L'homme européen n'a, en moyenne, jamais vécu aussi longtemps et n'a jamais eu une meilleure santé, selon le dernier rapport de l'OMS. Cela n'empêche pas que ceux-ci meurent tout de même trop vite. Parce qu'on ne les soigne pas assez, mais aussi, et surtout, parce qu'ils ne prennent pas assez soin d'eux-mêmes. La faute à qui ? A des stéréotypes tenaces sur ce que devrait être la "masculinité".
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L'homme européen n'a, en moyenne, jamais vécu aussi longtemps et n'a jamais eu une meilleure santé, selon le dernier rapport de l'OMS. Cela n'empêche pas que ceux-ci meurent tout de même trop vite. Parce qu'on ne les soigne pas assez, mais aussi, et surtout, parce qu'ils ne prennent pas assez soin d'eux-mêmes. La faute à qui ? A des stéréotypes tenaces sur ce que devrait être la "masculinité". La masculinité assassine L'OMS pointe du doigt dans son rapport des habitudes dites "typiquement masculines". En effet, la prévention et l'éducation se sont jusqu'à présent concentrées sur les femmes et l'on a trop peu tenu compte de la masculinité comme construction sociale. Le fait que les hommes soient en moins bonne santé que les femmes est principalement dû au fait qu'ils prennent plus de risques, précisément parce qu'ils sont des "hommes". Les stéréotypes masculins et l'inégalité entre les sexes jouent donc un rôle important lorsqu'il s'agit de santé. Si, en tant qu'homme, vous interprétez votre masculinité de façon traditionnelle, vous augmentez vos risques d'être en moins bonne santé et d'avoir une espérance de vie plus courte. On sait aujourd'hui que les conditions de travail et le soutien social ont une forte influence sur le comportement des hommes - et donc sur la santé. Les garçons sont plus exposés à la pauvreté et à la violence physique à l'école et ils ont souvent plus de mal avec les études. Le poids des stéréotypes s'amplifie encore à l'âge adulte: outre ses mauvaises habitudes en matière de nutrition, d'alcool et de tabagisme, l'homme "traditionnel" aime s'accrocher coûte que coûte à son rôle de soutien de famille, symbole ultime du pouvoir masculin. Cela entraîne des troubles tels qu'un mauvais sommeil, des problèmes cardiaques et du stress. Le fait que l'évolution du marché du travail " supprime " un certain nombre d'emplois typiquement masculins augmente encore le problème.En outre, les hommes sont moins susceptibles de demander de l'aide que les femmes dans presque toute l'Europe. Les hommes n'ont pas l'habitude d'utiliser les services de santé, interprètent moins bien les symptômes de la maladie et attendent que la douleur devienne trop intense. Plus les hommes sont instruits, moins ils sont susceptibles de chercher de l'aide professionnelle.Mauvaise hygiène alimentaire, alcool et tabac De manière générale, les hommes mangent moins bien, prennent plus de médicaments, bougent moins et ont donc plus de problèmes de sucre, de cholestérol et d'obésité. Ce qui fait que les maladies cardiovasculaires, le cancer et le diabète sont les principales causes de mortalité chez les hommes européens. En Europe de l'Est, plus d'un tiers meurt avant l'âge de 60 ans des suites de ces maladies, alors qu'en Occident, ce chiffre n'est que de 13%. Les accidents de la circulation et le suicide sont une autre cause de décès. L'âge joue par contre un rôle majeur dans cette catégorie : c'est la principale cause de décès chez les garçons âgés de 5 à 19 ans. L'Europe a aussi la plus forte consommation d'alcool au monde. Et les trois quarts des morts liés à l'alcool sont des hommes. En Europe de l'Est, où il est un symbole de statut, il est responsable d'un quart des décès. Le tabac aussi tue un million d'Européens chaque année. Et à ce niveau, on constate une différence énorme entre l'Islande, le meilleur élève avec 15 %, et les Russes, le pire élève (58 %).La Belgique ne fait pas partie des bons élèves Le nouveau rapport de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) sur la santé et le bien-être des hommes dans 53 pays de la région européenne (y compris donc tous les anciens États soviétiques) compile de nombreux chiffres et analyses. En termes de santé des hommes, on constate de sérieuses disparités en Europe. Au point qu'entre le premier élève de la classe et le dernier, il y a une différence de 23 années d'espérance de vie. En Suisse, elle est de 82 ans alors qu'au Turkménistan elle est de 65 ans. Un gap de 17 %. Les hommes belges n'appartiennent pas au groupe le plus sain. En termes d'espérance de vie, nous sommes au seizième rang. Ce qui fait que nous sommes parmi les derniers de l'Europe occidentale. En ce qui concerne une vie saine, seuls l'Allemagne, le Portugal et la Finlande font pire. Dans la liste des suicides, nous sommes onzièmes. Nous ne faisons pas non plus assez d'exercices (seulement dix pays font pire) et le tabagisme est en hausse, surtout chez les jeunes.Légalité des sexes pour sauver la santé des hommesC'est pourquoi l'OMS souhaite faire aujourd'hui de l'égalité des sexes un levier pour guérir l'homme européen. En introduisant des modèles masculins positifs, comme celui du père aimant, ils espèrent contribuer à donner aux hommes une meilleure image d'eux-mêmes, à les faire travailler moins frénétiquement, à éliminer le risque de violence et, surtout, à leur faire vivre plus longtemps et en meilleure santé.