Pendant six ans, Margot Bastin a étudié le malaise des jeunes dans le cadre d'une thèse de doctorat en psychologie. Elle a visité sept écoles et interrogé 1555 élèves, dont les plus jeunes étaient en cinquième primaire. Même si c'est très jeune pour avoir ce qu'on appelle des "pensées négatives", c'est, selon la chercheuse, le début de la fin de l'insouciance.
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Pendant six ans, Margot Bastin a étudié le malaise des jeunes dans le cadre d'une thèse de doctorat en psychologie. Elle a visité sept écoles et interrogé 1555 élèves, dont les plus jeunes étaient en cinquième primaire. Même si c'est très jeune pour avoir ce qu'on appelle des "pensées négatives", c'est, selon la chercheuse, le début de la fin de l'insouciance.À 13 ans, l'âge le plus fragile, les adolescents sont parfois en proie à l'apathie, à l'angoisse et aux idées noires. Parfois balayés d'un revers de la main, ces symptômes ne sont pourtant pas à négliger, sous peine de devenir chroniques. Treize ans, c'est l'âge où les amitiés jouent un rôle important et où les jeunes discutent beaucoup avec leurs amis. Même si c'est évidemment positif d'avoir des amis, "se focaliser en permanence sur leur mal-être, sur leur désir de changer la situation entraîne des conséquences vraiment négatives", déclare Margot Bastin à la VRT. Elle constate que le problème touche surtout les filles, plus vulnérables dans leurs amitiés.La psychologue cite l'exemple classique d'une adolescente larguée par son petit ami. Elle en parle à une amie à l'école qui s'inquiète. Autrefois, la conservation se serait arrêtée en même temps que la cloche sonnant la fin de la récréation. Mais à l'ère du numérique, les discussions se poursuivent sur Whatsapp et autres messageries instantanées. Du coup, la jeune fille déprimée n'a pas l'occasion de se distraire, même une fois rentrée chez elle, et continue à ruminer, jusque tard dans la nuit. Effet de contagion Si toutes ces discussions renforcent les liens d'amitié entre les adolescents, elles risquent aussi de se transformer en spirale négative et d'entraîner un effet de contagion. "Les enseignants m'ont raconté qu'un élève présentant des symptômes dépressifs peut entraîner toute la classe. C'est à ce point, qu'ils doivent réorganiser les classes, séparer certains élèves. Il y a un risque de contagion", explique Bastin. Côté garçons, le phénomène serait moins marqué. Pour eux, l'amitié consisterait surtout à faire des choses ensemble, et ils poseraient un regard plus humoristique sur leurs problèmes.Aussi Bastin recommande-t-elle aux parents qui constatent que leur enfant se trouve dans une spirale négative avec ses amis de leur proposer de faire une activité amusante ensemble ou d'essayer de résoudre le problème. Empêcher l'utilisation excessive du smartphone peut également être une bonne idée. "Il est sain d'alterner "les univers" : la maison, l'école, le sport... Cela donne une nouvelle perspective. Discuter encore et encore des problèmes sur smartphone pourrait bien prolonger le processus répétitif.""Les adolescents qui développent des symptômes de dépression à un jeune âge courent un risque élevé de rechute plus tard dans leur vie", explique Bastin au Morgen. "Une étude parle de 30%, l'autre de 70%. Plus les troubles apparaissent tôt, plus ils sont graves à l'âge adulte. Il faut traiter les premiers épisodes de 'Je me sens triste' le mieux possible, car ils donnent le ton pour plus tard."