L'anorexie est la maladie mentale la plus meurtrière. Elle touche 1% à 4% des femmes et 0,3% des hommes. Ce trouble psychologique se manifeste par un indice de masse corporelle (IMC) extrêmement bas, une aversion pour l'alimentation et une image de soi complètement déformée.

Les causes de cette maladie sont encore floues. Une récente étude menée par l'Université de Caroline du Nord montre que l'anorexie ne serait pas un trouble purement psychologique. En effet, les chercheurs ont analysé les génomes de plusieurs milliers de patients et en ont conclu que certains gènes rendent les individus plus vulnérables à la maladie. Ce qui suggère que l'anorexie serait également liée au métabolisme.

Pour réaliser l'étude, les chercheurs ont récolté l'ADN de 17 000 personnes atteintes d'anorexie et de 55 000 personnes "saines". Les individus proviennent de 17 pays différents et sont tous d'ascendance européenne. Les données des malades ont été fournies par l'Anorexia Nervosa Genetics Initiative et le groupe de travail sur les troubles alimentaires du Psychiatric Genomics Consortium.

Les scientifiques ont identifié huit gènes reliant l'anorexie à l'anxiété, la dépression et au trouble obsessionnel compulsif. Les résultats ont aussi démontré que l'ADN est impliqué dans la combustion des graisses, l'activité sportive et la résistance au diabète de type 2. L'anorexie contient donc un ensemble de corrélations métaboliques apparemment saines qu'on ne retrouve dans aucun autre trouble psychologique. Les gènes semblent se combiner avec ceux liés à des problèmes psychiatriques, ce qui augmente le risque d'anorexie.

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Gerome Breen, généticien au King's College de Londres qui a également participé à l'étude, a déclaré qu'on ne pouvait "plus traiter l'anorexie et peut-être d'autres troubles de l'alimentation comme des troubles purement psychiatriques ou psychologiques". L'anorexie est aujourd'hui soignée par plusieurs procédés psychologiques comme la thérapie cognitivo-comportementale (TCC), mais aussi par un programme de rééquilibrage alimentaire. Cependant, ces méthodes ne réussissent pas toujours.

Les scientifiques doivent étudier en profondeur le métabolisme des personnes souffrant d'anorexie et d'autres troubles de l'alimentation pour mettre en place des traitements liés au métabolisme ou même pour déterminer les patients susceptibles de rechute, problème courant en ce qui concerne l'anorexie. Cynthia Bulik, co-auteure de l'étude, se montre optimiste et espère que les pharmacogénéticiens parviendront à trouver un traitement médicamenteux efficace en se basant sur cette étude.

L'équipe de recherche prévoit d'étendre leur échantillon et d'inclure des personnes d'ascendance africaine et asiatique. Cette étude reste une étape importante dans la recherche sur les troubles alimentaires. Comme l'explique Cynthia Bulik, elle permet de donner "un modèle explicatif à beaucoup de patients et à leurs familles qui sont depuis longtemps perplexes face à cette maladie".

Loreline Dubuisson