On parle en soupirant des "jeunes d'aujourd'hui". Les jeunes se focalisent-ils uniquement sur leurs écrans et sur eux-mêmes ?

Pedro De Bruyckere: L'idée populaire veut qu'on se plaigne de la jeunesse depuis les Grecs et des Romains. Mais la citation en question vient d'une parodie d'une pièce grecque de 1904. La "jeunesse" est un phénomène assez récent. Aujourd'hui, on parle de la génération selfie, mais une étude de Jean Twenge de 2012 sur l'évolution du narcissisme au cours de ces dernières décennies révèle que la rupture a eu lieu dans les années quatre-vingt et que la génération actuelle n'est donc manifestement pas plus narcissique que ses parents.

Notre société souffre-t-elle d'un problème d'éducation?

Nous voyons bien que ces dernières décennies les doutes en matière d'éducation ont augmenté. C'est probablement une conséquence d'une combinaison de facteurs. Nous avons de moins en moins d'enfants, nous sommes mieux formés, nous sommes mieux informés et nous connaissons les dangers possibles de ce monde.

En outre, beaucoup de parents éprouvent aussi un sentiment de culpabilité parce qu'ils pensent qu'ils s'occupent trop peu de leurs enfants. Mais c'est totalement inexact. Les parents d'aujourd'hui s'occupent beaucoup plus de l'éducation de leurs enfants que dans les années soixante. Cependant, les doutes sur l'éducation et la peur sont liés. Et ils cachent un danger moins visible. La raison principale pour laquelle les jeunes aiment les réseaux sociaux, c'est parce que c'est le dernier espace où ils peuvent se réunir sans contrôle.

Voulez-vous dire que suite à l'énorme sentiment de responsabilité, les parents veulent tout maîtriser?

Pour pouvoir être jeune, il faut trois ingrédients. Du temps libre, de l'espace libre et pouvoir oublier les erreurs commises en expérimentant. Mais nous préférons conduire nos enfants à l'école, parce qu'on ne sait jamais ce qui peut arriver quand ils vont en vélo. Ensuite, on les amène au club de sport, pour qu'ils bougent suffisamment. Mais on occupe le temps et l'espace libre.

Nos enfants sont-ils trop tenus en laisse?

Il y a une boutade qui dit qu'il y a 100 ans on laissait un enfant de dix ans s'éloigner de sept kilomètres, dans les années 60 de 700 mètres et il y a quelques semaines un neuropsychiatre néerlandais s'est vu poser sérieusement la question suivante : trouvez-vous que c'est mal d'utiliser une laisse pour son enfant ? Heureusement, nous n'en sommes pas là, mais on voit la même évolution partout dans le monde. Y compris dans les pays qui n'ont pas vécu de scandale comme celui de Dutroux.

Quelle serait une meilleure approche de l'éducation?

L'autodétermination est une des principales théories contemporaines. Celle-ci prône l'autonomie, ce qui n'est pas la même chose que la liberté absolue. L'autonomie, c'est proposer des choix au sein d'une structure déterminée. En tant que parent, enseignant et éducateur, il est très important d'offrir un cadre délimité clairement. Mais à l'intérieur de ce cadre, il faut donner la liberté et la confiance nécessaires.

Cependant, le rythme effréné de certains parents les oblige à laisser une partie de l'éducation de leurs enfants à l'école. L'éducation ne doit-elle pas avoir lieu à la maison ?

L'une des raisons du lancement de l'enseignement en France était d'inculquer l'hygiène aux enfants dans l'espoir d'avoir des employés en bonne santé. L'éducation a donc toujours été une tâche fondamentale de l'enseignement. L'école est même née en partie parce que la société sentait que les parents ne pouvaient pas accomplir toutes les tâches d'éducation.

On parle en soupirant des "jeunes d'aujourd'hui". Les jeunes se focalisent-ils uniquement sur leurs écrans et sur eux-mêmes ? Pedro De Bruyckere: L'idée populaire veut qu'on se plaigne de la jeunesse depuis les Grecs et des Romains. Mais la citation en question vient d'une parodie d'une pièce grecque de 1904. La "jeunesse" est un phénomène assez récent. Aujourd'hui, on parle de la génération selfie, mais une étude de Jean Twenge de 2012 sur l'évolution du narcissisme au cours de ces dernières décennies révèle que la rupture a eu lieu dans les années quatre-vingt et que la génération actuelle n'est donc manifestement pas plus narcissique que ses parents. Notre société souffre-t-elle d'un problème d'éducation? Nous voyons bien que ces dernières décennies les doutes en matière d'éducation ont augmenté. C'est probablement une conséquence d'une combinaison de facteurs. Nous avons de moins en moins d'enfants, nous sommes mieux formés, nous sommes mieux informés et nous connaissons les dangers possibles de ce monde. En outre, beaucoup de parents éprouvent aussi un sentiment de culpabilité parce qu'ils pensent qu'ils s'occupent trop peu de leurs enfants. Mais c'est totalement inexact. Les parents d'aujourd'hui s'occupent beaucoup plus de l'éducation de leurs enfants que dans les années soixante. Cependant, les doutes sur l'éducation et la peur sont liés. Et ils cachent un danger moins visible. La raison principale pour laquelle les jeunes aiment les réseaux sociaux, c'est parce que c'est le dernier espace où ils peuvent se réunir sans contrôle. Voulez-vous dire que suite à l'énorme sentiment de responsabilité, les parents veulent tout maîtriser? Pour pouvoir être jeune, il faut trois ingrédients. Du temps libre, de l'espace libre et pouvoir oublier les erreurs commises en expérimentant. Mais nous préférons conduire nos enfants à l'école, parce qu'on ne sait jamais ce qui peut arriver quand ils vont en vélo. Ensuite, on les amène au club de sport, pour qu'ils bougent suffisamment. Mais on occupe le temps et l'espace libre. Nos enfants sont-ils trop tenus en laisse? Il y a une boutade qui dit qu'il y a 100 ans on laissait un enfant de dix ans s'éloigner de sept kilomètres, dans les années 60 de 700 mètres et il y a quelques semaines un neuropsychiatre néerlandais s'est vu poser sérieusement la question suivante : trouvez-vous que c'est mal d'utiliser une laisse pour son enfant ? Heureusement, nous n'en sommes pas là, mais on voit la même évolution partout dans le monde. Y compris dans les pays qui n'ont pas vécu de scandale comme celui de Dutroux. Quelle serait une meilleure approche de l'éducation? L'autodétermination est une des principales théories contemporaines. Celle-ci prône l'autonomie, ce qui n'est pas la même chose que la liberté absolue. L'autonomie, c'est proposer des choix au sein d'une structure déterminée. En tant que parent, enseignant et éducateur, il est très important d'offrir un cadre délimité clairement. Mais à l'intérieur de ce cadre, il faut donner la liberté et la confiance nécessaires. Cependant, le rythme effréné de certains parents les oblige à laisser une partie de l'éducation de leurs enfants à l'école. L'éducation ne doit-elle pas avoir lieu à la maison ? L'une des raisons du lancement de l'enseignement en France était d'inculquer l'hygiène aux enfants dans l'espoir d'avoir des employés en bonne santé. L'éducation a donc toujours été une tâche fondamentale de l'enseignement. L'école est même née en partie parce que la société sentait que les parents ne pouvaient pas accomplir toutes les tâches d'éducation.