Est-ce qu'une éducation protégée engendre la timidité ? "En partie", dit Thalia Eley, professeure de génétique comportementale du développement au Kings College de Londres, à la BBC. "Nous considérons la timidité comme un trait de caractère et le tempérament est comme un précurseur de la personnalité ", dit-elle. "Quand de très jeunes enfants commencent à entrer en contact avec d'autres personnes, on constate que tous n'ont pas la même aisance pour, par exemple, s'adresser à un adulte qu'ils ne connaissent pas." Pour elle, environ seulement 30 % de la timidité en tant que trait de caractère est attribuable à la génétique. Les 70 % restant sont une réaction à l'environnement. "Il n'y a pas un, dix ou même cent gènes impliqués dans la timidité, il y en a des milliers", dit encore Eley. "Donc si vous pensez au génome complet des deux parents d'un enfant, il y a des centaines de milliers de variantes génétiques pertinentes."

L'un des aspects intéressants de la génétique, c'est qu'elle nous pousse à extraire des aspects de l'environnement qui correspondent à nos prédispositions. Par exemple, un enfant timide peut être plus enclin à s'isoler sur une plaine de jeux et se contenter de regarder les autres jouer. Ce penchant va aussi faire qu'il se sent alors plus à l'aise lorsqu'il est seul parce que c'est devenu sa zone de confort. "Ce n'est donc pas l'un ou l'autre ; c'est à la fois les gènes et l'environnement qui façonnent l'ensemble de la personnalité", dit Eley. "C'est aussi un système dynamique. Ce qui fait qu'il est possible de changer ce trait de personnalité grâce à des thérapies qui peuvent apprendre des techniques pour s'en sortir."

La timidité est-elle nécessairement une mauvaise chose ?

Chloe Foster, psychologue clinicienne au Centre for Anxiety Disorders and Trauma de Londres, affirme, toujours à la BBC, que la timidité est une chose assez courante et normale. Elle n'est pas en soi problématique sauf si elle se transforme en une anxiété sociale aiguë. Quand on commence à éviter de faire certaines choses que l'on doit pourtant faire, cela pose problème. Il peut s'agir de ne pas être capable de parler à ses collègues, d'avoir des difficultés à socialiser ou d'être dans une situation où on a systématiquement l'impression d'être jugés ou évalués par d'autres personnes.

Dans les cas les plus handicapants, la thérapie cognitivo-comportementale (TCC) serait la plus efficace pour les personnes timides et anxieuses sur le plan social. Cette thérapie aide à identifier quelles sont les pensées négatives qui engendrent la timidité. Elle permet aussi de mettre en lumière que certains comportements qui au lieu de nous aider, comme répéter ce qu'on va dire, augmentent en réalité notre anxiété envers la société. Il est plus utile de faire de courte pause et de prendre une profonde respiration. Une autre chose qui aide est de se concentrer sur ce qui se passe à l'extérieur de vous et non dans votre tête. Si vous vous concentrez sur l'auditoire plutôt que sur vous-même, vous serez moins angoissé par, par exemple, l'idée de trébucher sur vos mots.

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Demandez-vous aussi pourquoi vous avez si peur. Craignez-vous d'être ennuyeux ? De ne pas savoir quoi dire ? Plus vous en savez sur votre anxiété, plus vous pouvez commencer à la combattre.

Eley précise néanmoins que la timidité pourrait être due à l'évolution. "S'il était utile d'avoir des personnes qui allaient explorer et rencontrer de nouveaux groupes, il était tout aussi utile d'avoir des gens plus réticents à prendre des risques, plus conscients de la menace et qui protégeraient mieux la progéniture. Il ne faut pas non plus confondre timidité et introversion.

Si les personnes timides sont souvent aussi introverties, cela peut aussi être des extravertis dont l'anxiété les empêche d'être sociables. Et il y a des introvertis non timides qui sont tout à fait capables d'être sociables, mais préfèrent tout simplement leur propre compagnie.

Enfin est-ce que la culture peut jouer un rôle dans votre bien-être si vous êtes une personne timide de nature ? On dit par exemple que les États-Unis privilégient un comportement confiant et extraverti alors que dans certaines régions d'Asie, dont le Japon et la Chine, il est plus souhaitable d'être calme et réservé. Le contact visuel est aussi apprécié de façon variable selon le continent où l'on se trouve. En Asie ou en Afrique, il est souvent perçu comme un manque de respect. Malgré cela, il semble tout de même que les extravertis seraient plus heureux, où qu'ils soient dans le monde et même dans les pays où l'introspection est choyée. Les extravertis auraient donc une plus grande propension au bonheur.

Malgré ce constat, on notera, en guise de conclusion, qu'être introverti n'est pas nécessairement négatif. Pas plus qu'être ouvert aux autres est toujours positif. Par exemple: ce n'est pas parce qu'on est un bon orateur que l'on a de meilleures idées, dit encore la BBC.