suscite des sentiments plus profonds. L'étude de 2015 menée par MacInnis et Hodson a révélé que seuls les toxicomanes étaient perçus de façon plus négative par les répondants. Il a conclu : "Contrairement à d'autres formes de préjugés (p. ex. racisme, sexisme), la négativité envers les végétariens et les végétaliens n'est pas largement considérée comme un problème de société ; elle est plutôt courante et largement acceptée."Il est vrai qu'il existe des motifs rationnels pour s'opposer aux régimes végétaliens, par exemple pour des raisons de santé. Ils peuvent manquer de nutriments essentiels comme la vitamine B-12. Ceci est particulièrement notable dans le cas des régimes extrêmes comme pour le fruitarianisme. On peut aussi mettre en doute le côté bon pour la nature puisque certains produits considérés comme véganes sont ultra transformé (surtout ceux proposés par la grosse industrie) et que la culture intensive industrialisée du soja, du maïs et des céréales a aussi un coût en carbone important, tout comme certaines baies ou l'avocat.La montée du véganisme serait donc moins une question de goût personnel que de bouleversement générationnel. Il aurait moins à voir avec la viande que les systèmes qui la mettent sur nos tables en si grande quantité. En fin de compte, les guerres contre les végétaliens ne portent pas du tout sur le véganisme en tant que tel, mais bien sur la façon dont la liberté individuelle entre en conflit avec une crise de santé personnelle et environnementale.En 2011, les sociologues Matthew Cole et Karen Morgan ont observé un phénomène qu'ils ont appelé "végaphobie", démontrant que les médias britanniques ont toujours présenté les véganes sous un jour négatif. On les trouve "sans humour" et trop "militant". Les végétaliens sont présentés comme des prêcheurs et des moralisateurs. Qu'est-ce qui fait que le mode de vie végétalien suscite tant d'émotion chez ceux qui ne le partagent pas ? Et si la vraie raison était la peur ? "Les végétaliens sont des êtres troublants et étranges" dit The Guardian. "Ils vivent parmi nous, parlent comme nous, se comportent comme nous - à une exception significative. La viande peut être un meurtre pour eux, mais pour certaines personnes, la perspective d'une vie sans viande est encore pire. Rien ne justifie pourtant la quantité de viande que nous mangeons dans la société occidentale et les ressources consacrées à l'élevage et à l'abattage sans cruauté d'un animal devraient faire de sa chair un luxe inaccessible - et c'était d'ailleurs le cas dans le passé" dit encore The Guardian. Ce n'est en effet que grâce aux progrès technologiques de l'agriculture moderne que la viande est devenue accessible et disponible au point de devenir une pierre angulaire de l'alimentation. Le véganisme, même dans sa forme diluée du XXIe siècle, demeure ainsi confrontant : il met en exergue les choix alimentaires des gens et, par nature, les gens sont sur la défensive. Dans les pays où le prix de la viande est prohibitif pour beaucoup, les gens sont parfois végétariens ou végétaliens par nécessité. Dans les pays riches de l'Ouest, ne pas manger de viande est un choix actif. Cela en fait un rejet d'un mode de vie et un reproche aux valeurs de la majorité. Une explication simple pour expliquer pourquoi les gens n'aiment pas les végétaliens serait qu'ils montrent à quel point l'humanité est confuse dans ses choix alimentaires et à quel point ses décisions peuvent être illogiques. Or personne n'aime être confronté à ses paradoxes.Ce qui fait que, pour certains, le fait qu'on évoque simplement le fait de leur enlever leur viande, donne le sentiment que la liberté individuelle est menacée par des forces extérieures. Comme l'arme à feu personnelle aux USA, la chair animale est devenue un emblème de la résistance contre les atteintes au progressisme. A l'ère de l'internet, certains consommateurs de viande acharnés se sont visiblement alignés sur un type d'alpha-masculinité conservatrice. Une vision du monde où l'une des pires insultes serait "garçon à soja" et qui voit quelque chose d'alarmant et de subversif chez tout homme qui préfère le tofu au dindon.On notera que la nourriture a toujours été liée à l'identité personnelle, et donc inextricablement liée à la politique. Dans leur étymologie, des termes communs tels que "régime" sont des métaphores pour une lutte sur ce que signifie mener sa vie correctement. Le concept même de l'orthorexie (dont les victimes excluent de façon obsessive de leur alimentation des aliments qu'elles jugent nocifs) a à la base une idée corrompue de l'alimentation "correcte". Il est donc impossible de parler de régimes sans parler aussi des insuffisances implicites de ceux qui ne les suivent pas. The Guardian paraphrase ainsi Brillat-Savarin, "dites à quelqu'un quoi manger et vous lui dites qui il doit être".Les débats autour du véganisme ne seraient donc qu'un substitut pour parler de choses beaucoup plus grandes et qui concernent l'identité. Or un mouvement qui prêche un tel changement de fond ne peut qu'attiser l'anxiété, en particulier lorsqu'on a le sentiment que les plats végétaliens ne sont pas une alternative, mais un substitut qui risque d'être imposé. Il est par ailleurs certain qu'un changement de culture ne se produira pas sans la participation du gouvernement, de l'industrie et de la science. Et comme les dernières décennies l'ont montrée, il est également peu probable qu'un changement généralisé se produise sans combat. D'autant plus qu'à l'heure d'internet, la communication est très chargée et polarisée. Ce qui fait que, d'un côté comme de l'autre, le seul moyen d'être entendu est de crier le plus fort.Enfin note The Guardian, certains n'hésitent pas à voir dans ce combat un parallèle avec l'interdiction de fumer. Il est en effet tout à fait possible, qu'avec le temps, la viande (en particulier la viande rouge) devienne le nouveau tabac, soit un vice dont ne jouissent qu'un petit nombre de personnes en pleine conscience de ses conséquences négatives sur la santé. On pourrait donc voir la période actuelle comme un précipice de ce qui nous attend. Dans cette optique, la guerre contre les végétaliens ne serait l'acte que d'une majorité condamnée à se battre pour défendre son mode de vie "nuisible". Les végétaliens pourraient bien n'être que des prêchi-prêcheurs satisfaits d'eux-mêmes, mais, au fur et à mesure que leur nombre augmente et qu'ils quittent la marge, le pire pourrait encore être qu'ils pourraient bien avoir raison.