L'étude menée par Trevor Thompson (Université de Greenwich), et parue dans The Journal of Pain, résulte d'une méta-analyse basée sur 18 études existantes impliquant plus de 400 personnes. Les chercheurs ont conclu que boire deux pintes de bière suffit à atténuer une douleur physique (mal de tête, maux de ventre, etc.) de 25 %, soit plus que le paracétamol. La consommation de bière permettrait ainsi au corps de légèrement repousser son seuil de tolérance, et par conséquent, de "réduire de manière modérée ou plus large l'intensité de la douleur", détaillent les experts au tabloïd The Sun. Chez les participants à l'étude, le score de douleur sur une échelle de 1 à 10 a ainsi diminué de 1,25 point sous l'influence de 0,8 millième d'alcool.

"L'étude de Thompsons repose sur des bases sérieuses et répond à toutes les règles scientifiques en vigueur", déclare Frank Huygen, professeur en médecine de la douleur de l'Erasmus MC. Que l'alcool adoucisse la douleur vient certainement du fait que l'augmentation de la concentration d'alcool dans le corps est couplée à une diminution de la douleur. Autrement dit : après 5 bières, on sent certainement moins la douleur qu'après quelques petits verres.

La vraie question est de savoir quel est le vrai effet de l'alcool sur la douleur ressentie. Huygen: "Ce n'est qu'à partir du moment où la douleur diminue de deux points sur l'échelle de la douleur que l'on peut parler d'un effet clinique relevant, par lequel le patient profite de l'effet d'un antidouleur". La diminution de l'ordre de 1,25 point dont parle l'étude de l'Université de Greenwich est donc un peu légère.

Est-ce que l'alcool est alors un meilleur antidouleur que le paracétamol ? Trevor Thompson, l'auteur de l'étude, avoue qu'il n'a pas du tout enquêté scientifiquement à ce sujet, mais qu'il n'a fait qu'émettre des spéculations en répondant à une question du journaliste du quotidien à sensation anglais The Sun. Thompson y déclare qu'au regard des observations acquises, "l'alcool pouvait ainsi être comparé aux médicaments opioïdes comme la codéine" et que "l'effet était plus puissant que le paracétamol". "Dans une étude précédente, l'effet antidouleur du paracétamol n'était pas évident à démontrer donc, j'ai répondu cela", a encore ajouté Thompson par mail.

Pas prouvé scientifiquement

Que l'alcool ait un meilleur effet que le paracétamol n'est donc pas du tout prouvé scientifiquement. Huygen explique que l'effet de l'alcool et du paracétamol sur le corps est tout à fait différent. "Reste la question de savoir si cela est bien comparable dans une recherche scientifique". Il n'en est que ces extrapolations relayées par la presse internationale ont fait boule de neige et ont été détournées en titre de nombreux médias.

De plus, il n'est pas très sensé de consommer de l'alcool à la place d'un anti-douleur prévient Thompson. "A travers notre étude, nous voulions simplement démontrer que les personnes souffrant de douleur chronique courent un plus grand risque d'être alcoolique". Ce qui pourrait expliquer l'abus d'alcool chez les patients souffrant de douleur persistante, en dépit des potentielles conséquences pour la santé sur le long terme, affirment les chercheurs cités par The Independent.

Conclusion de l'histoire: oui, l'alcool peut adoucir l'effet de la douleur, mais il n'est pas possible au regard de la recherche actuelle d'avancer que l'alcool fonctionne mieux que le paracétamol pour soulager divers maux...